🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos
📖 Guide du Paris révolutionnaire SOURNIA Jean-Charles
Bibliographie

Guide du Paris révolutionnaire

SOURNIA Jean-Charles
Éditions de Santé, 1989.
Livre
319 Fiches citant cet ouvrage
1989 Édition

Fiches citant cet ouvrage

319 fiches
Événement
1794
25 juillet 1794
p 12 & 116
Le 25 juillet 1794 — 7 thermidor an II —, André Chénier monta à l'échafaud place du Trône renversé. Il avait trente et un ans. Quarante-huit heures plus tard, Robespierre tombait. André Chénier est né en 1762 à Constanti …

Le 25 juillet 1794 — 7 thermidor an II —, André Chénier monta à l'échafaud place du Trône renversé. Il avait trente et un ans. Quarante-huit heures plus tard, Robespierre tombait.

André Chénier est né en 1762 à Constantinople d'un père français et d'une mère grecque. Il grandit à Paris, fut élève au Collège de Navarre, et devint le plus grand poète français de son siècle — un siècle qui ne le lut qu'après sa mort.

La Révolution le trouva enthousiaste, puis horrifié. Il avait d'abord salué 1789 ; il se détourna de la Terreur et rédigea pour le Journal de Paris des articles qui attaquaient les excès jacobins. En mars 1794, il fut arrêté près de Passy et emprisonné à Saint-Lazare — l'ancien hospice du 107 rue du Faubourg Saint-Denis, converti en prison. Il y écrivit les Iambes, poèmes de la colère froide d'un homme qui sait ce qui l'attend.

Le 7 thermidor, il fut conduit à la guillotine avec une cinquantaine d'autres condamnés. Selon une anecdote transmise par ses contemporains — peut-être apocryphe, certainement vraie dans son esprit —, il frappa son front du poing avant de monter à l'échafaud en disant : Il y avait quelque chose là.

Le 9 thermidor — le 27 juillet —, Robespierre était arrêté. La Terreur prenait fin.

Ses poèmes ne furent publiés qu'en 1819. Les Romantiques le découvrirent et en furent bouleversés. Il repose dans la fosse commune du cimetière de Picpus, avec les autres victimes de la place du Trône renversé.

Voir la fiche →
Événement
1794
13 juin 1794
p 12 & 116
La guillotine est installée ici du 25 prairial au 28 juillet 1794 : 1306 exécutions, dont les carmélites de Compiègne qui ont servi de modèle à Bernanos pour ses "Dialogues"
Voir la fiche →
Événement
1786
1786 — Pompe à feu du Gros Caillou
p 22
Construction de la pompe à feu du Gros Caillou par les frères Périer
Voir la fiche →
Événement
1586
1586
p 29
Cour des écuries du palais abbatial de St germain des Prés
Voir la fiche →
Événement
558
décembre 558
p 29
Nécropole des rois mérovingiens où se trouvait le plus vieux gisant conservé aujourd'hui à St Denis
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Entrée Nord de l'abbaye de St Germain des Prés
p 29
Porte donnant sur le palais abbatial et la chapelle de la Vierge
Voir la fiche →
Événement
1163
21 avril 1163 — Abbaye de St Germain des Prés (porte Papale)
p 29
Porte papale de l'enceinte de l'abbaye de St Germain des Prés murée en 1551
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Porte St Benoît/Enceinte de l'abbaye de St Germain des Prés
p 29
Porte percée dans l'enceinte de l'abbaye de St Germain des Prés vers la fin du 17ème siècle
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Porte Ste Marguerite de l'abbaye de St Germain des Prés
p 29
Porte Ste Marguerite jouxtant la prison de l'abbaye de St Germain
Voir la fiche →
Événement
1792
2 septembre 1792 — Prison de l'Abbaye de St Germain des Prés/Massacres de Septembre
p 29-30
Voir la fiche →
Événement
1792
2 septembre 1792 — Parvis de l'église St Germain des Prés/Massacres de Septembre
p 30
Voir la fiche →
Événement
Événement
1795
21 octobre 1795 — Musée des Monuments français/École des Beaux-Arts
p 31-32
Lenoir crée un musée lapidaire dans l'ancien couvent, en 1792 ; il deviendra le "Musée des Monuments français", institué le 1er septembre 1794 par la Convention
Voir la fiche →
Événement
1792
1792 — Prison de l'Abbaye de St Germain des Prés
p 31
Voir la fiche →
Événement
1792
Événement
1794
2 novembre 1794 — Collège des Quatre Nations/Institut de France
p 33-34
Prison pendant la Terreur et siège du Comité de Salut public de la Seine
Voir la fiche →
Événement
1661
1661 — Collège des Quatre Nations
p 33
Tombeau de Mazarin dans le collège qu'il avait fait construire pour 60 boursiers venant de 4 nations rattachées à la France : Pignerol, c'est-à-dire le Piémont, Alsace, Flandre et Artois
Voir la fiche →
Événement
1795
15 août 1795 — Hôtel des Monnaies
p 35
Application du système décimal ; la monnaie officielle devient le Franc
Voir la fiche →
Événement
Événement
1790
1790 — Imprimerie de l'Égalité (à l'enseigne du "Griffon")
p 35-36
Voir la fiche →
Événement
1790
1 mai 1790 — Imprimerie de l'Égalité (à l'enseigne du "Griffon")
p 35-36
Voir la fiche →
Événement
1778
30 mai 1778 — Hôtel de Villette
p 35
Mort de François-Marie Arouet, dit Voltaire ; il va donner son nom au quai voisin
Voir la fiche →
Événement
1778
Événement
1792
2 septembre 1792
p 36 & 41
Prise à parti de prêtres réfractaires que l'on transférait à la prison de l'Abbaye, devant le bureau de recrutement des volontaires du carrefour de Bucy, épisode initial des massacres de septembre. Seul l'abbé Sicard est …

Prise à parti de prêtres réfractaires que l'on transférait à la prison de l'Abbaye, devant le bureau de recrutement des volontaires du carrefour de Bucy, épisode initial des massacres de septembre. Seul l'abbé Sicard est épargné

Voir la fiche →
Événement
Événement
Événement
1790
27 avril 1790 — Église du couvent des Cordeliers (jusqu'au 16 mai 1791)
p 39 & 44
Voir la fiche →
Événement
1792
1792 — Hôtel de Genlis/Musée de Paris/Club des Cordeliers
p 39-40 & 41
Voir la fiche →
Événement
1783
6 mars 1783 — Hôtel de Genlis/Société Apollonienne/Musée de Paris
p 40
Voir la fiche →
Événement
1791
16 mai 1791 — Hôtel de Genlis/Musée de Paris/Club des Cordeliers/Société des Amis des droits de l'homme et du citoyen
p 40-41
Voir la fiche →
Événement
1782
1782 — Salle du Musée de Paris/Société Apollonienne
p 40
Le Musée de Paris, à l'étroit rue Dauphine, tient ses réunions au couvent des Cordeliers
Voir la fiche →
Événement
1787
1787 — Hôtel de Genlis/Musée de Paris (salle laissée vacante après son départ rue Ste Avoie)
p 40
Lieu de réunions de la loge maçonnique des Neuf-Sœurs, référence aux 9 muses
Voir la fiche →
Événement
Événement
1770
1770 — Palais des Tuileries/Comédie Française
p 41
Voir la fiche →
Événement
1795
Événement
1751
28 juin 1751 — Café Au Saint Suaire de Turin/Café Procope
p 41
Le café a été fondé par le Sicilien Francesco Procopio di Coltelli — d'abord sous le nom de Café Au Saint Suaire de Turin, en face de la Comédie-Française, dans la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Voltaire, Fontene …

Le café a été fondé par le Sicilien Francesco Procopio di Coltelli — d'abord sous le nom de Café Au Saint Suaire de Turin, en face de la Comédie-Française, dans la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Voltaire, Fontenelle et Montesquieu y ont leurs habitudes. On y lit les journaux, on joue aux échecs, on refait la physique et le droit des gens entre deux tasses. Au milieu du siècle, le Procope est devenu le lieu de travail officieux des philosophes.

Le projet de l'Encyclopédie a cinq ans. En 1746, le libraire André-François Le Breton et ses associés — David, Durand, Briasson — obtiennent un privilège royal pour adapter la Cyclopedia de l'Anglais Chambers. L'abbé Gua de Malves, premier directeur, abandonne en octobre 1747. Denis Diderot et Jean le Rond d'Alembert prennent la direction. Ce qui devait être une traduction devient autre chose : un inventaire raisonné de tout ce que la raison humaine a produit, organisé selon l'Arbre des connaissances de Francis Bacon, avec l'homme — et non Dieu — au sommet. En 1750, le Prospectus de Diderot lance une souscription pour dix volumes de textes et deux de planches. Les jésuites, via les Mémoires de Trévoux, protestent aussitôt.

