Banquet offert à Gauguin par ses amis pour son départ à Tahiti

Café Voltaire

Café Voltaire, début 1900

Le 23 mars 1891, au Café Voltaire place de l'Odéon, une quarantaine d'artistes et d'écrivains se réunissent pour fêter le départ de Paul Gauguin. C'est Stéphane Mallarmé qui préside le banquet et porte le toast. L'image est saisissante : le prince des symbolistes, homme de cabinet et de langue ciselée, levant son verre à celui qui s'apprête à tout quitter pour l'autre bout du monde.

Gauguin a quarante-trois ans. Après des années de vie parisienne, de Bretagne, de Martinique, de querelles avec Van Gogh à Arles, il a convaincu le gouvernement français de le faire partir pour Tahiti comme "artiste en mission". Il cherche depuis longtemps ce qu'il appelle le primitif — quelque chose qui ne soit pas l'Europe, pas la peinture académique, pas la civilisation industrielle qui l'étouffe. Dans quelques jours il prend le train pour Marseille, puis le bateau.

Ceux qui l'entourent ce soir place de l'Odéon savent-ils qu'il ne reviendra presque pas ? Il rentrera une fois, brièvement, en 1893, avant de repartir définitivement pour les Marquises, où il mourra en 1903.

Ce banquet est l'un de ces moments où Paris se dit adieu à lui-même sans le savoir — où la ville fête un des siens qui part précisément parce qu'il ne peut plus y respirer. Mallarmé, lui, ne bougera pas. Il mourra sept ans plus tard rue de Rome, sans avoir jamais cherché à fuir.

Bibliographie