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Au 37 de l'avenue de Wagram, à deux pas de l'Étoile, la Salle Wagram est l'une de ces grandes salles parisiennes qui ont absorbé un siècle d'histoire politique et sociale comme une éponge. Dès la Commune de 1871, les francs-maçons s'y réunissent pour tenter de servir de médiateurs entre la Commune et Thiers. Le ton est donné : la salle sera une caisse de résonance pour tous ceux qui veulent changer le monde.

En 1900, elle accueille coup sur coup le Congrès international des droits de la femme, porté par Marguerite Durand, et le congrès socialiste où Jaurès, Briand, Guesde et Allemane se disputent l'avenir du mouvement ouvrier — jusqu'à la scission fracassante du Parti Ouvrier. En 1910, Véra Figner y organise un concert de soutien aux exilés russes devant Maxime Gorki ; Lénine, invité, préfère prudemment s'abstenir pour ne pas se brouiller avec lui. Deux ans plus tard, la salle commémore le centenaire d'Alexandre Herzen devant un parterre d'exilés russes de toutes tendances.

La Salle Wagram traverse ensuite les convulsions du XXe siècle avec une troublante plasticité. André Malraux y prend la parole à plusieurs reprises dans les années 1930, pour Thälmann, pour Dimitrov, pour l'Espagne républicaine. Mais en 1942, la même estrade accueille l'exposition nazie Le Bolchevisme contre l'Europe — attentat manqué, résistants exécutés. Après la Libération, la salle redevient tribune : meetings algériens du MTLD, solidarité vietnamienne, protestations contre l'envoi du contingent. Une salle qui n'a jamais choisi son camp, sinon celui du bruit.

Noms successifs du lieu

  • 1871 Salle Wagram — lieu de réunion politique et associative, accueille les francs-maçons pendant la Commune
  • 1900 — 1936 Haut lieu des congrès et meetings de la gauche française et internationale
  • 1942 Salle Wagram réquisitionnée pour l'exposition collaborationniste « Le Bolchevisme contre l'Europe »
  • 1948 — 1955 Retour aux grandes assemblées politiques : mouvements anticoloniaux, MTLD algérien, SFIO
  • Aujourd'hui Salle Wagram — salle de bal, de concert et d'événements privés

Toponymie — avenue de Wagram

avenue de Wagram
Victoire de l'armée française sur les Autrichiens le 6 juillet 1809 ; voisinage de l'Arc de Triomphe de l'Etoile.
Anciens noms : route Départementale N° 6
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Événements à cette adresse

17 événements · 1871 — 1955
Salle Wagram
Protestation de la SFIO et du Mouvement pour la justice et les libertés outre-mer, contre l'envoi du contingent en Algérie
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Personnage(s) : Marceau Pivert
37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram
Meeting du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, le MTLD algérien, contre les violences policières du 1er mai
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Personnage(s) : Mohammed Khidder
37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram
Meeting de soutien à la lutte de libération du Viêt Nam
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Personnage(s) : Léo Figuères
37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram
Meeting commun du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, le MTLD algérien, et du Secours Populaire
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37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram
La guerre froide n'a pas un an et Paris règle ses comptes à coups de barres de fer devant une salle de l'avenue de Wagram. L'automne 1948 est l'un des moments les plus tendus de l'après-guerre français. Les ministres…

La guerre froide n'a pas un an et Paris règle ses comptes à coups de barres de fer devant une salle de l'avenue de Wagram.

L'automne 1948 est l'un des moments les plus tendus de l'après-guerre français. Les ministres communistes ont été chassés du gouvernement en mai 1947. Les grandes grèves insurrectionnelles de novembre-décembre 1947 et d'octobre-novembre 1948 dans les mines ont été réprimées par Jules Moch, ministre socialiste de l'Intérieur, avec l'armée et les CRS. Le blocus de Berlin dure depuis juin. La CGT s'est scindée : Force ouvrière est née en décembre 1947, avec des financements américains qu'on ne connaîtra que plus tard.

Dans ce climat, un meeting est organisé le 28 octobre 1948 à la salle Wagram, 37 avenue de Wagram dans le 17e arrondissement, en faveur des "peuples opprimés par les bolcheviks." Les organisateurs relèvent de la droite anticommuniste et de milieux d'extrême droite ; parmi les participants figurent des émigrés d'Europe de l'Est. Pour le PCF, un tel meeting est une provocation fasciste, d'autant que certains organisateurs ont un passé collaborationniste.

