Au 252 de la rue Saint-Jacques, dans le Ve arrondissement, se dresse une église dont l'histoire embrasse six siècles de Paris. Tout commence en 1254 avec une commanderie des Frères Hospitaliers de l'ordre de Malte — un relais d'assistance pour les pèlerins qui remontaient cette voie ancestrale vers Compostelle. L'église porte alors le vocable de Saint-Magloire avant de prendre celui de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, le « Haut-Pas » désignant les pèlerins aux semelles poussiéreuses.
Au XVIIe siècle, le lieu devient un haut foyer du jansénisme. Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran et chef de file de ce courant austère qui secoue l'Église de France, y repose. L'astronome Giovanni Domenico Cassini y est également inhumé. En 1648, c'est depuis le clocher de l'église que Blaise Pascal conduit ses célèbres expériences barométriques — dont l'expérience dite du « crève-tonneau » — pour valider les travaux de Torricelli sur la pression atmosphérique. Un clocher transformé en laboratoire de génie.
La Révolution bouscule tout. En 1790, après la Constitution civile du clergé, les prêtres réfractaires y célèbrent encore provisoirement la messe. Puis le vent tourne : en 1795, un décret du 2 prairial an III consacre l'édifice Temple de la Bienfaisance, et les Théophilanthropes — cette religion civique déiste chère au Directoire — s'y installent. En 1871, sous la Commune, l'église accueille à son tour un club révolutionnaire, fidèle à la tradition des assemblées populaires en lieux de culte réquisitionnés.
- 1254 Commanderie des Frères Hospitaliers de l'ordre de Malte, sous le vocable Saint-Magloire
- XVIIe siècle Église Saint-Jacques-du-Haut-Pas — haut lieu du jansénisme
- 21 mai 1795 (2 prairial an III) Temple de la Bienfaisance — culte théophilanthropique sous le Directoire
- 1871 Club révolutionnaire de la Commune de Paris
- Aujourd'hui Église Saint-Jacques-du-Haut-Pas — paroisse catholique active
L'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas est toujours debout au 252 rue Saint-Jacques, dans le Ve arrondissement. Paroisse catholique active, elle conserve une façade classique sobre et austère, à l'image de son passé janséniste. Les tombeaux de Duvergier de Hauranne et de Cassini s'y trouvent toujours, témoignages silencieux d'un XVIIe siècle bouillonnant de foi et de science.