Togliatti arrêté rue de Bretagne le jour où la guerre commence

Commissariat de police des Enfants Rouges

Palmiro Togliatti, secrétaire général du Parti communiste italien ; député à la Chambre des députés.

Le secrétaire de l'Internationale communiste entre dans une prison française au moment précis où la Wehrmacht franchit la frontière polonaise.

C'est le matin du 1er septembre 1939. À Paris, les Parisiens apprennent par la radio et les manchettes des journaux que les armées allemandes ont envahi la Pologne. Dans le 3e arrondissement, au commissariat des Enfants-Rouges, 62 rue de Bretagne, des policiers interpellent un homme aux papiers suspects. Les fonctionnaires qui l'arrêtent ignorent qu'ils ont entre les mains Palmiro Togliatti, secrétaire général du Parti communiste italien, l'un des responsables les plus influents de l'Internationale communiste.

Togliatti vit en exil depuis 1926, année où le régime fasciste de Mussolini le condamna à mort par contumace. Après des séjours à Moscou et à Paris, puis en Espagne républicaine où il avait œuvré comme représentant du Komintern sous le pseudonyme d'"Alfredo", il se trouvait à Paris en cet été 1939 particulièrement tendu. Le Pacte germano-soviétique, signé le 23 août, venait de plonger le mouvement communiste international dans une crise de légitimité. Le gouvernement Daladier, qui tolérait encore depuis le Front populaire la présence de militants étrangers sur le territoire français, se retourne brusquement contre eux. La guerre approche, les décrets liberticides se succèdent, et les réfugiés politiques italiens, espagnols et allemands qui peuplent les arrière-salles des cafés du Marais deviennent des suspects de droit commun.

Lorsque les policiers du commissariat de la rue de Bretagne vérifient les papiers de l'inconnu, ils détectent une irrégularité. Ils l'incarcèrent sans savoir à qui ils ont affaire. Togliatti passera plusieurs mois en prison, maintenu à l'écart du mouvement qu'il dirigeait. Les autorités françaises, même en approfondissant leur enquête, n'identifient pas immédiatement l'homme qu'elles détiennent. Ce n'est que grâce à des démarches discrètes que le dossier avancera : libéré en mars 1940, il parviendra à quitter la France et à rejoindre l'Union soviétique, d'où il continuera à diriger le Parti communiste italien en exil jusqu'au débarquement allié de 1943.

La coïncidence du calendrier résume à elle seule les contradictions de l'époque. Le jour où l'Europe entre dans la Seconde Guerre mondiale, le représentant de l'organisation ouvrière internationale la plus structurée disparaît dans les geôles de la République française. Ce Pacte qu'il avait soutenu, cette ligne de neutralité que Moscou imposa aux partis communistes du monde entier, lui valait d'être traité comme un ennemi par les démocraties qu'il avait passé des années à appeler à résister au fascisme. La politique de Staline se retournait contre ses propres serviteurs.

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