Au coin du quai et de la rue de Beaune, l'hôtel du marquis Charles de Villette entre dans l'histoire le 30 mai 1778 : c'est là que s'éteint Voltaire, à 83 ans, quelques semaines après son triomphal retour à Paris. Il y avait débarqué épuisé mais glorieux, acclamé par toute la ville, entouré de sa nièce Mme Denis et de son hôte le marquis. Le vieux philosophe meurt dans cet hôtel du quai des Théatins — la voie ne prendra son nom actuel qu'après, en hommage précisément à cet ultime séjour.
Treize ans plus tard, le 11 juillet 1791, le cortège qui transfère les cendres de Voltaire au Panthéon marque une halte solennelle devant la façade. La scène est grandiose et chargée de symboles : le drapeau déchiré de la Bastille est étendu sur le cercueil, des comédiens défilent costumés en personnages de ses pièces, Mme Calas — dont Voltaire avait jadis défendu la cause — est là dans le cortège. Jacques-Louis David orchestre la mise en scène de ce spectacle révolutionnaire.
Sous l'Occupation, l'adresse reprend du service, autrement. Le restaurant tenu par Roger Picot — « Le Voltaire » — devient entre 1942 et 1944 la centrale clandestine des réseaux Police et Patrie de Libération-Nord et du réseau Brutus du CAS. Henri Ribière, Pierre Combes, Roger Priou-Valjean et Jean Angousset s'y retrouvent pour coordonner une Résistance recrutant largement dans la police parisienne. Des conspirateurs sous les portraits du patriarche de Ferney : la maison a le chic des destins qui se répètent.
- 1778 Hôtel de Villette : résidence du marquis Charles de Villette, dernier séjour et mort de Voltaire
- 1791 Halte du cortège du transfert des cendres de Voltaire au Panthéon ; le quai des Théatins prend le nom de quai Voltaire
- 1942 — 1944 Restaurant 'Le Voltaire' (tenu par Roger Picot) : centrale des réseaux de Résistance Libération-Nord et Brutus
- 2013 Demeure de l'avocat Jacques Vergès, qui y décède
- Aujourd'hui Restaurant Le Voltaire, table réputée du 7e arrondissement
Le restaurant Le Voltaire occupe toujours le rez-de-chaussée de l'hôtel, table bourgeoise et discrète prisée des milieux littéraires et politiques parisiens. La façade donnant sur le quai — face à la Seine et au Louvre — n'a guère changé. Aucune plaque ne rappelle les réunions clandestines de la Résistance.