Au 3 de la rue du Château d'Eau, à deux pas de la place de la République, se dresse un bâtiment qui concentre, sur quelques décennies, toute la fièvre du mouvement ouvrier parisien. Avant d'être le temple du syndicalisme français, le site accueille, sous le Second Empire, le Grand Café Parisien — le plus grand café du monde à l'époque, dit-on, avec ses trente billards alignés comme une armée de vert et d'ivoire.
En 1892, la Bourse du Travail y est inaugurée, transférée de la rue Jean-Jacques Rousseau au lendemain du premier congrès de la Fédération des bourses du travail. À peine installée, elle devient aussitôt une cible politique. Le président du Conseil Charles Dupuy, appuyé par le préfet Eugène Poubelle, la fait fermer dès 1893 : la troupe occupe les lieux, les militants sont arrêtés, et une manifestation place de la République est durement réprimée. La fermeture durera trois ans.
La Bourse rouvre, mais les coups de force se répètent. En 1906, c'est Georges Clemenceau, alors ministre de l'Intérieur, qui ordonne une nouvelle occupation militaire : Victor Griffuelhes, Émile Pouget et Alphonse Merrheim — figures de proue de la CGT et du syndicalisme révolutionnaire — sont arrêtés. Deux ans plus tard, en 1908, les bagarres qui éclatent ici au lendemain de la sanglante répression de Villeneuve-Saint-Georges voient se croiser Jean Jaurès et Paul Lafargue, témoins indignés d'une violence d'État qui ne désarme pas.
- 1860 Grand Café Parisien — le plus grand café du monde, 30 billards
- 7 février 1892 Inauguration de la Bourse du Travail, transférée de la rue Jean-Jacques Rousseau
- 1893 Fermeture et occupation militaire par ordre de Charles Dupuy ; manifestation réprimée place de la République
- 1896 (circa) Réouverture de la Bourse du Travail après trois ans de fermeture
- 1906 Nouvelle occupation par la troupe sur ordre de Clemenceau ; arrestation de Griffuelhes, Pouget et Merrheim
- 1908 — aujourd'hui Bourse du Travail de Paris, siège historique des organisations syndicales parisiennes
Le bâtiment existe toujours au 3 rue du Château d'Eau et abrite encore la Bourse du Travail de Paris, siège de nombreuses organisations syndicales. On peut y admirer la salle des fêtes, ornée de fresques allégoriques célébrant le monde ouvrier, véritable monument à la mémoire des luttes sociales parisiennes.