Ce 28 juin 1751, le premier volume est finalisé au Procope. Il couvre la lettre A jusqu'à Azyme — 914 pages. Il s'ouvre sur le Discours préliminaire de d'Alembert, qui classe mémoire, raison et imagination comme les trois facultés fondatrices de la connaissance humaine. C'est un manifeste. Jean-François Marmontel a fourni plusieurs articles. L'abbé Prévost, auteur de Manon Lescaut, a collaboré. Jean-Jacques Rousseau a rédigé les articles de musique. Alexis Piron, poète mordant et habitué du café, est là. Élie Fréron, critique acéré dont la plume servira bientôt à combattre l'entreprise, fréquente encore la même table — il ne fondera son Année littéraire qu'en 1754.

Pour Marx et Engels, le mouvement philosophique du XVIIIe siècle a été l'idéologie par laquelle la bourgeoisie montante a conduit son offensive théorique contre l'ordre féodal et clérical. L'Encyclopédie en est l'instrument central : elle substitue la raison à la révélation, traite les métiers et les techniques comme des savoirs nobles, et fait de l'autorité un objet de critique. Ce n'est pas un dictionnaire. C'est le programme intellectuel d'une classe qui prépare sa révolution.

En janvier 1752, le Conseil du roi condamne les deux premiers volumes au pilon. Malesherbes, directeur de la Librairie, cache les manuscrits de Diderot chez lui. La publication reprend en 1753.

Voir la fiche →
Événement
1689
18 avril 1689 — Jeu de paume de l'Étoile (ou de l'Estoile, de 1547)
p 41
Chassés par leurs voisins trop studieux du futur Institut de France, les Comédiens du Roi prennent leurs quartiers dans un ancien jeu de paume — en face d'un petit café qui n'a pas encore son heure de gloire. Le 18 avril …

Chassés par leurs voisins trop studieux du futur Institut de France, les Comédiens du Roi prennent leurs quartiers dans un ancien jeu de paume — en face d'un petit café qui n'a pas encore son heure de gloire.

Le 18 avril 1689, la troupe de la Comédie-Française inaugure sa nouvelle salle au 14 de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Au programme : Phèdre de Racine et Le Médecin malgré lui de Molière — les deux auteurs tutélaires de la maison, associés pour l'ouverture comme un double parrainage. La troupe elle-même est jeune : elle n'a que neuf ans. Louis XIV l'a créée en 1680 par fusion autoritaire des comédiens de l'Hôtel Guénégaud et de ceux de l'Hôtel de Bourgogne, avec pour mission de « rendre les représentations des comédies plus parfaites ».

Le déménagement n'a rien d'un choix artistique. Depuis 1680, la troupe joue à l'Hôtel de Guénégaud, rue Mazarine. Juste à côté, sur le quai de Conti, s'élève depuis peu le Collège des Quatre-Nations — fondation posthume de Mazarin ouverte en 1688, le bâtiment conçu par Le Vau face au Louvre, qui abrite aujourd'hui l'Institut de France. Les académiciens, les enseignants et les étudiants supportent mal le voisinage des comédiens : les entractes bruyants, les carrosses dans les rues étroites, la fréquentation peu recommandable qui encombre le quartier aux heures de spectacle. Les plaintes remontent. Dès juin 1687, Louis XIV tranche : la troupe doit déguerpir de l'Hôtel Guénégaud.

On cherche un lieu de repli. Le choix se porte, à quelques centaines de mètres de là, sur un ancien jeu de paume — celui de l'Estoile, construit en 1547 — rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. L'emplacement est bon : faubourg animé mais encore à l'écart des grands flux, suffisamment éloigné du Collège pour ne plus gêner personne. La troupe achète le bâtiment et confie la transformation à François d'Orbay le Jeune, neveu et collaborateur du d'Orbay qui a travaillé avec Le Vau à Versailles et — précisément — au Collège des Quatre-Nations. Les travaux durent près de deux ans. Pendant ce temps, la troupe joue où elle peut, dans des salles provisoires. La nouvelle salle ouvre enfin le 18 avril 1689. Et pas n'importe laquelle : c'est la première salle italienne de Paris, à plan semi-elliptique, avec des galeries sur deux niveaux — une révolution architecturale qui servira de modèle aux théâtres français pendant un siècle.

La salle fonctionnera pendant exactement quatre-vingt-un ans. Quatre-vingt-un ans pendant lesquels elle voit passer à peu près tout ce que le théâtre français compte d'auteurs et d'acteurs : Regnard, Lesage, Marivaux, Voltaire, Beaumarchais. En face, au 13, un Italien nommé Francesco Procopio dei Coltelli a ouvert dès 1686 un établissement qui sert un produit encore nouveau — du café. La proximité est immédiate : les comédiens traversent la rue, les spectateurs aussi. Le Procope devient le vestibule informel du théâtre. Au XVIIIe siècle, on y croisera Voltaire, Diderot, Rousseau, Benjamin Franklin. Plus tard, Marat, Danton, Desmoulins. Le café deviendra un foyer révolutionnaire — mais c'est une autre histoire, qui commence précisément par cette adresse voisine et par cette installation d'avril 1689.

En 1770, la troupe part une fois encore. Les lieux sont jugés trop étroits, la salle vieillie, et l'on construit pour elle un théâtre neuf au faubourg Saint-Germain — le futur Odéon, qui ne sera achevé qu'en 1782. En attendant, la Comédie-Française se réfugie provisoirement dans la salle des Machines des Tuileries. La rue, elle, prend alors son nouveau nom : rue de l'Ancienne-Comédie. Les Parisiens préfèrent toujours nommer les choses par ce qu'elles ont été.

On passe aujourd'hui devant le 14 sans soupçonner qu'un théâtre s'y est tenu. Seule la plaque commémorative, et le nom de la rue, en gardent la trace.![[Plaque de l'Ancienne Comédie Française|Ancienne comédie rue de l' 14 Comédie française plaque 01 web.jpeg]]

Plaque de l'Ancienne Comédie Française,

Voir la fiche →
Événement
1793
5 octobre 1793 — Demeure de Fabre d'Églantine
p 42
Adoption du calendrier révolutionnaire. Il sera utilisé jusqu'en décembre 1805, Napoléon rétablissant le calendrier grégorien à partir du 1er janvier 1806
Voir la fiche →
Événement
1794
31 mars 1794 — Demeure de Georges Jacques Danton (donnant alors sur la rue Marat)
p 42 & 43
Arrestation de Danton à son domicile, à 6 heures du matin. Il avait refusé de s'enfuir, disant "on n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers" Le 31 mars 1794, à six heures du matin, on frappe à la porte du …

Arrestation de Danton à son domicile, à 6 heures du matin. Il avait refusé de s'enfuir, disant "on n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers"

Le 31 mars 1794, à six heures du matin, on frappe à la porte du 130 boulevard Saint-Germain — la rue s'appelait alors rue des Cordeliers, puis rue Marat. Georges Danton dort encore. Sa jeune femme Louise Gély est à ses côtés. Les agents du Comité de sûreté générale sont là pour l'arrêter.

Il ne s'enfuit pas. On lui en avait donné l'occasion — des amis l'avaient prévenu, des chevaux de poste étaient disponibles. Il avait refusé, avec cette phrase que Philippe avait notée dans sa fiche : "on n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers."

Danton était l'un des hommes de la Révolution. Il avait contribué à renverser la monarchie, à organiser la défense nationale en septembre 1792, à fonder le Tribunal révolutionnaire — l'instrument qui allait maintenant le juger. Depuis plusieurs mois, il appelait à modérer la Terreur, à clémence, à en finir avec les exécutions en masse. Robespierre et Saint-Just y voyaient une trahison.

Le procès est une mascarade — Danton le transforme en tribune, rugit, domine la salle au point que le Tribunal finit par suspendre les débats pour le faire taire. Il est guillotiné le 5 avril avec Camille Desmoulins et leurs amis. Sa dernière parole au bourreau, selon la tradition : "Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine."

Dix semaines plus tard, Robespierre passait à son tour sous la lame.

Voir la fiche →
Événement
1789
1789 — Demeure de Joseph Ignace Guillotin
p 42
Le docteur Joseph Guillotin introduit la Déclaration des Droits dans le cahier de doléances du quartier de la Monnaie
Voir la fiche →
Événement
1793
13 juillet 1793 — Hôtel de Cahors/Demeure de Jean-Paul Marat
p 43
Le 13 juillet 1793, en fin d'après-midi, une jeune femme venue de Caen se présente au 30 rue des Cordeliers. Elle insiste, dit détenir des noms de Girondins réfugiés en Normandie. Marat la reçoit dans son cabinet, au pre …

Le 13 juillet 1793, en fin d'après-midi, une jeune femme venue de Caen se présente au 30 rue des Cordeliers. Elle insiste, dit détenir des noms de Girondins réfugiés en Normandie. Marat la reçoit dans son cabinet, au premier étage, plongé dans une baignoire sabot où il soulage la maladie de peau qui le ronge, une planche en travers lui servant de bureau. Charlotte Corday tire un couteau de sous son fichu et frappe une seule fois, sous la clavicule. Il crie — « À moi, ma chère amie ! » selon les récits — et s'effondre. Simonne Évrard, sa compagne, accourt trop tard.

