Charles Dupuy fait fermer la Bourse du Travail de Paris pour 3 ans

Bourse du Travail/Place de la République

Photographie de la Bourse du Travail à Paris en 1905.

Ce matin de juillet 1893, un commissaire de police et vingt agents suffisent à éteindre le foyer le plus ardent du syndicalisme parisien.

Le 7 juillet 1893, un commissaire de police et une vingtaine d'agents pénètrent au 3 rue du Château-d'Eau, dans le 10e arrondissement. Les syndicalistes présents sont invités à quitter les lieux. La troupe prend position devant l'entrée et en interdit l'accès. La Bourse du Travail de Paris est fermée.

Le gouvernement Dupuy avait attendu sa chance. En avril, il avait mis les syndicats en demeure de régulariser leur situation au regard de la loi Waldeck-Rousseau de 1884 — enregistrement auprès de la puissance publique, dépôt des statuts. La majeure partie d'entre eux refusaient : se déclarer, c'était s'exposer, se mettre sous le regard de l'État. Les leaders de nombreux syndicats parisiens avaient choisi l'épreuve de force. En juin, Dupuy coupe les subventions. Le 12 juin, quatre mille personnes manifestent contre la mesure. Cela ne change rien. Le 7 juillet, il passe à l'acte.

La Bourse du Travail de Paris n'avait que six ans. Inaugurée en février 1887 rue Jean-Jacques Rousseau, puis installée en 1892 rue du Château-d'Eau dans un bâtiment neuf à la façade Renaissance, elle était devenue le cœur battant du syndicalisme parisien. Deux cent quatre-vingts groupes la fréquentaient : bonnetiers, boulangers, charpentiers, lithographes, peintres en bâtiment. On y organisait des réunions, des cours du soir, une bibliothèque, un bulletin mensuel, des bureaux de placement. On y débattait de la grève générale. Depuis 1891, l'exécutif en avait été renversé au profit d'une direction radicale qui annonçait sans détour que la Bourse serait « le foyer incandescent d'où jaillira l'éclair révolutionnaire ».

Charles Dupuy, président du Conseil depuis avril 1893, avait fait de la répression du mouvement ouvrier une priorité de politique intérieure. Les lois dites scélérates, qui criminaliseraient la propagande anarchiste et libertaire, suivront en décembre, après l'attentat de Vaillant à la Chambre des députés. La fermeture de la Bourse du Travail en est le prélude.

Les syndicats non conformes sont dissous en août. Leurs responsables condamnés à des amendes. Un petit groupe tente de maintenir une Bourse clandestine dans un local loué, mais l'hémorragie est massive : des 280 groupes membres, 80 seulement cotisent encore en novembre 1893 ; 25 en mai 1894. Un rapport de police note avec satisfaction que « depuis la fermeture de la Bourse du travail, les syndicats sont démoralisés ».

La Bourse ne rouvre qu'en avril 1896, quand le cabinet radical de Léon Bourgeois revient aux affaires. Mais elle le fait sous contrôle préfectoral — l'autogestion syndicale, brisée, ne sera jamais pleinement rétablie.

La rue du Château-d'Eau s'appelle aujourd'hui rue du 8-Mai-1945. Le bâtiment de Bouvard est toujours là, au 3 de la rue, à deux minutes de la place de la République.

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