Le Rex en Soldatenkino
Depuis l'Occupation, le Grand Rex n'est plus accessible aux Parisiens. Réquisitionné par la Wehrmacht et transformé en Soldatenkino, il est réservé aux soldats allemands de permission — l'une des nombreuses salles des Grands Boulevards confisquées à l'usage exclusif de l'occupant.
Le 16 mars 1943, un commando des FTP-MOI — Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d'œuvre Immigrée — dépose une bombe sur le trottoir devant le cinéma. L'auteur de l'attentat, Paul Silberman, ancien combattant des Brigades internationales en Espagne, est blessé lors de l'opération.
Les FTP-MOI sont à cette époque le bras armé de la résistance communiste immigrée à Paris — Juifs d'Europe centrale, Polonais, Arméniens, Italiens, Espagnols — qui mènent une guérilla urbaine contre les symboles de l'Occupation : officiers allemands, établissements militaires, cinémas et restaurants réquisitionnés. Le Grand Rex, vitrine ostentatoire du Gross Paris allemand, est une cible naturelle.
La répression est immédiate et mécanique. Conformément au « code des otages » instauré depuis 1941, les autorités allemandes font fusiller 46 détenus en représailles — des résistants et militants communistes pour la plupart, déjà emprisonnés, qui n'ont aucun lien avec l'attentat. La logique est celle de la terreur collective : punir la population pour les actes dont les auteurs n'ont pas été arrêtés.
Ni la répression ni la menace ne stopperont les FTP-MOI. Le Grand Rex sera à nouveau visé en septembre 1943.