Le 11 novembre 1918, à onze heures, les clairons sonnent le cessez-le-feu. Paris descend dans la rue. Place de l’Opéra, drapée dans le drapeau tricolore, une soprano chante l’hymne national sous les fenêtres de Clemenceau.
Le matin même, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, les représentants de l’Allemagne et des Alliés ont signé l’armistice dans un wagon-restaurant du train d’état-major du maréchal Foch. À onze heures, le cessez-le-feu entre en vigueur. Dans toute la France, les cloches sonnent à la volée, les clairons retentissent. La guerre a fait, chez l’ensemble des belligérants, plus de 18,6 millions de morts, d’invalides et de mutilés, dont 8 millions de civils.
À la Chambre des députés, le président du Conseil, Georges Clemenceau, annonce les termes de la convention. Revenu au pouvoir en novembre 1917 pour conduire la guerre jusqu’à la victoire, le « Tigre » a gagné un nouveau surnom, le « Père la Victoire ». Il a préféré mettre fin au carnage plutôt que d’aller, comme le réclamait une partie de la droite, imposer l’armistice à Berlin.

Paris explose de joie : un million de personnes descendent dans la rue. Place de l’Opéra, les troupes défilent. Clemenceau s’est installé à l’étage du Grand Hôtel, le palace que les frères Pereire ont bâti sous le Second Empire et qui occupe tout l’îlot entre la place, le boulevard des Capucines, la rue Scribe et la rue Auber, avec son célèbre café de la Paix. De ses fenêtres, il regarde passer le défilé.
En haut des marches de l’Opéra paraît alors Marthe Chenal, drapée dans le drapeau tricolore. La soprano chante depuis 1905 au palais Garnier et à l’Opéra-Comique ; la presse internationale l’a surnommée « la plus belle femme de Paris », et elle est connue pour son interprétation de La Marseillaise, qu’elle a gravée sur disque chez Pathé. Devant les soldats et des milliers de Parisiens, elle entonne l’hymne national.
Le soir, Clemenceau confie au général Mordacq : « Nous avons gagné la guerre et non sans peine. Maintenant il va falloir gagner la paix, et ce sera peut-être encore plus difficile. » Dix jours plus tard, l’Académie française l’élit à l’unanimité, en même temps que le maréchal Foch ; il n’y siégera jamais.
Chaque 11 novembre, le président de la République dépose une gerbe tricolore devant la statue de Clemenceau, avant de remonter les Champs-Élysées jusqu’à la tombe du Soldat inconnu, sous l’Arc de triomphe.