Le Parti communiste appelle à la contre-manifestation. Douze mille personnes convergent vers l'avenue de Wagram. L'affrontement est d'une extrême violence. Le bilan officiel fait état de trois cents blessés et d'un mort.

L'épisode a une portée durable. Il installe l'idée, dans une partie de l'opinion, que le PCF constitue un parti de guerre civile. Il conforte le gouvernement dans sa politique d'exclusion des communistes de tous les leviers de l'État. Il inaugure une décennie d'affrontements de rue entre communistes, gaullistes du RPF et groupes d'extrême droite.

La salle Wagram, construite en 1865, aura accueilli au cours du siècle les congrès socialistes, les meetings du Front populaire, les réunions boulangistes et les rassemblements anticommunistes. Elle est aujourd'hui un espace événementiel privé.

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37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram — Exposition "Le Bolchevisme contre l'Europe" — Attentat des Bataillons de la Jeunesse
Depuis le 1er mars 1942, la salle Wagram accueille une exposition de propagande nazie et collaborationniste, Le Bolchevisme contre l'Europe, organisée par le Comité d'action antibolchévique de Paul Chack sous le…

Depuis le 1er mars 1942, la salle Wagram accueille une exposition de propagande nazie et collaborationniste, Le Bolchevisme contre l'Europe, organisée par le Comité d'action antibolchévique de Paul Chack sous le patronage de Vichy. Fresque de Pétain serrant la main de Hitler à l'entrée, stands du PPF et du RNP, documents sur la Guépéou et la « misère soviétique* — le dispositif réunit chaque jour des milliers de visiteurs.

Le 8 mars, trois militants des Bataillons de la Jeunesse tentent d'y faire exploser une bombe. Ils s'appellent Georges Tondelier, vingt ans, Karl Schoenhaar, dix-sept ans, et André Kirschen, quinze ans et demi. L'engin n'explose pas. Ils sont arrêtés sur place ou dans les heures qui suivent, puis torturés.

Du 7 au 14 avril 1942, vingt-sept résistants des Bataillons de la Jeunesse comparaissent devant un tribunal militaire allemand à la Maison de la Chimie. Tondelier et Schoenhaar sont condamnés à mort. Tondelier est fusillé au Mont-Valérien le 11 juin 1942, Schoenhaar le 17 avril — il a dix-sept ans. Kirschen, lui, échappe à l'exécution par un détail de procédure : le code militaire allemand ne prévoit pas la peine de mort en dessous de seize ans. Condamné à dix ans de prison, il est déporté en Allemagne et survit à la guerre. Il témoignera toute sa vie de ce que fut ce premier cycle de résistance armée à Paris.

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37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram (haut lieu des rassemblements collaborationnistes)
Exposition "Le bolchevisme contre l'Europe", organisé par la Propaganda Abteilung, avec la collaboration du Comité d'action antibolchevique et du Parti Populaire Français de Doriot
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37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram
Le 18 juillet 1936, les généraux franquistes se soulevaient contre la République espagnole. Treize jours plus tard, Paris avait son premier grand meeting de solidarité. André Malraux y prit la parole. Il était déjà en…

Le 18 juillet 1936, les généraux franquistes se soulevaient contre la République espagnole. Treize jours plus tard, Paris avait son premier grand meeting de solidarité. André Malraux y prit la parole. Il était déjà en train d'organiser son départ pour Madrid.

L'insurrection militaire du 17-18 juillet 1936 en Espagne avait pris de court la gauche française. Le Front Populaire, arrivé au pouvoir en mai, était confronté à un dilemme : aider la République espagnole légale, ou céder aux pressions britanniques qui dessinaient une politique de non-intervention.

Le 30 juillet, à la salle Wagram (37 avenue de Wagram), le premier grand rassemblement parisien de solidarité réunit plusieurs milliers de personnes. André Malraux y prit la parole. L'auteur de La Condition humaine (1933) ne se contenta pas de discours : en quelques semaines, avec l'accord tacite du gouvernement Blum, il organisa une escadrille de volontaires — l'Escuadrilla España — pour appuyer l'aviation républicaine espagnole, qui ne disposait d'aucun appareil. Il se rendit lui-même en Espagne et participa aux opérations aériennes pendant tout l'automne 1936.

Le gouvernement Blum, soumis aux pressions de Londres et à la fragilité de sa propre coalition, signa l'accord de non-intervention en août 1936. La France officielle abandonnait la République espagnole à son sort.

La salle Wagram, ce soir du 30 juillet 1936, fut le premier acte public du refus de cette passivité. Malraux en fut la voix. Son roman L'Espoir, écrit au retour d'Espagne, en resta le témoignage.