Tout, ce mois-là, tient dans un mouchoir de poche. La maison de Marat, l'église des ci-devant Cordeliers, le jardin du couvent : quelques dizaines de mètres, au cœur du quartier le plus radical de Paris. C'est là que David met en scène les funérailles. Le corps est exposé dans l'ancienne église les 15 et 16 juillet, la plaie offerte aux regards, drapé de tricolore. Le 16 au soir, le cortège s'ébranle à travers le quartier ; on n'inhume Marat qu'entre onze heures et minuit, sous les arbres du jardin des Cordeliers, à deux pas de sa baignoire. Son cœur, dit-on, est déposé à part, dans une urne suspendue à la voûte du club.

Or ce même 16 juillet, tandis qu'on l'enterre, Marat reparaît en librairie. Jacques Roux, le « curé rouge » de la section des Gravilliers, toute proche, publie le numéro 243 du Publiciste de la République française, sous-titré « par l'ombre de Marat, l'Ami du peuple ». Le chiffre n'est pas un hasard : il reprend la numérotation là où l'Ami du peuple l'avait laissée, comme si la mort n'avait rien interrompu. Quatre jours plus tard, le 20 juillet, un autre enragé, Jean-Théophile Leclerc, fait paraître à son tour un nouvel Ami du peuple. Deux journaux, deux héritiers autoproclamés, pour un mort qui n'a pas eu le temps de désigner de successeur.

La compagne du tribun ne l'entend pas ainsi. Le 8 août 1793, Simonne Évrard se présente à la barre de la Convention et dénonce les « écrivains scélérats » qui se parent du nom de Marat — Roux et Leclerc nommément. L'attaque tombe au plus mauvais moment pour les enragés : Robespierre les a déjà pris en grippe. Roux est arrêté quelques jours plus tard, condamné, et se donne la mort en prison au début de 1794 ; Leclerc se tait. L'ombre de Marat n'aura servi ses porteurs que quelques semaines.

Du 30 rue des Cordeliers, il ne reste rien : la maison, devenue le 20 rue de l'École-de-Médecine, fut expropriée puis démolie en 1877 pour agrandir la faculté de médecine. Dans La Sainte Famille, Marx dresse la généalogie de « l'idée communiste » et retient, pour représenter le mouvement révolutionnaire à mi-course, deux noms exactement : Leclerc et Roux — les deux journalistes du quartier qui, la semaine des funérailles, s'étaient emparés de la voix du mort.

Voir la fiche →
Événement
1789
12 septembre 1789 — Imprimerie de Marat/Imprimerie du journal "Le Publiciste parisien"/Imprimerie du journal "L'Ami du Peuple"
p 43
Le 12 septembre 1789, moins de deux mois après la prise de la Bastille, Jean-Paul Marat publie le premier numéro de son journal dans une imprimerie de la cour du Commerce Saint-André, dans le 6e arrondissement. Le titre …

Le 12 septembre 1789, moins de deux mois après la prise de la Bastille, Jean-Paul Marat publie le premier numéro de son journal dans une imprimerie de la cour du Commerce Saint-André, dans le 6e arrondissement. Le titre initial: "Le Publiciste parisien", qui deviendra dès le quatrième numéro "L'Ami du Peuple, ou le Publiciste parisien". Ce titre sera celui du journal jusqu'à la mort de Marat, le 13 juillet 1793.

Marat a quarante-six ans. Médecin de formation, physicien contesté dont les théories sur la lumière ont été rejetées par l'Académie des sciences, pamphlétaire depuis les années 1770, il entre dans la Révolution avec la conviction que la trahison et la corruption sont au coeur du système: la Cour, les parlements, les ministres, les généraux, les aristocrates déguisés en patriotes. Son journal sera l'organe de cette conviction.

"L'Ami du Peuple" paraît en moyenne cinq fois par semaine, à deux mille exemplaires. Il est lu à voix haute dans les carrefours, les cafés, les assemblées de section. Marat dénonce, nomme, accuse: Lafayette qui surveille le roi sous prétexte de le protéger; les Girondins qui modèrent la Révolution quand elle devrait s'accélérer; les spéculateurs qui profitent de la pénurie de pain. Il exige des têtes, au sens littéral: il fixe des chiffres, propose des listes, et ses lecteurs le croient.

Il est forcé de fuir à plusieurs reprises pour échapper aux mandats d'arrêt: en Angleterre en 1790, dans les égouts et les caves de Paris dont il ressort la santé brisée. Sa dermatite chronique, aggravée par des années de clandestinité dans des endroits humides, le ronge. À la fin de sa vie, il travaille dans son bain.

Un détail: le futur maréchal d'Empire Guillaume Brune travaille à l'imprimerie de la cour du Commerce Saint-André au moment de la fondation du journal. Il y est typographe. Le même atelier abrite l'imprimerie de Marat et le début de carrière d'un futur maréchal: la Révolution a ses coïncidences.

Marat est assassiné par Charlotte Corday le 13 juillet 1793, dans sa baignoire, au 30 rue des Cordeliers. "L'Ami du Peuple" cesse le jour de sa mort. Il avait publié son journal pendant près de quatre ans, sans interruption ou presque.

Voir la fiche →
Événement
1792
1792 — Couvent des Cordeliers
p 44-45
Cantonnement des 500 hommes du bataillon des Marseillais, comprenant un hôpital pour les blessés après la prise des Tuileries
Voir la fiche →
Événement
1795
27 février 1795 — Église St Étienne du Mont
p 44
Retiré du Panthéon, sous la surveillance de Soufflot, le 26 et déposé au cimetière, plus proche, Saint-Geneviève/Saint Étienne-du-Mont, le 27 février.
Voir la fiche →
Événement
1795
26 février 1795 — Église Ste Geneviève/Le Panthéon
p 44, 62
Le 26–27 février 1795, Jean‑Paul Marat sort une seconde fois de l’histoire révolutionnaire : après avoir été porté au Panthéon comme « grand homme », il en est discrètement retiré et enterré dans le cimetière tout proche …

Le 26–27 février 1795, Jean‑Paul Marat sort une seconde fois de l’histoire révolutionnaire : après avoir été porté au Panthéon comme « grand homme », il en est discrètement retiré et enterré dans le cimetière tout proche de Sainte‑Geneviève, dépendant de la paroisse Saint‑Étienne‑du‑Mont. Quelques mois plus tôt, en septembre 1793, la Convention montagnarde avait fait de l’« Ami du Peuple » un martyr officiel, digne de reposer aux côtés de Mirabeau ou de Voltaire. Mais, après Thermidor et la chute de Robespierre, le nouveau pouvoir veut effacer les symboles de la Révolution radicale : clubs fermés, sans‑culottes réprimés, statues et bustes déboulonnés.

La dépouille de Marat est donc descendue de la crypte du Panthéon et transférée au cimetière le plus proche, accolé à l’église Saint‑Étienne‑du‑Mont. Ce déplacement, apparemment administratif, s’accompagne dans les rues d’une véritable campagne de profanation symbolique : des bustes de Marat sont promenés, brisés, parfois jetés aux égouts par les « muscadins », ces jeunes bourgeois antijacobins qui se donnent en spectacle en attaquant tout ce qui rappelle la période sans‑culotte. C’est de là que vient la légende d’un Marat « jeté à l’égout » : ce sont ses effigies, plus que son corps, que la réaction thermidorienne précipite ainsi hors de l’espace public.

En retirant Marat du Panthéon pour le reléguer dans un cimetière de quartier, on referme le temple républicain sur une mémoire plus sage, débarrassée d’un journaliste fougueux trop lié aux journées d’août 1792, aux sans‑culottes et à la Terreur naissante. Le Panthéon, un temps ouvert à une figure issue du mouvement populaire, se recentre sur des profils jugés plus « présentables » par les nouvelles élites. Ce 26–27 février 1795, on enterre un corps, mais surtout un moment de la Révolution : celui où la parole enragée d’un médecin‑publiciste avait été élevée au rang de modèle national.

Voir la fiche →
Événement
Événement
1775
1775 — Réfectoire du couvent des Cordeliers (bureaux au 1er étage de l'aile nord du cloître)
p 44
Réalisation du plan cadastral de Verniquet par 60 ingénieurs et dessinateurs ; l'original, déposé à l'Hôtel de Ville, disparaît en 1797
Voir la fiche →
Événement
1691
1691 — Première École de Chirurgie/Confrérie des Barbiers-Chirurgiens (fondée en 1655)
p 45
Voir la fiche →
Événement
1782
9 avril 1782
p 45-46
Le 9 avril 1782, la Comédie-Française quitte les Tuileries et ouvre ses portes dans son nouveau théâtre place de l'Odéon, avec une représentation d'Iphigénie en Aulide de Racine. Le bâtiment, conçu par les architectes Pe …

Le 9 avril 1782, la Comédie-Française quitte les Tuileries et ouvre ses portes dans son nouveau théâtre place de l'Odéon, avec une représentation d'Iphigénie en Aulide de Racine. Le bâtiment, conçu par les architectes Peyre et de Wailly, est le plus grand et le plus moderne de Paris — façade à colonnes, foyer élégant, salle à l'italienne. On l'appelle d'abord simplement le Théâtre Français.

