Bonaparte rentre à Paris après la victoire de Marengo

Barrière de Charenton/Barrière de Marengo

Bataille de Marengo, 1800.

Collection Musée National du Château de Versailles.

Il revient en vainqueur. Ce qu'il tait, c'est que la victoire n'était pas la sienne.

Le 2 juillet 1800, Bonaparte entre dans Paris sous les acclamations. Deux mois qu'il est parti : les Alpes franchies par le Grand-Saint-Bernard en mai, l'Italie du Nord traversée, les Autrichiens bousculés. Et le 14 juin, à Marengo, une bataille qui change tout.

Sauf que Marengo, ce matin-là, tourne mal. Les Autrichiens enfoncent les lignes françaises dès l'aube. À quinze heures, le général Mélas est convaincu d'avoir gagné — il dicte déjà son rapport à Vienne. C'est Desaix qui sauve la mise : rappelé en urgence, il lance une contre-attaque qui retourne le cours de la journée. Les Autrichiens cèdent. La victoire est là. Desaix, lui, est mort — une balle dans la poitrine au moment exact où ses hommes perçaient.

Bonaparte recueille les lauriers. Dans les semaines qui suivent, les bulletins officiels sont soigneusement retravaillés : le rôle de Desaix s'efface, le récit se resserre sur le Premier Consul, stratège infaillible qui avait tout prévu.

Le même 14 juin, à six mille kilomètres de là, le général Kléber est assassiné au Caire par un étudiant syrien. La nouvelle met quelques jours à parvenir à Paris. Une victoire éclatante en Italie, un désastre discret en Égypte — et un seul nom dans toutes les bouches.

Paris est épuisée. Dix ans de révolution, de journées, de têtes coupées, de coups d'État. La foule qui acclame Bonaparte ce 2 juillet n'acclame pas seulement un général : elle acclame la fin du désordre. Quatre ans plus tard, il se fera couronner Empereur à Notre-Dame. La fatigue d'un peuple peut construire bien des trônes.

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