Au coin de la place de l'Odéon, face au théâtre, le Café Voltaire est l'un de ces établissements parisiens qui semblent avoir aspiré l'histoire littéraire par tous les pores de leurs murs. Fondé après la Révolution — probablement dans les premières années du XIXe siècle —, il est d'abord tenu par un certain Gache, au moins jusqu'en 1826, avant de passer de main en main tout en conservant son nom et sa clientèle d'élite.
Dès la Monarchie de Juillet, Honoré de Balzac en fait son quartier général : c'est ici, en 1837, qu'il retrouve écrivains et journalistes, carnet sous le bras et idées plein la tête. Eugène Delacroix, Paul Verlaine, Auguste Rodin, Stéphane Mallarmé, Léon Gambetta ou encore Paul Fort y défilent au fil des décennies. En 1877, le café accueille même un groupe militant pour la défense de la langue provençale, soutenu par Daudet et Mistral.
La scène la plus saisissante se joue le 23 mars 1891 : une quarantaine d'artistes et d'écrivains s'y retrouvent pour fêter le départ de Paul Gauguin vers Tahiti. C'est Mallarmé lui-même qui préside et porte le toast — deux mondes qui se saluent avant de se séparer pour toujours. Plus tard, entre les deux guerres mondiales, le Café Voltaire attire la colonie américaine de Paris : Hemingway, Fitzgerald, Ezra Pound, Gertrude Stein, Sinclair Lewis ou T. S. Eliot y viennent, séduits aussi, dit-on, par une bouillabaisse réputée.
Noms successifs du lieu
- Début XIXe siècle Ouverture du Café Voltaire, tenu par Gache
- 1826 — 1891 Café Voltaire : haut lieu des lettres et des arts, de Balzac aux symbolistes et à Gauguin
- Entre-deux-guerres Café-restaurant fréquenté par les écrivains américains de la « génération perdue » et les avant-gardes françaises
- 1750 — 1956 Café Voltaire (durée totale d'activité attestée)
Toponymie — place de l'Odéon
Événements à cette adresse
7 événements · 1750 — 1891Aujourd'hui
Le bâtiment du 1 place de l'Odéon existe toujours, face au théâtre national de l'Odéon. Le Café Voltaire en tant que tel a disparu ; l'adresse abrite désormais un autre établissement. La place conserve son animation de quartier Latin, et une simple plaque pourrait suffire à rappeler que Mallarmé y leva son verre à Gauguin.