Deux ans plus tard, le 27 avril 1784, c'est ici que Beaumarchais fait jouer Le Mariage de Figaro — après des années de censure royale. La pièce avait été interdite par Louis XVI en personne, convaincu qu'elle était dangereuse pour l'ordre social. Il avait raison. La salle fit un triomphe qui résonna dans toute l'Europe. Napoleon dira plus tard que Le Mariage de Figaro était déjà la Révolution en acte.

La Révolution justement transforme le théâtre comme tout le reste. En 1789 il devient Théâtre de la Nation, en 1793 Théâtre de l'Égalité. La troupe elle-même se scinde en deux — les révolutionnaires d'un côté, les royalistes de l'autre. Les uns jouent rue de Richelieu, là où se trouve encore aujourd'hui la Comédie-Française. Les autres sont emprisonnés.

Le bâtiment de l'Odéon brûle en 1799, est reconstruit, brûle à nouveau en 1818, est reconstruit encore. Il existe toujours place de l'Odéon, sous le nom de Théâtre de l'Europe. La salle de 1782 a disparu — l'institution, elle, a survécu à tout.

Voir la fiche →
Événement
1655
1655 — École de Médecine (amphithéâtre anatomique)/Confrérie des chirurgiens de St Côme
p 45
Voir la fiche →
Événement
1793
1793
p 45
Le quai des Orfèvres est rebaptisé rue Voltaire pendant la Révolution
Voir la fiche →
Événement
1792
1792 — Théâtre de la Liberté et de l'Égalité/Théâtre de la République
p 45-46
Théâtre de la Liberté et de l'Égalité puis de la République ; la Fraternité ne fut ajoutée que plus tard dans la devise républicaine ; dommage que l'on n'ait pas ajouté la "Propriété", ça aurait eu le mérite d'être plus …

Théâtre de la Liberté et de l'Égalité puis de la République ; la Fraternité ne fut ajoutée que plus tard dans la devise républicaine ; dommage que l'on n'ait pas ajouté la "Propriété", ça aurait eu le mérite d'être plus clair

Voir la fiche →
Événement
1794
31 mars 1794 — Demeure de Camille Desmoulins (à partir de 1782)
p 46
Voir la fiche →
Événement
1794
31 mars 1794 — Demeure de Camille Desmoulins (à partir de 1782)
p 46
Voir la fiche →
Événement
1792
1792 — Demeure de Jean-Nicolas Pache
p 46
Demeure de Jean-Nicolas Pache, ministre de la Guerre, maire hébertiste de Paris, membre du club des Cordeliers, un des grands "désorganisateurs" de la Révolution française
Voir la fiche →
Événement
1789
12 juillet 1789 — Café de Foy/Jardin du Palais Royal ("Capitale de l'agitation")
p 46 & 126
Un dimanche de juillet 1789, un jeune avocat sans causes saute sur une table de café, un pistolet à chaque main — et le jardin du Palais-Royal se met en marche vers la Bastille. Ce dimanche 12 juillet 1789, Paris sait de …

Un dimanche de juillet 1789, un jeune avocat sans causes saute sur une table de café, un pistolet à chaque main — et le jardin du Palais-Royal se met en marche vers la Bastille.

Ce dimanche 12 juillet 1789, Paris sait depuis le matin : le roi a renvoyé Necker. Le jardin du duc d'Orléans, seul coin de la ville où la police royale n'entre pas, grouille de pamphlétaires et de badauds sous les arcades. On l'appelle « la capitale de l'agitation ».

Au 57-60 de la galerie de Montpensier, le café de Foy déborde. Un jeune homme de vingt-neuf ans, avocat sans clients et journaliste sans journal, s'y impatiente : Camille Desmoulins. Il bégaie — un défaut qui lui a barré le barreau. Mais ce jour-là, dit la tradition, l'émotion emporte le bégaiement. Il grimpe sur une table, un pistolet à chaque main, et harangue la foule.

Le renvoi de Necker, lance-t-il, est « le tocsin d'une Saint-Barthélemy des patriotes » : ce soir même, les régiments suisses et allemands sortiront égorger Paris. « Aux armes ! » La menace n'a rien d'une invention : les troupes étrangères cernent la ville, et le soir venu, la cavalerie du prince de Lambesc chargera la foule aux Tuileries. Desmoulins propose le vert, « couleur de l'espérance ». La foule se rue sur les arbres du jardin, les dépouille de leurs feuilles, et s'en pique aux chapeaux. Desmoulins racontera plus tard qu'on lui glissa plutôt un ruban vert ; peu importe, la cocarde est née.

Ironie de la teinte : elle ne passera pas la semaine. Le vert est la livrée du comte d'Artois — couleur compromettante, aussitôt délaissée pour le bleu et le rouge de Paris, bientôt relevés de blanc pour former la cocarde tricolore. La couleur de l'espérance était celle de l'ennemi.

On a fait de cette scène l'étincelle de la Révolution. Étincelle, soit — mais la poudre était déjà répandue. Ce 12 juillet, les barrières de l'octroi flambaient au nord de la ville ; le pain touchait son prix le plus haut du siècle ; la peur des troupes courait les faubourgs. Les historiens, de Mathiez à Soboul, l'ont rappelé : le cri de Desmoulins n'a pas créé le mouvement, il l'a allumé. Deux jours plus tard, la Bastille tombait.

Reste l'ironie du lieu. Le café de Foy, berceau de l'insurrection, était tenu par la famille Jousserand. Deux ans plus tard, ces mêmes Jousserand en avaient fait un repaire d'aristocrates : le café où l'on avait crié « aux armes » penchait pour le roi. Il ferma en 1874. Mais les arcades de la galerie de Montpensier sont toujours là, aux numéros 57 à 60, où l'on prend aujourd'hui un café sans savoir qu'on foule l'endroit où un bègue, un dimanche, trouva sa voix.

Voir la fiche →
Événement
1790
30 novembre 1790 — Demeure de Jacques-René Hébert
p 46
Hébert commence la publication du Père Duchesne, initié par Lemaire qui publiait "Les lettres bougrement patriotiques du père Duchesne" et "La trompette du père Duchesne"
Voir la fiche →
Événement
1792
18 juillet 1792 — Demeure de John Paul Jones
p 46
Mort de John Paul Jones, marin et héros de la Guerre d'indépendance des États-Unis, fondateur de l'U.S. Navy
Voir la fiche →
Événement
Événement
1667
21 juin 1667 — Observatoire de Paris/Horloge parlante
p 47
Construction de l'observatoire de Paris, qui va devenir le siège de l'Académie des Sciences
Voir la fiche →
Événement
1795
1795 — Observatoire de Paris/Bureau des Longitudes
p 47
Voir la fiche →
Événement
Événement
1794
30 mars 1794 — Palais du Luxembourg (transformé en prison fin 1792)
p 47
Voir la fiche →
Événement
1795
Événement
1790
1790 — Séminaire St Sulpice/Section du Luxembourg
p 49
Voir la fiche →
Événement
1792
11 août 1792 — Église St Sulpice/Section du Luxembourg
p 49 & 51
Voir la fiche →
Événement
1792
11 juillet 1792 — Église St Sulpice/Chapelle du Sacré-Cœur (la dernière à gauche avant le transept)
p 50
Voir la fiche →
Événement
1798
Événement
1790
29 décembre 1790 — Église St Sulpice
p 50
Mariage de Camille et Lucile Desmoulins, avec pour témoins Maximilien Robespierre, Pétion, Sillery et Mercier
Voir la fiche →
Événement
1792
2 septembre 1792 — Église St Sulpice
p 50
Prière lance, de la chaire de l'église St Sulpice, le mot d'ordre de marcher contre les prussiens, mais d'abord d'éliminer les individus enfermés dans les prisons, en tant qu'ennemis de l'intérieur
Voir la fiche →
Événement
1792
2 septembre 1792 — Couvent des Carmes déchaussés/Massacres de Septembre
p 51-54
Massacres de 115 Prêtres réfractaires au couvent des Carmes Déchaux, transformé en prison
Voir la fiche →
Événement
Événement
1791
4 avril 1791 — Église Ste Geneviève/Le Panthéon
p 61
Inhumation de Mirabeau au Panthéon. Il en sera expulsé fin novembre 1793 après la découverte de sa correspondance avec Louis XVI dans "l'armoire de fer" des Tuileries. Le 4 avril 1791, deux jours après sa mort rue de la …

Inhumation de Mirabeau au Panthéon. Il en sera expulsé fin novembre 1793 après la découverte de sa correspondance avec Louis XVI dans "l'armoire de fer" des Tuileries.

Le 4 avril 1791, deux jours après sa mort rue de la Chaussée d'Antin, Mirabeau est inhumé au Panthéon. Il en est le premier occupant — le temple républicain vient d'être créé pour lui. Les obsèques sont nationales. Paris entier est dans la rue.

Il y reste deux ans et demi. Le 27 novembre 1793, en pleine Terreur, les sans-culottes font irruption dans le Panthéon et exigent son expulsion. La raison : on vient de découvrir dans "l'armoire de fer" des Tuileries — une cache secrète murée dans les appartements royaux — des centaines de lettres compromettantes. Mirabeau y apparaît comme un conseiller rémunéré de Louis XVI, percevant une pension mensuelle en échange de ses avis politiques. Le tribun de la Révolution était en réalité un agent double.

