Attentat à la grenade des FTP-M.O.I. contre un café-lupanar réservé aux soldats allemands.

Café de l'Autobus

 77 ou 76 rue du Père Corentin - 14e arr. (à l'angle du boulevard Jourdan)

Arsène Tchakarian (au centre) le 25 février 1945, lors de la première cérémonie après la libération de la France en l'honneur des fusillés du groupe Manouchian au cimetière parisien d'Ivry.

 Opération destinée à venger des otages fusillés : iIs n'avaient pas d'autre pays que celui qu'ils défendaient.

Le 8 septembre 1943, l'Italie signe l'armistice avec les Alliés. À Berlin, Hitler ordonne l'occupation de la péninsule; à Paris, ce même jour, les FTP-MOI lancent une vague d'attentats coordonnés contre les forces d'occupation. Cinq opérations simultanées dans cinq arrondissements différents: une démonstration de force et de méthode.

Les FTP-MOI, Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d'Oeuvre Immigrée, sont une organisation de résistance armée composée pour l'essentiel de travailleurs immigrés: des Juifs polonais et hongrois, des Arméniens, des Espagnols réfugiés après la défaite de la République. Ils opèrent sous les ordres des FTP, branche armée du PCF, mais en groupes autonomes dont la plupart des membres sont étrangers au sens juridique. Leur engagement est total; leur exposition, maximale.

Le premier attentat de la journée vise le café de l'Autobus, au 77 rue du Père-Corentin dans le 14e arrondissement: un établissement réservé aux soldats allemands. Alexandre Kostantinian et Arsène Tchakarian y lancent une grenade. Dans les heures qui suivent, Szlama Grzywacz abat un soldat allemand rue de Vaugirard puis un autre rue de la Convention; Robert Witchitz et Roger Rouxel en abattent deux boulevard Masséna; deux sous-officiers tombent rue de la Harpe, dans le 5e. Cinq opérations; une poignée d'hommes; des quartiers dispersés aux quatre coins de Paris.

L'opération vise à venger des otages fusillés par les Allemands. Ce cycle, les résistants l'assument; ils savent que le prix payé par la population civile est réel, et ils choisissent de continuer. Pour ces combattants, qui n'ont souvent pas de papiers français, pas de famille en sécurité, pas de retraite possible, la résistance armée est la seule réponse à une violence qui les a déjà privés de tout le reste.

Arsène Tchakarian survivra à la guerre. Il vivra jusqu'à cent deux ans et passera les dernières décennies de sa vie à témoigner dans les lycées de France pour que la mémoire des immigrés résistants ne disparaisse pas. Szlama Grzywacz et Robert Witchitz ne verront pas la Libération. Roger Rouxel tombe au combat en décembre 1943.