Le 25 mars 1920, Nguyễn Tất Thành — qui ne s'appelle pas encore Hô Chi Minh — prononce ou participe à une conférence anticolonialiste à Paris, sur la base des thèses de Lénine sur la question nationale et coloniale. Il a trente ans. Il vit dans un modeste logement du 13e arrondissement, boulevard de l'Hôpital, et gagne sa vie en retouchant des photos.
Il est à Paris depuis 1919 — une année décisive. En juin de cette année-là, il s'était présenté à la conférence de Versailles avec une pétition réclamant l'autodétermination du peuple vietnamien, signée "Nguyễn Ái Quốc", le patriote. Personne ne l'avait reçu. Les grandes puissances n'avaient pas de temps pour les colonies.
La déception l'avait conduit vers le Parti socialiste, puis vers Lénine. En lisant les Thèses sur les questions nationales et coloniales, il avait trouvé ce qu'il cherchait depuis des années : une théorie qui articulait l'émancipation des peuples colonisés à la lutte des classes. Il racontera plus tard avoir pleuré en lisant ce texte — de soulagement.
En décembre 1920, au congrès de Tours, il vote avec la minorité pour adhérer à la Troisième Internationale et fonde la section coloniale du Parti communiste français. C'est à Paris, dans les réunions et les conférences de ces années-là, que se forge le révolutionnaire qui dirigera le Vietnam jusqu'à sa mort en 1969.