La Convention vote l'expulsion à l'unanimité. On sort le cercueil du Panthéon sans cérémonie. Mirabeau est réinhumé au cimetière Sainte-Catherine, dans une fosse commune avec d'autres victimes de disgrâce révolutionnaire. Sa famille ne réussit jamais à retrouver ses restes avec certitude.

La fiche de Philippe note que ses lettres étaient adressées à "Louis XIV" — c'est Louis XVI bien sûr, coquille à corriger sur le site.

Ce que le Panthéon avait donné en deux jours, il le reprit en un après-midi. Le premier "grand homme" de la République avait été le premier à en être chassé. L'histoire, parfois, a le sens du symbole.

Voir la fiche →
Événement
1791
2 avril 1791 — Église Ste Geneviève/Le Panthéon/Temple de la Mémoire
p 61
Voir la fiche →
Événement
1791
11 juillet 1791 — Église Ste Geneviève/Le Panthéon/Première fête philosophique
p 62
On le fit entrer au Panthéon sur un char à douze chevaux ; un siècle plus tard, il fallut rouvrir son cercueil pour s'assurer qu'il s'y trouvait encore. Le 11 juillet 1791, au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, le l …

On le fit entrer au Panthéon sur un char à douze chevaux ; un siècle plus tard, il fallut rouvrir son cercueil pour s'assurer qu'il s'y trouvait encore.

Le 11 juillet 1791, au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, le long cortège qui a remonté tout Paris s'arrête devant le nouveau bâtiment. L'Assemblée constituante avait décidé, trois mois plus tôt, que l'église Sainte-Geneviève recevrait les cendres des grands hommes. Sur le fronton, on grave la formule : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. » Mirabeau y était entré le premier ; expulsé après la révélation de ses accords avec la cour, il laisse Voltaire le plus ancien habitant des lieux.

Il faut goûter le paradoxe. Ce temple laïque, la Révolution l'invente en empruntant tout à la religion qu'elle combat : on exhume des restes, on les promène en procession, on les translate d'un tombeau à l'autre comme on faisait jadis des reliques de saints. Le char est tiré par douze chevaux blancs, la fête réglée par Jacques-Louis David. L'homme qu'on encense ainsi est pourtant celui-là même qui avait passé sa vie à railler prêtres et dévots, et signait ses lettres d'un « Écrasez l'infâme ». La patrie reconnaissante offrait au vieux railleur de Ferney une résurrection de plâtre et de granit.

L'histoire aurait pu s'arrêter à cette apothéose. Elle rebondit sous la Restauration. Une nuit de mai 1814, murmure-t-on bientôt, des fanatiques seraient descendus forcer les cercueils de plomb de Voltaire et de Rousseau, auraient mêlé leurs ossements dans un sac et les auraient jetés dans une fosse sur un lit de chaux vive. La rumeur s'impose peu à peu, et Victor Hugo lui-même y ajoute foi. Le Panthéon, croyait-on désormais, ne gardait plus que des tombeaux vides.

Pour en avoir le cœur net, on finit par ouvrir les cercueils. Le 18 décembre 1897, une commission officielle descend dans la crypte. Sous les yeux des savants — le chimiste Marcellin Berthelot en tête —, on soulève les couvercles : les ossements sont là. On brandit le crâne de Voltaire, la mâchoire remboîtée, et l'on croit reconnaître son profil par Pigalle. Le rapport conclut à « la présence dûment reconnue des restes de Voltaire et de Rousseau » — mais la commission n'avait mené aucune expertise. On avait vu des os ; on n'avait pas prouvé que c'étaient les siens.

Aujourd'hui, au bout de l'allée centrale de la crypte, deux tombeaux se font face : Voltaire et Rousseau. Devant celui de Voltaire veille une statue due à Houdon, le sourire mince et l'œil aigu. Le philosophe du doute repose ainsi sous un doute qu'aucune commission n'a tout à fait levé — ce qui, au fond, ne lui aurait pas déplu.

Voir la fiche →
Événement
1796
28 février 1796 — Abbaye Ste Geneviève/Lycée Henri IV
p 63-64
Voir la fiche →
Événement
1795
16 novembre 1795 — Réfectoire de l'abbaye Ste Geneviève (puis dans un des caveaux)/Club du Panthéon
p 63-64
Ouverture du club du Panthéon, dit aussi club des Panthéonistes, foyer de la future Conjuration des Égaux
Voir la fiche →
Événement
Événement
1749
24 juillet 1749 — Demeure de Denis Diderot (de 1749 à 1754 chez la dame Chetel)
p 64
Le 24 juillet 1749, des exempts de police se présentèrent au 3 de la rue de l'Estrapade. Ils cherchaient Diderot. Ils le trouvèrent. Denis Diderot venait de publier la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient …

Le 24 juillet 1749, des exempts de police se présentèrent au 3 de la rue de l'Estrapade. Ils cherchaient Diderot. Ils le trouvèrent.

Denis Diderot venait de publier la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient — un essai philosophique qui prenait la cécité comme point de départ pour démontrer que nos idées morales dépendent de nos sens, non d'une révélation divine. Dans la bouche d'un aveugle fictif mourant, il avait placé une négation de l'existence de Dieu. La censure royale n'avait pas apprécié.

Il fut conduit au château de Vincennes et y resta jusqu'en novembre 1749. L'emprisonnement fut relatif : il disposait d'une chambre, pouvait se promener dans le parc, recevoir des visites. Jean-Jacques Rousseau vint le voir. Sur le chemin de Vincennes, Rousseau eut la subite inspiration qu'il décrit dans ses Confessions comme une illumination — que la civilisation corrompt l'homme naturellement bon. La route de Vincennes vit naître, en quelques mois, à la fois les idées de Rousseau et l'entreprise encyclopédique.

Car Diderot, depuis 1746, travaillait pour le libraire Le Breton à traduire en français la Cyclopaedia de Chambers, encyclopédie anglaise. En prison, il convainquit ses associés de transformer ce projet modeste en quelque chose d'immense : une encyclopédie nouvelle, raisonnée, qui rassemblerait tout le savoir de son siècle. Le premier tome parut en 1751. Le vingt-huitième, en 1772.

L'arrestation du 24 juillet 1749 n'avait pas voulu faire une Encyclopédie. C'est pourtant ce qu'elle produisit.

Voir la fiche →
Événement
1792
Événement
1787
1787 — Hôtel de Magny (annexe du Jardin Plantes)
p 65
Voir la fiche →
Événement
1786
1786 — Butte Coypeau/Belvédère du Jardin des Plantes/Gloriette de Buffon
p 65
La gloriette de Buffon, aussi appelée kiosque en bronze du Jardin des Plantes, est un édifice métallique situé au sommet du grand labyrinthe du Jardin des Plantes, 40 rue Geoffroy Saint-Hilaire, Paris 5ᵉ. Construite entr …

La gloriette de Buffon, aussi appelée kiosque en bronze du Jardin des Plantes, est un édifice métallique situé au sommet du grand labyrinthe du Jardin des Plantes, 40 rue Geoffroy Saint-Hilaire, Paris 5ᵉ. Construite entre 1786 et 1787 sur ordre de Georges Buffon, elle fut conçue par l’architecte Edme Verniquet et réalisée par Claude-Vincent Mille, serrurier du roi. Il s’agit d’une des toutes premières structures métalliques au monde, antérieure de plusieurs décennies aux réalisations de Victor Baltard et de plus d’un siècle à celles de Gustave Eiffel.

La gloriette est composée d’une ossature de fer habillée de bronze et de cuivre, reposant sur huit colonnes cannelées métalliques. Elle mesure environ 4 mètres de diamètre et est surmontée d’une sphère armillaire et d’une girouette. À l’origine, un mécanisme actionné par le soleil sonnait les douze coups de midi grâce à un gong méridien, aujourd’hui disparu. L’édifice, qui n’a pas de fonction utilitaire autre que celle de belvédère, possède une forte valeur symbolique, notamment par l’utilisation de plusieurs métaux et sa devise « Horas non numero nisi serenas » (« Je ne compte que les heures heureuses »), lié à un gong méridien marquant l'heure solaire de midi. Il s’agit du plus ancien monument métallique conservé à Paris.![[Gloriette de Buffon Arthur Weidman, Wikimedia|Gloriette_de_Buffon Arthur Weidman, WM.jpeg]]

Gloriette de Buffon Arthur Weidman, Wikimedia

Voir la fiche →
Événement
1832
9 mai 1832 — Demeure de Georges Cuvier
p 65
Mort de Georges Dagobert Cuvier, un des fondateurs de la paléontologie
Voir la fiche →
Événement
1790
14 juillet 1790
p 68-69
Des délégations des départements viennent prêter serment de fidélité à la Nation. Talleyrand, chargé de dire la messe sur "l'Autel de la Patrie", aurait demandé à son assistant : "surtout, ne me faites pas rire"
Voir la fiche →
Événement
1789
1 juillet 1789
p 68
Il y avait trente-cinq mille soldats entre Paris et Versailles. Treize jours plus tard, il n'y en avait plus que deux dans la Bastille. Au 1er juillet 1789, l'Assemblée nationale existe depuis quinze jours. Louis XVI a c …

Il y avait trente-cinq mille soldats entre Paris et Versailles. Treize jours plus tard, il n'y en avait plus que deux dans la Bastille.

