Portrait de Joseph-Ignace Guillotin (1738-1814), médecin et homme politique.
Musée Carnavalet.
Il a arraché un portefeuille dans une rue du quartier Bonne-Nouvelle ; six mois plus tard, son nom entre dans l'histoire pour une raison qui ne le concerne pas.
Le 14 octobre 1791, rue de la Ville-Neuve, dans l'actuel 2e arrondissement, Nicolas Jacques Pelletier agresse un passant et tente de lui dérober son portefeuille contenant des assignats. Il est arrêté. Le fait est banal, l'homme est un voleur ordinaire.
Ce qui ne l'est pas, c'est ce qui se passe pendant que dure son procès. La Constituante a aboli les supplices d'Ancien Régime et posé le principe de l'égalité des peines : "Tout condamné à mort aura la tête tranchée." Décapitation pour tous, alors que la décollation à l'épée était jusque-là un privilège nobiliaire et la pendaison le sort des roturiers. Mais l'égalité proclamée bute sur la technique : les bourreaux ne savent pas trancher proprement au sabre, et les exécutions manquées sont des supplices.
Le docteur Joseph Ignace Guillotin, député et médecin, plaide pour une machine. Son intention est philanthropique : rendre la mort instantanée, identique pour tous, sans souffrance ni spectacle de boucherie. La machine est conçue par le docteur Antoine Louis, secrétaire de l'Académie de chirurgie, et construite par le facteur de clavecins allemand Tobias Schmidt. Elle est essayée sur des cadavres à Bicêtre.
Le 25 avril 1792, Nicolas Jacques Pelletier est exécuté place de Grève. C'est la première mise en œuvre de la guillotine. La foule, habituée depuis des siècles à des supplices longs et spectaculaires, est déçue par la rapidité de l'opération. Une chanson circule le lendemain : "Rendez-moi ma potence de bois."
Guillotin passera le reste de sa vie à tenter de faire oublier que son nom désignait une machine à tuer, et sa famille demandera vainement qu'elle change d'appellation. L'instrument conçu pour humaniser la peine de mort servira à décapiter seize mille personnes sous la Terreur, puis fonctionnera en France jusqu'au 10 septembre 1977. La peine de mort sera abolie en 1981.