Création de la revue "l'Anarchie" par Albert Libertad

Siège du journal "L'Anarchie"

Première page de L'Anarchie, BnF

Au 4 bis, rue d'Orsel (XVIIIe arr.), un homme sur des béquilles lance un journal qui va secouer le mouvement libertaire français pendant près de dix ans.

Albert Libertad est un personnage hors norme. Abandonné à la naissance à Bordeaux en 1875, handicapé des deux jambes, il traverse la vie sur ses béquilles avec une énergie qui désarçonne tout le monde — y compris la police. Installé à Montmartre depuis 1896, il est devenu une figure incontournable du milieu anarchiste parisien, un orateur redoutable qui harangue les foules dans la rue et n'hésite pas à se battre à coups de béquille quand l'occasion l'exige.

Ce 13 avril 1905, il lance L'Anarchie, journal individualiste qui paraîtra chaque semaine pendant 484 numéros, jusqu'en juillet 1914. Le programme est radical : ni Dieu, ni maître, ni patron — mais surtout, pas de parti. Libertad se méfie autant des organisations anarchistes que de l'État. Ce qu'il veut, c'est l'émancipation individuelle, ici et maintenant.

Autour du journal gravitent les « Causeries populaires », ces réunions de quartier où l'on débat de tout — amour libre, végétarisme, refus du salariat, éducation nouvelle. Le 4 bis rue d'Orsel devient un foyer d'agitation intellectuelle où passent des figures comme Émile Armand, André Lorulot, et plus tard un jeune Victor Serge, encore connu sous le nom de Kibaltchich.

Libertad ne verra pas la fin de son journal. Il meurt en 1908, à 33 ans, des suites d'une rixe. Mais L'Anarchie lui survivra — pour le meilleur et pour le pire, quand certains de ses lecteurs passeront de la théorie à l'acte.

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