L'anarchiste Samuel Schwartzbard abat Simon Peltioura, nationaliste ukrainien responsable de pogroms ; ce qui n'empêche pas qu'on lui élève aujourd'hui des statues en Ukraine.
Le 25 mai 1926, au 3 rue Racine à Paris, un événement marquant de l’histoire politique européenne se déroule : l’anarchiste Samuel Schwartzbard abat Symon Petlioura, figure du nationalisme ukrainien et farouche adversaire du bolchevisme. Entre 1917 et 1920, durant la guerre civile qui oppose les armées blanches au pouvoir soviétique naissant et au moment où l’Ukraine tente d’affirmer son indépendance, Petlioura joue un rôle de premier plan à la tête de la République nationale ukrainienne. En 1920, il s’allie au maréchal polonais Józef Piłsudski dans une campagne commune contre les bolcheviques. Cette alliance donne lieu à l’opération de Kiev, qui traduit l’ambition de Piłsudski de constituer une vaste fédération d’États d’Europe de l’Est — une « Grande Pologne » englobant l’Ukraine, la Biélorussie et la Lituanie.
Exilé à Paris après la défaite de la République populaire ukrainienne, Petlioura est considéré responsable de nombreux pogroms antijuifs perpétrés en Ukraine entre 1918 et 1920, lors de la guerre civile. Ces violences ont causé la mort de dizaines de milliers de personnes, principalement des civils juifs.
Samuel Schwartzbard, militant anarchiste d’origine juive, justifie son geste comme un acte de vengeance pour les victimes de ces pogroms. Son procès, très médiatisé, s’ouvre en octobre 1927 à Paris. La défense met en avant la responsabilité morale de Petlioura dans les massacres, tandis que l’accusation insiste sur le caractère prémédité de l’assassinat. Schwartzbard est finalement acquitté, le jury estimant qu’il a agi sous l’emprise d’un sentiment de justice face à l’impunité des crimes commis en Ukraine.
L’affaire a un retentissement international, divisant l’opinion publique entre partisans de la cause ukrainienne et défenseurs des droits des victimes juives. Aujourd’hui, Symon Petlioura est commémoré en Ukraine, où des statues et des rues portent son nom, en tant que symbole de la lutte pour l’indépendance nationale, malgré la controverse persistante sur son rôle dans les pogroms.
En 1906, au 3 rue Racine à Paris, un restaurant de type « bouillon » était en activité, illustrant le modèle des établissements populaires créés au XIXe siècle pour offrir des repas chauds et bon marché à une clientèle modeste. Les bouillons, nés à Paris en 1854 sous l’impulsion de bouchers comme Adolphe-Baptiste Duval, se sont rapidement multipliés, atteignant leur apogée à la fin du XIXe siècle avec plusieurs centaines d’adresses dans la capitale. Ces restaurants proposaient principalement des plats traditionnels français à base de bouillon de viande, dans une ambiance conviviale et souvent rétro.
En 1906, le bouillon du 3 rue Racine était dirigé par Camille Chartier et Jean-Marie Bouvier, figures associées à la gestion de ce type d’établissement. Les bouillons se distinguaient par leur organisation rationnelle, leur gestion des stocks et leur capacité à servir rapidement un grand nombre de clients. Ce modèle a marqué l’histoire sociale et culinaire de Paris, avant de décliner au profit des brasseries et des self-services à partir du milieu du XXe siècle.
Sources