11 rue Bouchardon, l'imprimerie clandestine de Franc-Tireur saisie par les Allemands

Imprimerie clandestine du journal "Franc-Tireur" (qui tirait à 20 000 exemplaires)

Caricature publiée dans Le Franc-Tireur en septembre 1944, intitulée Bony à l’interrogatoire.

 

En ce matin de juillet 1944, une presse tourne dans l'arrière-boutique d'une rue étroite du 10e — à sept semaines de n'avoir plus à se cacher.

Le 7 juillet 1944, les forces d'occupation font irruption au 11 rue Bouchardon. C'est là, à deux pas de la rue du Faubourg-Saint-Martin, que tourne clandestinement l'imprimerie de l'édition parisienne de Franc-Tireur. Baumann, Jacques Ochs et Georges Altman sont arrêtés.

Franc-Tireur — le nom évoque les volontaires de 1870 qui avaient combattu hors des cadres militaires réguliers. Le mouvement est fondé à Lyon à l'automne 1940, d'abord sous le nom de France-Liberté, par un groupe d'hommes venus d'horizons divers : radicaux, socialistes, catholiques de gauche. Son journal clandestin tire à 6 000 exemplaires dès son premier numéro, ironiquement sous-titré « mensuel dans la mesure du possible et par la grâce de la police du Maréchal ». Il publiera trente-sept numéros avant la Libération. En 1943, sous l'égide de Jean Moulin, Franc-Tireur fusionne avec Combat et Libération-Sud au sein des Mouvements unis de la Résistance. Une édition parisienne distincte, clandestine, s'organise ensuite depuis les bureaux du boulevard de Sébastopol — et c'est cette branche que l'on imprime rue Bouchardon, à vingt mille exemplaires selon les archives du mouvement.

Celui que les Allemands arrêtent ce matin-là est depuis des années l'âme journalistique du journal. Georges Altman est né à Paris dans une famille d'origine russe. Après des études à Louis-le-Grand, il milite chez les étudiants socialistes révolutionnaires, entre à L'Humanité en 1922, rompt avec le PCF en 1929, et rejoint la rédaction du Progrès de Lyon, où il croise Élie Péju et le groupe Franc-Tireur. Il entre en clandestinité, devient l'un des principaux rédacteurs du journal, et supervise personnellement l'édition parisienne à l'été 1944. Albert Bayet, sociologue, professeur à la Sorbonne, gendre de l'historien Alphonse Aulard, figure lui aussi parmi les membres du mouvement présents rue Bouchardon — « en dépit de son âge », notera plus tard un témoignage.

Juillet 1944. Le débarquement de Normandie a eu lieu le 6 juin. Les Alliés combattent encore dans le Bocage. Paris est occupé, mais la Gestapo multiplie les descentes sur les réseaux qui lui résistent encore — comme si elle savait le temps compté. La rue Bouchardon paie ce prix le 7 juillet.

Altman est libéré le 18 août 1944, la veille de l'insurrection parisienne, par la police résistante. Le lendemain, 19 août, les policiers de la Préfecture prenaient eux-mêmes leur bâtiment. Paris serait libre six jours plus tard.