Arrivée de Londres à Paris, le 29 mars 1816, du Bateau A Vapeur L'Elise, Capitaine Andriel, représenté saluant le Château des Thuileries, BnF
Le 29 mars 1816, un bateau entre dans Paris par la Seine depuis la mer. Il n'a pas de voiles. Sur les quais, les Parisiens s'arrêtent pour regarder cette chose étrange qui avance contre le courant sans rames, dans un bruit de ferraille et de vapeur — la cheminée crache une fumée noire, les roues à aubes brassent l'eau. C'est l'Élise, commandée par le capitaine Pierre Andriel, qui vient de traverser la Manche depuis l'Angleterre.
C'est la première fois qu'un bateau à vapeur remonte la Seine jusqu'à Paris. Le trajet depuis le Havre a duré plusieurs jours. L'Élise accoste au port du Louvre, aux abords des Tuileries, sous les yeux d'une foule intriguée.
La technologie vient d'Amérique — Robert Fulton avait fait naviguer le premier bateau à vapeur commercial sur l'Hudson en 1807, puis était venu en France tenter, sans succès, de convaincre Napoléon d'utiliser ses bateaux. Fulton est mort un an plus tôt, en 1815, sans voir sa technologie conquérir l'Europe. L'Élise est l'héritière directe de ses travaux.
La navigation à vapeur va transformer le rapport de Paris à la mer — et plus largement, révolutionner le commerce, les voyages, la guerre navale. Mais ce 29 mars 1816, sur les quais du Louvre, ce n'est encore qu'un spectacle : une machine bizarre venue d'ailleurs, qui fait du bruit et avance toute seule sur l'eau.