Nez de MM. Les Propriétaires devant le décret de la Commune sur les loyers, BnF
Le 5 avril 1871, Léo Fränkel et Benoît Malon créent au ministère des Travaux publics, rue Saint-Dominique, une Commission d'initiative chargée de régler les problèmes de logement. C'est un détail dans l'agenda révolutionnaire de la Commune — mais il dit quelque chose d'essentiel sur ce que la Commune essayait de construire pendant qu'on se battait à ses portes.
La question du logement était criante. Paris comptait des dizaines de milliers de familles ouvrières entassées dans des taudis du faubourg Saint-Antoine, de Belleville, de la Goutte d'Or. Les loyers avaient explosé sous Haussmann, qui avait rasé les quartiers populaires du centre pour y construire des immeubles bourgeois. La Commune avait déjà suspendu les expulsions et les saisies pour dettes dès les premiers jours — une mesure concrète qui concernait directement des milliers de familles.
C'est cette veine sociale, souvent oubliée, qui fait la singularité de la Commune. En soixante-douze jours, entre les combats, les conseils de guerre et la menace permanente de Versailles, la Commune légifère : suppression du travail de nuit dans les boulangeries, interdiction des amendes patronales, réquisition des ateliers abandonnés par leurs propriétaires pour les confier aux coopératives ouvrières, gratuité de l'enseignement, remise des objets mis en gage au Mont-de-Piété. Fränkel, délégué au Travail, pousse chacune de ces réformes avec une obstination que Marx lui-même encourageait par courrier.
La commission du logement n'aura pas le temps d'aboutir. Dans six semaines, Versailles sera dans Paris.