Clemenceau est mis en arrestation par le Comité de vigilance de Montmartre et expulsé de sa mairie.
Le 23 mars 1871, cinq jours après le soulèvement, Georges Clemenceau est arrêté dans sa propre mairie. Ceux qui l'arrêtent sont Simon Dereure et Théophile Ferré, au nom du Comité de vigilance de Montmartre. Clemenceau est expulsé de la rue des Abbesses et remplacé.
Il n'a que trente ans. Maire du 18e arrondissement depuis novembre 1870, républicain intransigeant, il a tenté depuis le 18 mars de jouer les médiateurs entre le Comité central et les élus parisiens — réclamant des élections immédiates, courant de l'Hôtel de Ville aux mairies de quartier, ne dormant pas. Pour les communards de Montmartre, cette position médiane est suspecte. Clemenceau n'est ni avec eux ni franchement contre eux — il est pour la légalité républicaine, ce qui dans le contexte du moment ressemble à de la tergiversation.
Ferré, lui, ne tergiversera jamais. Blanquiste pur, il sera membre de la Commune, responsable de l'exécution des otages en mai 1871, fusillé à Satory le 28 novembre 1871 à vingt-cinq ans.
En 1871, la Commune ne pouvait pas savoir que l'homme qu'elle expulsait deviendrait le ministre de l'Intérieur réputé pour sa brutalité envers les grévistes, surnommé le premier flic de France — puis le président du Conseil de la victoire de 1918. Elle voyait en lui un gêneur ambigu. Sur le fond, elle n'avait pas tort.