Au 1er juillet 1789, l'Assemblée nationale existe depuis quinze jours. Louis XVI a capitulé une fois — le 23 juin, il a ordonné à la noblesse et au clergé de siéger avec le Tiers-État. Mais à Versailles, les princes et les ultras le poussent à reprendre la main. La décision est prise : on va encercler Paris.

Pierre-Victor de Besenval, baron suisse, lieutenant-général, commandant militaire de l'Île-de-France, installe son quartier général à l'École militaire. Sur l'esplanade du Champ de Mars, trois régiments suisses prennent position : Salis-Samade, Châteauvieux, Diesbach. Des hussards et des dragons campent aux abords. À Versailles, à Saint-Denis, à Sèvres, d'autres unités se tiennent prêtes. En tout, une armée d'environ trente-cinq mille hommes manœuvre entre la capitale et la résidence royale.

Le choix des régiments n'est pas innocent. Les Suisses et le Royal Allemand ne parlent pas français — ils ne seront pas contaminés par l'agitation des faubourgs. Ce sont des mercenaires professionnels, liés à la Couronne par contrat, pas par sentiment national. Si Besenval reçoit l'ordre de charger, ils chargeront.

Les Parisiens voient les tentes, les canons, les uniformes étrangers. La rumeur enfle : le roi prépare un coup d'État militaire, l'Assemblée va être dissoute, les députés du Tiers arrêtés. Dans les cafés du Palais-Royal — à deux heures de marche du Champ de Mars — les orateurs montent sur les tables. On circule des listes d'aristocrates à abattre. Le prix du pain est au plus haut depuis des années.

Le 11 juillet, Louis XVI renvoie Necker — le ministre populaire, symbole de la conciliation. La nouvelle arrive à Paris le 12 au matin. Ce jour-là, tout bascule. La foule envahit les jardins du Palais-Royal. Camille Desmoulins monte sur une table au café de Foy : « Citoyens, il n'y a pas un moment à perdre. » Le prince de Lambesc charge sur la place Louis-XV. Le 13, les Invalides sont pillés pour leurs armes. Le 14, la Bastille tombe.

Besenval n'a rien pu faire. Coupé de Versailles, ses ordres contradictoires, ses soldats regardant passer les cortèges, il a regardé la révolution se faire sous ses yeux.

Parmi les régiments qu'il commandait au Champ de Mars ce 1er juillet, le Châteauvieux. En août 1790, ce même régiment mutiné à Nancy pour réclamer sa solde en retard — Bouillé le réprima dans le sang, quarante et un soldats exécutés, vingt-trois aux galères. En avril 1792, les galériens survivants furent libérés et fêtés en triomphe à Paris par les Jacobins. Le régiment qu'on avait braqué contre la Révolution était devenu l'un de ses symboles.


Voir la fiche →
Événement
1793
10 août 1793
p 70
Célébration de la Constitution de l'An I ; mais son application est reportée à l'établissement de la paix
Voir la fiche →
Événement
1798
28 juillet 1798
p 72
Défilé triomphal de chars portant le butin du pillage de l'Italie par un certain général Bonaparte ; les chevaux de Venise, la Vénus du Capitole, le groupe du Laocoon ; un pillard, notre "grand homme"...
Voir la fiche →
Événement
1738
1738 — Le Gros Caillou
p 73
Mégalithe appelé le Gros-Caillou, utilisé comme limite des censives des abbayes de Ste Geneviève et de St Germain ; détruit au 18ème siècle
Voir la fiche →
Événement
1799
1799 — Hôtel de Salm/Club du Manège
p 76
Voir la fiche →
Événement
1803
1803 — Hôtel de Torcy/Hôtel de Beauharnais
p 77
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Hôtel d'Humières/Club Constitutionnel
p 77-78
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Hôtel d'Humières/Demeure du maréchal Mortier
p 78
Voir la fiche →
Événement
1795
1795 — Palais Bourbon/Conseil des Cinq-Cents
p 78-79
Le palais Bourbon est confisqué ; il sera affecté au Conseil des Cinq-Cents en janvier 1798
Voir la fiche →
Événement
1781
18 mars 1781 — Hôtel de Viarmes/Demeure d'Anne Robert Jacques Turgot
p 78
Mort de Jacques Robert Turgot, ministre des finances de Louis XVI
Voir la fiche →
Événement
1781
18 mars 1781 — Hôtel de Viarmes/Demeure d'Anne Robert Jacques Turgot
p 78
Voir la fiche →
Événement
1793
1793 — Palais Bourbon
p 78-79
Palais transformé en "Maison de la Révolution" ; il devient prison sous la Terreur
Voir la fiche →
Événement
1790
1790
p 78
Pont de la Concorde achevé avec les pierres de la Bastille
Voir la fiche →
Événement
1804
1804 — Hôtel de Brienne/Demeure de Lætizia Bonaparte
p 80
Voir la fiche →
Événement
1788
1788 — Hôtel de Brienne
p 80
Loménie de Brienne, ministre des finances depuis 1787, manque d'être lynché par le peuple
Voir la fiche →
Événement
1793
1793 — Lettres "St" grattées
p 80
Vieille inscription du nom de la rue dont les lettres "St" ont été grattées pendant la Révolution. Ces tables gravées avaient remplacé en 1729 les plaques en lettres noires sur fer blanc instaurées le 16 janvier 1728
Voir la fiche →
Événement
1790
1790 — Hôtel de Castries/Ministère de la Guerre
p 82
Voir la fiche →
Événement
1797
1797 — Hôtel de Biron/Bal Biron/Musée Rodin
p 82 & 83
En 1797, au 77 rue de Varenne à Paris, se tenaient des fêtes champêtres d’inspiration réactionnaire, organisées dans les jardins de l’hôtel particulier qui occupe aujourd’hui cet emplacement. Ces événements, marqués par …

En 1797, au 77 rue de Varenne à Paris, se tenaient des fêtes champêtres d’inspiration réactionnaire, organisées dans les jardins de l’hôtel particulier qui occupe aujourd’hui cet emplacement. Ces événements, marqués par des feux d’artifice et des démonstrations de saut en parachute, étaient fréquentés par des figures connues sous le nom d’« incroyables » et de « merveilleuses », symboles de l’élégance et de l’excentricité du Directoire. Parmi les personnalités associées à ces fêtes figuraient Michel Ruggieri et Claude-Fortuné Ruggieri, célèbres artificiers, ainsi qu’André-Jacques Garnerin et Jean-Pierre Blanchard, pionniers de l’aérostation et du parachutisme. Ces manifestations reflétaient le goût de l’époque pour les spectacles publics et les innovations techniques, tout en servant de lieux de sociabilité pour l’aristocratie et la haute bourgeoisie parisienne. Le site est aujourd’hui occupé par le musée Rodin, installé dans l’ancien hôtel Biron.

Sources

Voir la fiche →
Événement
1796
Événement
1789
15 juillet 1789 — Prison de la Bastille
p 86-87
Démolition de la Bastille, prise en charge, ou plutôt "en profit", par Pierre-François Palloy, qui fait sculpter des maquettes en pierre de la prison ; l'une d'elles se trouve aujourd'hui au musée Carnavalet
Voir la fiche →
Événement
1789
14 juillet 1789 — Prison de la Bastille
p 86
On imagine une foule courant délivrer des captifs ; elle courait surtout après de la poudre. Le 14 juillet 1789, Paris est déjà en armes. Depuis le renvoi de Necker, la ville s'est soulevée ; au matin, la foule a forcé l …

On imagine une foule courant délivrer des captifs ; elle courait surtout après de la poudre.

Le 14 juillet 1789, Paris est déjà en armes. Depuis le renvoi de Necker, la ville s'est soulevée ; au matin, la foule a forcé l'hôtel des Invalides et raflé près de trente mille fusils. Mais un fusil sans poudre ne vaut guère mieux qu'un gourdin — et de poudre, justement, il n'y en a presque plus. Or tout le monde sait où trouver le reste : à la Bastille.

Car la vieille forteresse ne renferme pas que sept prisonniers. Quelques jours plus tôt, on avait vidé les réserves de l'Arsenal, tout proche, pour les mettre à l'abri derrière ses murs : environ deux cent cinquante barils de poudre, transférés sur ordre du lieutenant du roi. Voilà le vrai butin. Ce 14 juillet, la foule ne marche pas sur la Bastille pour délivrer des captifs — ils ne sont que sept, quatre faussaires, deux déments et un noble débauché — mais pour mettre la main sur sa poudrière.

