Brissot et vingt autres conventionnels « girondins » devant le Tribunal révolutionnaire.
Estampe anonyme, Paris, BnF, département des estampes, 1793.
Dans la salle où siégeait le Parlement de Paris, la Révolution installe sa propre justice et commence à juger.
Le 17 août 1792, sept jours après la prise des Tuileries et l'arrestation de Louis XVI, l'Assemblée législative décrète la création d'un Tribunal criminel extraordinaire. Il siégera dans la Grand'Chambre du Palais de Justice (4 boulevard du Palais, 1er arrondissement), rebaptisée salle de la Liberté. Sa mission : juger, sans appel ni cassation, les auteurs des « crimes » du 10 août et tous les complices du complot royal.
Ce tribunal n'est pas encore celui que la mémoire désigne sous le nom de Tribunal révolutionnaire. C'est son prédécesseur, plus éphémère. Il juge soixante et un cas, prononce vingt-deux condamnations à mort et est supprimé le 29 novembre 1792, au moment où la Convention s'apprête à mettre le roi lui-même en jugement : une juridiction d'exception ne peut instruire le procès d'un monarque.
La solution est provisoire. Le 10 mars 1793, la Convention décrète un nouveau tribunal du même type, désormais institution permanente : le Tribunal révolutionnaire. Il s'installe dans la même salle. Antoine Quentin Fouquier-Tinville en est nommé accusateur public. Entre 1793 et 1795, le Tribunal révolutionnaire prononcera deux mille six cent trente-neuf condamnations à mort à Paris.
Les noms qui ont traversé cette salle forment un inventaire vertigineux : Charlotte Corday, jugée en quatre jours en juillet 1793 ; Jeanne Marie Roland, girondine, qui monte sur l'échafaud en novembre 1793 ; Marie-Antoinette, jugée les 14 et 15 octobre 1793 et guillotinée le lendemain ; les Dantonistes en avril 1794 ; les Hébertistes en mars ; puis, retournement du mécanisme contre ses propres créateurs, les Robespierristes en thermidor. Fouquier-Tinville lui-même sera guillotiné en mai 1795.
Le Tribunal révolutionnaire est supprimé le 31 mai 1795. La salle reprend son usage ordinaire, devient la 1ère Chambre civile de la Cour d'appel. Elle existe toujours.