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20 septembre 1935
Événement

Pivert, Guérin et Lefeuvre fondent la Gauche révolutionnaire contre le stalinisme et le réformisme

Brasserie du Commerce (chez Auger)
Pivert, Guérin et Lefeuvre fondent la Gauche révolutionnaire contre le stalinisme et le réformisme
Le syndicaliste français Marceau Pivert (1895-1958).

Dans une brasserie de la rue des Archives, une poignée de socialistes anti-staliniens décide d'organiser la gauche de la gauche, avant que les événements ne balaient leurs espoirs.

Marceau Pivert a quarante ans ce 20 septembre 1935. Instituteur, syndicaliste, membre de la SFIO depuis 1920, il est de ceux qui croient que le socialisme ne peut pas se réduire à une affaire de gestion parlementaire. Il a vu le fascisme prendre le pouvoir en Italie puis en Allemagne et la social-démocratie ne pas savoir lui résister. Il a vu Staline liquider l'opposition bolchevique et transformer le Komintern en instrument de la politique étrangère soviétique. Il refuse les deux.

À la Brasserie du Commerce, 48 rue des Archives dans le 3e arrondissement, se tient une réunion fondatrice : la naissance de la tendance Gauche révolutionnaire au sein de la SFIO. Aux côtés de Pivert se trouvent René Lefeuvre, militant révolutionnaire qui a fondé en 1934 la revue Spartacus (qui publiera les textes de Marx, Trotski, Rosa Luxemburg en éditions populaires), et Daniel Guérin, jeune socialiste qui vient de passer un an en Allemagne nazie et en tire les conclusions dans ce qui deviendra "Fascisme et grand capital" (1936), l'un des premiers livres sérieux sur les liens entre le capitalisme et la montée du nazisme.

La Gauche révolutionnaire s'oppose à la politique du Front populaire telle que la conçoivent Léon Blum et Paul Faure : une alliance avec les radicaux bourgeois, sans programme de transformation sociale immédiate, sans rupture avec le capitalisme. Pour Pivert et ses camarades, soutenir le Front populaire ne peut se faire sans maintenir une pression révolutionnaire, sans organiser les travailleurs en dehors des structures institutionnelles du parti.

"Tout est possible" : c'est le titre de l'article que Pivert publie dans le Populaire en juin 1936, au moment des grandes grèves avec occupation d'usines. Pour lui, le moment révolutionnaire est là, il faut pousser bien au-delà des simples accords Matignon. Blum hésite ; le PCF stalinien, soucieux de ne pas effrayer la bourgeoisie radicale, freine. La Gauche révolutionnaire maintient la pression.

La tendance sera finalement exclue de la SFIO en 1938. Elle fonde le PSOP (Parti Socialiste Ouvrier et Paysan), dont l'existence sera brève. La brasserie de la rue des Archives a accueilli ce soir-là une tentative sérieuse de tenir la ligne entre les deux écueils de la gauche du XXe siècle : le réformisme sans horizon et le stalinisme sans scrupules.