Au bout de la rue Saint-Antoine, la forteresse dresse ses huit tours. Le gouverneur, Bernard-René de Launay, ne dispose que d'une garnison maigre : quelques dizaines d'invalides et une poignée de Suisses du régiment de Salis-Samade, sous les ordres du lieutenant Louis de Flue. On parlemente : l'électeur Thuriot est reçu dans la cour, en ressort bredouille. Vers midi, des assaillants tranchent les chaînes du pont-levis et se ruent dans la première cour ; la fusillade éclate. Le siège s'enlise, jusqu'à ce que des Gardes françaises passés à l'insurrection arrivent en renfort avec cinq canons braqués sur la porte. Devant l'artillerie, Launay capitule en fin d'après-midi. L'assaut aura coûté environ quatre-vingt-dix-huit morts aux assaillants.

Le reste est connu : Launay traîné jusqu'à l'Hôtel de Ville et massacré, sa tête promenée au bout d'une pique ; les sept prisonniers portés en triomphe, un peu ahuris ; la poudre enfin distribuée. Ceux qui se sont battus sont, pour l'essentiel, des gens du faubourg Saint-Antoine, à deux pas — artisans du bois, ouvriers : sur les 954 « vainqueurs de la Bastille » que l'Assemblée reconnaîtra officiellement l'année suivante, près de sept sur dix sont des travailleurs du quartier.

Ce sont eux qui ont pris la forteresse ; ce ne sont pas tout à fait eux qui en récolteront les fruits. Dès le lendemain, le comité bourgeois installé à l'Hôtel de Ville encadre ce peuple en armes — milice bourgeoise, La Fayette — pour tenir la rue autant que pour faire face au roi. Mais ce 14 juillet, c'est le faubourg qui a parlé.

De la Bastille elle-même, il ne reste presque rien : dès l'été, l'entrepreneur Palloy la démolit pierre à pierre. Aujourd'hui, une ligne de pavés plus clairs dessine son contour sur la place et en travers de la rue Saint-Antoine ; le seul vrai vestige, la base d'une tour dite « de la Liberté », a été exhumé lors du creusement du métro en 1899 et remonté dans le square Henri-Galli, près du boulevard Henri-IV. Quant à la colonne qui domine la place, elle ne célèbre pas 1789 : elle porte les morts d'une autre révolution, celle de 1830.

Voir la fiche →
Événement
1370
22 avril 1370 — Forteresse de la Bastille
p 86
Le prévôt qui la bâtit en sera le premier prisonnier. On ne saurait inventer ironie plus parfaite — et pourtant l'histoire l'a faite. Le 22 avril 1370, Hugues Aubriot, prévôt de Paris, pose la première pierre d'un ouvrag …

Le prévôt qui la bâtit en sera le premier prisonnier. On ne saurait inventer ironie plus parfaite — et pourtant l'histoire l'a faite.

Le 22 avril 1370, Hugues Aubriot, prévôt de Paris, pose la première pierre d'un ouvrage fortifié à la porte Saint-Antoine, sur l'ordre de Charles V le Sage. La guerre de Cent Ans ravage le royaume. Les Anglais tiennent Calais et menacent Paris. Douze ans plus tôt, la révolte d'Étienne Marcel a montré que la capitale pouvait se retourner contre son roi — Charles V, alors dauphin, a failli y laisser la vie. Le nouveau souverain veut une ville close et docile. Il fait renforcer l'enceinte, creuser des fossés, et confie à Aubriot le soin de verrouiller l'accès oriental de Paris, le plus vulnérable.

Au départ, la Bastille n'est qu'une simple bastide — deux tours massives encadrant une porte, un verrou de pierre sur la route de Vincennes. Mais le chantier ne s'arrête pas là. On ajoute deux tours en arrière, puis deux au nord, deux au sud. Le rectangle se ferme. Quand les travaux s'achèvent, vers 1382-1383, sous le règne de Charles VI, la Bastille est une forteresse de huit tours reliées par des courtines, entourée de fossés profonds. Elle n'a jamais été conçue comme prison — c'est un bastion militaire, une porte fortifiée dans l'enceinte de la ville. La prison viendra plus tard, par glissement d'usage.

Le prévôt bâtisseur Aubriot n'est pas seulement le maçon de la Bastille. C'est un administrateur hors pair, nommé par Charles V en 1367 pour reprendre en main une ville turbulente. Il fait paver des rues, construire les premiers égouts maçonnés de Paris, réorganise le guet royal, achève le Petit-Pont en pierre. C'est aussi un laïc convaincu, qui résiste aux empiétements de l'Université et de l'Église sur la juridiction royale — et un protecteur des juifs de Paris, qu'il défend contre les violences populaires, allant jusqu'à faire restituer à des familles juives leurs enfants enlevés pour être baptisés de force.

Le premier prisonnier Charles V meurt le 16 septembre 1380. Aubriot perd son protecteur. L'Université et l'évêché, qui le haïssent, passent à l'attaque. Le procès est instruit par l'officialité épiscopale : hérésie, sodomie, protection des juifs — un cocktail de charges qui relève autant de la vengeance que de la justice. Le 17 mai 1381, Aubriot est conduit sur un échafaud dressé devant le portail de Notre-Dame, contraint de s'agenouiller devant l'évêque et condamné à la prison perpétuelle « au pain de tristesse et à l'eau de douleur ». On l'enferme dans la forteresse qu'il a bâtie de ses mains.

Il n'y reste pas longtemps. Le 1er mars 1382, les Maillotins — artisans et petit peuple de Paris révoltés contre les taxes — enfoncent les portes de la Bastille et libèrent Aubriot, espérant en faire leur chef. L'ancien prévôt, qui a compris que Paris ne pardonne jamais deux fois, s'enfuit dans la nuit vers la Bourgogne. On perd sa trace. Il meurt probablement peu après, oublié de tous.

La Bastille, elle, vivra encore quatre siècles — jusqu'à ce qu'un autre 14 juillet vienne l'abattre.

Voir la fiche →
Événement
1789
15 juillet 1789 — Prison de la Bastille
p 87
Il n'a pas pris la Bastille : il l'a vendue, pierre par pierre. Dès le lendemain de la prise, un entrepreneur en bâtiment de trente-quatre ans s'installe sur le chantier le plus convoité de Paris. Pierre-François Palloy …

Il n'a pas pris la Bastille : il l'a vendue, pierre par pierre.

Dès le lendemain de la prise, un entrepreneur en bâtiment de trente-quatre ans s'installe sur le chantier le plus convoité de Paris. Pierre-François Palloy n'a pas attendu qu'on le lui demande : il a lancé ses hommes sur les tours dès le soir du 14 juillet, et se fait confirmer l'adjudication deux jours plus tard. Jusqu'à sept cents ouvriers y travailleront, quatre-vingt-seize semaines durant — la démolition ne s'achèvera qu'au printemps 1791.

Palloy a compris avant tout le monde ce que vaut un tas de gravats chargé de symbole. Il se rebaptise « Palloy le Patriote » et transforme le chantier en entreprise. On visite, contre paiement, les cachots qu'il a garnis de chaînes et d'ossements ; on repart avec un souvenir. Surtout, il fait tailler dans les blocs de la forteresse des Bastilles miniatures — de véritables maquettes de pierre — qu'il expédie à chacun des quatre-vingt-trois départements, ne réclamant, dit-il, que le remboursement du port. À l'automne 1790, deux cent quarante-six caisses de reliques patriotiques partent sillonner la France.

Le reste des pierres se disperse dans Paris. Les meilleurs blocs prennent le chemin des quais : on les emploie aux parties hautes du pont Louis XVI, qu'on achève en 1791. L'intention, alors, est affichée : que le peuple, en le franchissant, « foule aux pieds » chaque jour l'ancienne forteresse.

Quant au Patriote, sa légende résiste mal à l'examen. En 1794, on l'emprisonne deux mois pour malversations. En 1814, quand les Bourbons reprennent le trône, Palloy accepte leur décoration royale — la Décoration du Lys. Le démolisseur de la Bastille finit décoré par les rois.

Le pont, lui, est toujours là — rebaptisé pont de la Concorde. Chaque jour, les députés qui gagnent le Palais-Bourbon le franchissent sans y penser : sous leurs pas, les dernières pierres de la Bastille.

Voir la fiche →
Événement
1791
11 juillet 1791
p 87
Deux fois la Bastille avait tenu Voltaire sous les verrous. Le soir du 10 juillet 1791, elle n'est plus qu'un champ de décombres — et c'est à son sommet qu'on vient coucher son cercueil. Il faut imaginer la place telle q …

Deux fois la Bastille avait tenu Voltaire sous les verrous. Le soir du 10 juillet 1791, elle n'est plus qu'un champ de décombres — et c'est à son sommet qu'on vient coucher son cercueil.

Il faut imaginer la place telle qu'elle est ce soir-là. La forteresse n'existe plus : depuis le 14 juillet 1789, les équipes de l'entrepreneur Palloy la démolissent pierre à pierre, et il ne reste qu'un vaste terrain jonché de gravats, à l'emplacement de l'actuelle place de la Bastille. C'est là qu'arrive, au soir du 10 juillet 1791, le convoi qui ramène les restes de Voltaire pour les conduire au Panthéon.

