Posée au sommet de la butte Montmartre comme une pénitence de pierre, la basilique du Sacré-Cœur naît d'un geste politique autant que religieux. En 1872, l'archevêque de Paris Joseph Hippolyte Guibert prononce officiellement le vœu de bâtir une église pour « racheter les fautes de la Commune » — ces quelques semaines d'insurrection ouvrière dont la répression sanglante hante encore la ville. Le projet est déclaré d'utilité publique, adoubé par le président Patrice de Mac Mahon, chantre de l'« ordre moral » ; la première pierre est posée solennellement en 1875. Les travaux s'étireront jusqu'en 1912, sur un sol truffé de carrières et d'instabilité, sous le regard ironique d'une ville qui ne cesse de grandir à ses pieds.
La basilique traîne depuis lors une réputation de symbole clivant. En juin 1940, elle figure dans la visite éclair que Hans Speidel organise pour Adolf Hitler — trois heures pour saisir Paris, en compagnie d'Albert Speer et d'Arno Breker. Le Sacré-Cœur est un arrêt de ce circuit, « lieu culte » pour les troupes d'occupation. Trente ans plus tard, la charge symbolique se retourne : en février 1971, des militants de la Gauche prolétarienne occupent la basilique pour protester contre la répression d'une manifestation du Secours Rouge, en présence de Jean-Paul Sartre. Et pour le centième anniversaire de la Commune, le Groupe révolutionnaire du 16e fait exploser une tourelle — acte de vengeance mémorielle contre l'édifice conçu, précisément, pour effacer la Commune.
- 1872 Vœu officiel de construction d'une basilique expiatoire, prononcé par l'archevêque Guibert
- 1875 Pose de la première pierre ; le projet reçoit le qualificatif « Gallia poenitens » (la France pénitente), emblème de l'ordre moral
- 1875 — 1912 Chantier de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
- 1919 Consécration de la basilique (retardée par la Première Guerre mondiale)
- depuis 1919 Basilique du Sacré-Cœur, lieu de culte catholique et haut lieu touristique de Paris
La basilique domine toujours la butte Montmartre, visible de presque toute la ville. Elle est l'un des sites les plus visités de Paris. L'intérieur abrite une adoration eucharistique perpétuelle maintenue sans interruption depuis 1885. La tourelle endommagée en 1971 a été restaurée.