La guerre froide n'a pas un an et Paris règle ses comptes à coups de barres de fer devant une salle de l'avenue de Wagram.
L'automne 1948 est l'un des moments les plus tendus de l'après-guerre français. Les ministres communistes ont été chassés du gouvernement en mai 1947. Les grandes grèves insurrectionnelles de novembre-décembre 1947 et d'octobre-novembre 1948 dans les mines ont été réprimées par Jules Moch, ministre socialiste de l'Intérieur, avec l'armée et les CRS. Le blocus de Berlin dure depuis juin. La CGT s'est scindée : Force ouvrière est née en décembre 1947, avec des financements américains qu'on ne connaîtra que plus tard.
Dans ce climat, un meeting est organisé le 28 octobre 1948 à la salle Wagram, 37 avenue de Wagram dans le 17e arrondissement, en faveur des "peuples opprimés par les bolcheviks." Les organisateurs relèvent de la droite anticommuniste et de milieux d'extrême droite ; parmi les participants figurent des émigrés d'Europe de l'Est. Pour le PCF, un tel meeting est une provocation fasciste, d'autant que certains organisateurs ont un passé collaborationniste.
Le Parti communiste appelle à la contre-manifestation. Douze mille personnes convergent vers l'avenue de Wagram. L'affrontement est d'une extrême violence. Le bilan officiel fait état de trois cents blessés et d'un mort.
L'épisode a une portée durable. Il installe l'idée, dans une partie de l'opinion, que le PCF constitue un parti de guerre civile. Il conforte le gouvernement dans sa politique d'exclusion des communistes de tous les leviers de l'État. Il inaugure une décennie d'affrontements de rue entre communistes, gaullistes du RPF et groupes d'extrême droite.
La salle Wagram, construite en 1865, aura accueilli au cours du siècle les congrès socialistes, les meetings du Front populaire, les réunions boulangistes et les rassemblements anticommunistes. Elle est aujourd'hui un espace événementiel privé.