Baudelaire et Dupont adhèrent à la société créée par Blanqui

Salle du Tivoli d'Hiver/Siège de la Société républicaine centrale

Illustration d'un club fondé en 1848, dans Jean Jaurès. Histoire Socialiste, 1908

Le 27 février 1848, quelques jours à peine après la chute de Louis‑Philippe, la salle du Tivoli d’Hiver, près des grands boulevards, se transforme en foyer de radicalité républicaine. C’est là qu’Auguste Blanqui lance la Société républicaine centrale, bientôt surnommée le « club Blanqui », qui veut pousser la révolution de Février bien au‑delà du simple changement de régime. On y prône un gouvernement vraiment populaire, la méfiance envers les notables modérés et un programme social nettement plus avancé que celui du gouvernement provisoire.

Dans cette atmosphère surchauffée, deux figures inattendues viennent prendre leur carte : le poète Charles Baudelaire et le chansonnier Pierre Dupont. Leur adhésion, signalée par les contemporains, ne fait pas d’eux des blanquistes disciplinés, mais elle dit bien le climat du moment : une partie du monde littéraire et artistique bascule, au moins pour un temps, du côté des clubs les plus exigeants et les plus intransigeants. Baudelaire, qui traîne encore une image de dandy ironique, s’essaie au rôle de citoyen engagé ; Dupont, dont les chansons populaires circulent déjà dans les milieux ouvriers, trouve là un prolongement politique à sa veine sociale.​

La Société républicaine centrale se veut à la fois école politique et quartier général de la gauche républicaine la plus dure. Blanqui y défend l’idée d’une République qui ne se contente pas d’abolir la monarchie, mais qui transforme les rapports sociaux, limite le pouvoir de la grande propriété, s’appuie sur les ouvriers armés. Les séances sont publiques, les débats souvent violents, et le club se heurte rapidement aux républicains modérés, inquiets de voir ce foyer de contestation influencer la Garde nationale et les quartiers populaires.

Que Baudelaire et Dupont s’y inscrivent, ce 27 février, donne une image très nette de la fébrilité du Paris de 1848 : poètes, chansonniers, artisans, étudiants, militants se retrouvent côte à côte dans une même salle pour tenter de définir ce que pourrait être une République vraiment démocratique et sociale. La suite montrera que beaucoup se retireront, se lasseront ou seront réprimés, mais cette journée au Tivoli d’Hiver reste un moment‑charnière où la révolution politique croise, brièvement, les avant‑gardes culturelles de son temps.

Bibliographie