Perché au sommet de la butte Montmartre, au 77 de la rue Lepic, le Moulin de la Galette est l'un des rares moulins parisiens à avoir survécu — du moins en silhouette — jusqu'à nos jours. Son histoire commence dès 1622, quand il prend la suite du vieux Moulin du Palais, exploité successivement par Denis Guignard, Robert Jacquet, un artisan tonnelier et Nicolas Le Tellier. Longtemps connu sous les noms pittoresques de Bout-à-fin puis Blute-à-fin, il devient au fil du XIXe siècle le cabaret-guinguette que Montmartre gardera dans sa légende.
Le lieu connaît son baptême du sang en 1814, lors de l'invasion des alliés : Pierre-Charles Debray, alors propriétaire du moulin, est tué par une balle perdue lors des combats contre les cosaques du général Andrault de Langeron. La tradition montmartroise brodera sur ce fait réel une histoire macabre — son corps découpé et accroché aux ailes du moulin — que les historiens ont depuis démystifiée.
En 1871, le moulin devient un enjeu militaire à part entière. Cinq canons y sont positionnés face à l'armée prussienne entrant dans Paris selon les termes de l'armistice. Pendant la Semaine sanglante, des fédérés y sont fusillés sur le terre-plein, un duel oppose le garde national Pigarre à un officier de ligne lors de la reddition, et le parc d'artillerie voisin tombe aux mains des Versaillais presque sans combat — les pièces ayant tiré leurs dernières munitions. En 1886, Vincent Van Gogh installe son chevalet dans la guinguette et y peint La Guinguette, tableau parfois attribué à tort au Billard en Bois.
- avant 1622 Moulin Vieux du Palais (prédécesseur sur le même site)
- 1622 Moulin du Palais, dit Bout-à-fin puis Blute-à-fin
- début XIXe siècle Moulin de la Galette (moulin à vent et cabaret populaire)
- 1886 Guinguette du Moulin de la Galette, fréquentée par les peintres
- actuel Moulin de la Galette — monument emblématique de Montmartre
Le Moulin de la Galette — ou plutôt le moulin Blute-à-fin, le plus ancien des deux — est classé monument historique. Il trône toujours rue Lepic, visible depuis les ruelles alentour. Un restaurant gastronomique occupe aujourd'hui le site de l'ancienne guinguette ; l'atmosphère de bal populaire immortalisée par Renoir n'y est plus, mais la silhouette des ailes reste l'une des images-cartes postales de Paris.