Arrestation de Chénier, alors caché à Versailles, lors d'une visite chez Pastoret

Demeure d'Emmanuel Pastoret

La Dernière charrette» emmenant le poète André Chénier à la guillotine,1794. Gravure de Beyer d'après Auguste Raffet (1804-1860)

Depuis près d'un an, André Chénier vit reclus à Versailles, sortant à peine après la tombée de la nuit. Poète admiré, journaliste constitutionnel qui a attaqué Marat et les Jacobins dans les colonnes du Journal de Paris, il sait qu'il est en danger. Il s'est réfugié chez ses amis Lecouteulx à Versailles, où il compose en secret ses Odes à Fanny et ses iambes venimeux contre la Convention.

Ce soir du 7 mars 1794, il commet l'imprudence de se rendre à Passy, rue Bois-le-Vent, rendre visite à Adélaïde, marquise de Pastoret. Il est accompagné d'Émilie-Lucrèce d'Estat, une femme compromise dans une affaire d'achat de votes de conventionnels lors du procès de Louis XVI — et qui détient des papiers explosifs que les comités de l'an II recherchent activement. Les agents du Comité de sûreté générale, conduits par un dénommé Guénot, sont précisément là ce soir pour perquisitionner : ils cherchent le marquis de Pastoret, en fuite.

Chénier n'est pas leur cible. Mais ses réponses lors du questionnaire d'identité les intriguent, son attitude leur paraît suspecte. Surtout, il choisit délibérément de faire diversion, de se mettre en avant pour permettre à Mlle d'Estat de s'esquiver. Le geste est courageux — et fatal. On l'embarque.

Il est conduit d'abord au Luxembourg, puis à Saint-Lazare. Pendant les cent quarante jours de sa détention, il écrit en secret ses derniers poèmes, glissés à sa famille par un geôlier complaisant. Le Tribunal révolutionnaire le condamne pour avoir « recélé les papiers de l'ambassadeur d'Espagne ». Il monte à l'échafaud le 25 juillet 1794, deux jours avant la chute de Robespierre.