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Personnage(s) : André Malraux
37 avenue de Wagram — 17e arr.
37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram
Meeting du PCF pour la libération d'Ernst Thälmann ; accusé dans l'affaire de l'incendie du Reichstag
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37 avenue de Wagram — 17e arr.
37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram
Au 37, avenue de Wagram (XVIIe arr.), la salle Wagram accueille le centenaire de la naissance d'Alexandre Herzen. Ce soir, le Paris des exilés russes est au grand complet. Le 15 avril 1912, une grande réunion…

Au 37, avenue de Wagram (XVIIe arr.), la salle Wagram accueille le centenaire de la naissance d'Alexandre Herzen. Ce soir, le Paris des exilés russes est au grand complet.

Le 15 avril 1912, une grande réunion commémorative est organisée à la salle Wagram, 37 avenue de Wagram à Paris, pour le centenaire de la naissance d’Alexandre Herzen, considéré par de nombreux exilés comme l’un des précurseurs du socialisme russe. L’événement est mis sur pied par une société de secours aux réfugiés politiques de Russie et attire environ 3 000 personnes, selon le rapport de police établi le lendemain par la préfecture de police de Paris.

La séance s’ouvre vers 20 heures sous la présidence de Véra Figner, ancienne militante de Narodnaïa Volia exilée en France, qui dirige les travaux depuis la tribune, devant un buste de Herzen. Après une brève allocution en russe, elle donne la parole à l’orateur Axentieff, qui s’exprime également en russe. Francis de Pressensé, journaliste et militant des droits de l’homme, prononce ensuite une biographie détaillée de Herzen en français, insistant sur sa sensibilité aux souffrances du peuple et sur son combat contre l’autocratie tsariste. La réunion se poursuit avec des interventions de Lénine et Martov en langue russe, avant une courte suspension de séance.

À la reprise, Valérian Agafonov prend la parole en russe, suivi de Maxime Gorki, accueilli par une ovation et lisant un conte russe dont il est l’auteur. Un pianiste clôt la soirée en interprétant plusieurs pièces de Chopin, ce qui donne à la réunion une dimension à la fois politique et culturelle. La séance est levée vers 23 h 55, « sans incident », d’après le rapport policier, qui souligne cependant la tonalité militante de l’hommage à Herzen et le rôle central joué par les réseaux d’émigrés russes à Paris dans l’organisation de cette manifestation. Lénine, qui vit alors rue Marie-Rose dans le XIVe, quittera Paris deux mois plus tard pour Cracovie. Dans cinq ans, il sera à Petrograd.

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37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram
Concert organisé par Vera Figner, auquel assiste Maxime Gorki ; Lénine évite de rencontrer Maxime Gorki afin de ne pas se fâcher avec lui En 1910, Véra Figner organise un concert au profit des exilés russes à l'adresse…

Concert organisé par Vera Figner, auquel assiste Maxime Gorki ; Lénine évite de rencontrer Maxime Gorki afin de ne pas se fâcher avec lui

En 1910, Véra Figner organise un concert au profit des exilés russes à l'adresse indiquée avenue de Wagram à Paris. Maxime Gorki assiste à cet événement. Lénine, présent à Paris à cette époque, évite de rencontrer Maxime Gorki pour ne pas se brouiller avec lui.  Véra Figner, exilée russe, dirige l'organisation du concert. Cet événement réunit des bolcheviks et des sympathisants révolutionnaires. Le groupe bolchévique participe à son organisation. Maxime Gorki, écrivain russe, prend part au concert en tant que participant notable. Lénine, leader bolchévique en exil, choisit de ne pas y apparaître pour préserver ses relations avec Gorki.  Ce rassemblement s'inscrit dans le contexte des émigrés russes à Paris, actifs dans les milieux révolutionnaires autour de 1910. Le concert soutient financièrement les exilés politiques fuyant la Russie tsariste.

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Personnage(s) : Maxime Gorki ·Véra Figner ·Lénine
37 avenue de Wagram — 17e arr.
Salle Wagram
Congrès international de la condition et des droits de la femme
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Personnage(s) : Marguerite Durand
37 avenue de Wagram — 17e arr.
37 avenue de Wagram — 17e arr.

Aujourd'hui

La Salle Wagram existe toujours au 39bis avenue de Wagram (le numérotage a évolué). Reconvertie en salle de bal et de concert haut de gamme, elle accueille désormais soirées privées, galas et concerts. Son décor Belle Époque — balcons, dorures, grand plancher de danse — a été restauré. On y danse là où Jaurès pérorait et où Malraux tonnait.

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