On ne se contente pas d'y faire halte. Les organisateurs ont dressé, sur les décombres, une estrade : un tertre de rocailles bâti avec les pierres mêmes arrachées à la Bastille, selon ce récit du Moniteur. On l'a élevé, dit-on, à l'endroit de la tour où le philosophe avait jadis été enfermé. Car Voltaire connaissait la maison : la Bastille l'avait tenu deux fois — en 1717, pour des vers insolents contre le Régent, puis en 1726, avant l'exil en Angleterre. Sur les ruines, une inscription résumait tout : « Reçois en ce lieu où t'enchaîna le despotisme, Voltaire, les honneurs que te rend la patrie. »

Le sarcophage passe là la nuit, exposé aux regards. Au matin du 11 juillet, le grand cortège réglé par le peintre Jacques-Louis David s'ébranle : char tiré par douze chevaux blancs, académiciens, gardes nationaux, jeunes filles vêtues de blanc. On emporte dans le convoi une pierre de la Bastille taillée au profil de Mirabeau — la forteresse démantelée fournissait ses reliques à la Révolution comme d'autres débitaient des morceaux de la vraie Croix. Le cortège traverse Paris jusqu'à la montagne Sainte-Geneviève.

Il y a quelque chose de vertigineux dans cette mise en scène. La Bastille avait été, pour Voltaire, l'instrument même du pouvoir arbitraire : la lettre de cachet, le cachot sans jugement. Deux ans après sa chute, réduite en tas de moellons, elle lui sert de socle. Le lieu qui l'avait fait taire l'élève au-dessus de la foule ; la prison devient piédestal.

De la forteresse, il ne reste presque rien. Sur la place de la Bastille, une ligne de pavés plus larges que les autres dessine au sol le contour de l'ancienne enceinte — la plupart des passants la foulent sans la voir. Les fondations d'une tour, exhumées lors du creusement du métro en 1899, ont été remontées un peu plus loin, dans le square Henri-Galli, au bout du boulevard Henri-IV. Là où l'on dressa une nuit le cercueil de Voltaire, on marche aujourd'hui sur des pavés que personne ne regarde.

Voir la fiche →
Événement
1790
20 juillet 1790
p 87
Reconstitution de la Bastille par une rangée de peupliers, pour la Fête de la Fédération ; symbolisée par un énorme bonnet phrygien rappelant l'épisode des Suisses de Châteauvieux
Voir la fiche →
Événement
1793
1793 — Chapelle du couvent des filles de la Visitation/Club de femmes
p 88
Club républicain ; bonnet phrygien sculpté au dessus de la porte latérale intérieure
Voir la fiche →
Événement
1789
1789 — Hôtel de Mayenne
p 88
Le Fèvre d'Ormesson, commandant d'une section de la Garde nationale, refuse d'être nommé Maire de Paris
Voir la fiche →
Événement
1789
14 juillet 1789
p 88
Massacre du gouverneur de Launay et de ses officiers ; lors de son arrivée à l'Hôtel de Ville par l'Arcade St Jean selon Michelet
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Chapelle du couvent des filles de la Visitation Ste Marie
p 88
Plaque datant de la Révolution, portant l'inscription "lois et actes de l'autorité publique"
Voir la fiche →
Événement
Événement
1792
Événement
1800
1800
p 89
Place des Fédérés en 1792, de l'Indivisibilité en 1793, puis des Vosges en l'honneur du 1er département ayant acquitté ses impôts à la République
Voir la fiche →
Événement
1793
1793 — Église St Paul-St Louis (de 1641)
p 90
Voir la fiche →
Événement
Événement
1792
3 septembre 1792 — Prison de la Force/Grande Force (à partir de 1780)/Massacres de Septembre
p 90-91
Prison pour dettes puis prison politique ; une de celles où se produisirent les massacres de septembre
Voir la fiche →
Événement
1792
3 septembre 1792 — Sacristie de l'église St Paul-St Louis/Dépôt des innocents/Massacres de Septembre
p 90
Refuge des personnes sortant acquittées de la prison de la Force, rescapées des Massacres de Septembre
Voir la fiche →
Événement
1792
3 septembre 1792 — Prison de la Force/Grande Force (à partir de 1780)/Massacres de Septembre
p 91
Voir la fiche →
Événement
1785
1785 — Prison de la Petite Force (pan de mur au n° 22)
p 91
Voir la fiche →
Événement
1789
Événement
1789
14 juillet 1789 — Lieu de l'exécution de Jacques de Flesselles
p 92
Jacques de Flesselles est massacré pour connivence, dans l'affaire de la Bastille, avec de Launay à qui il avait écrit "J'amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses ; tenez bon jusqu'au soir et vous aurez du …

Jacques de Flesselles est massacré pour connivence, dans l'affaire de la Bastille, avec de Launay à qui il avait écrit "J'amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses ; tenez bon jusqu'au soir et vous aurez du renfort"

Voir la fiche →
Événement
1792
1792 — Hôtel Kernevenoy/Musée Carnavalet/Statue de Louis XIV
p 92 & 99
La statue en bronze de Louis XIV, au centre de la cour, vient de l'Hôtel de Ville. Elle est la seule ayant échappé à la fonte pendant la Révolution française
Voir la fiche →
Événement
1793
21 janvier 1793 — Hôtel Lepeletier de Saint-Fargeau/Demeure de Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau
p 92
Mort du conventionnel régicide Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, martyr de la Révolution
Voir la fiche →
Événement
1776
9 octobre 1776 — Hôtel Amelot de Bisseuil/Hôtel des Ambassadeurs de Hollande/Demeure de Beaumarchais
p 93-94
L'auteur du Barbier de Séville monte une entreprise fictive au nom portugais pour livrer des canons français à des républicains américains, sans que le roi de France n'ait à en répondre. Pierre-Augustin Caron de Beaumarc …

L'auteur du Barbier de Séville monte une entreprise fictive au nom portugais pour livrer des canons français à des républicains américains, sans que le roi de France n'ait à en répondre.

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais a quarante-quatre ans en 1776. Horloger de formation, musicien, spéculateur, agent secret, dramaturge, il est l'un des personnages les plus insaisissables du siècle. Il a écrit Le Barbier de Séville, joué l'année précédente ; il écrira Le Mariage de Figaro, dont la représentation en 1784 fera dire à Napoléon qu'elle fut "la Révolution déjà en action."

En 1775 et 1776, il est en mission à Londres pour Louis XVI. Il y rencontre des émissaires des colonies américaines révoltées et devient un partisan enthousiaste de leur cause. Il bombarde Vergennes, ministre des Affaires étrangères, de mémoires expliquant que la France a tout intérêt à soutenir les insurgés pour affaiblir l'Angleterre.

Le problème est diplomatique. La France n'est pas en guerre contre l'Angleterre et ne veut pas l'être encore. Un soutien officiel serait un casus belli. Il faut donc un montage.

Beaumarchais obtient un million de livres du Trésor français, auquel s'ajoute un million espagnol. Il crée une société commerciale entièrement fictive quant à son objet réel, sous le nom portugais de Roderigue Hortalez et Compagnie, et en installe les bureaux dans sa demeure de l'hôtel Amelot de Bisseuil, dit hôtel des Ambassadeurs de Hollande, 47 rue Vieille-du-Temple dans le 4e arrondissement.

L'entreprise achète officiellement des marchandises et livre en réalité des fusils, des canons, de la poudre, des uniformes, sortis des arsenaux royaux. Le premier convoi part du Havre en décembre 1776 ; seul l'Amphitrite parvient à appareiller, avec quarante-neuf militaires à bord.

L'aide de Hortalez et Cie sera décisive pour la victoire américaine de Saratoga en 1777, qui déterminera l'entrée officielle de la France dans la guerre. Beaumarchais ne sera jamais remboursé de son avance. Ses héritiers la réclameront encore à Washington au XIXe siècle. Le monarque le plus absolu d'Europe avait financé une république.

Voir la fiche →
Événement
Événement
Date imprécise — Immeuble datant de la Révolution/Bâtiment remarquable
p 94
Voir la fiche →
Événement
1792
13 août 1792 — Tour de la prison du Temple/Donjon du Temple
p 94-95
Trois jours après la prise des Tuileries, le roi de France entra dans une prison dont il ne sortirait que pour monter à l'échafaud. Le 13 août 1792, Louis XVI, Marie-Antoinette, leur fille Marie-Thérèse, leur fils le dau …

Trois jours après la prise des Tuileries, le roi de France entra dans une prison dont il ne sortirait que pour monter à l'échafaud.

Le 13 août 1792, Louis XVI, Marie-Antoinette, leur fille Marie-Thérèse, leur fils le dauphin Louis-Charles, et Madame Élisabeth, sœur du roi, furent conduits au Temple, dans le 3e arrondissement. L'enclos du Temple était un vaste domaine qui avait appartenu à l'ordre des chevaliers du Temple puis aux chevaliers de Malte. Il comprenait un palais et une tour médiévale massive.

La famille fut d'abord logée dans le palais du prieur, jugé trop confortable. Quelques semaines plus tard, elle fut transférée dans la tour du Temple elle-même, dite le donjon : un édifice austère, aux fenêtres barricadées, entouré d'un mur supplémentaire que Pierre-François Palloy, l'homme qui avait démoli la Bastille, fut chargé de construire. Santerre commandait la garde.

Louis XVI fut exécuté place de la Révolution le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette fut transférée à la Conciergerie en août 1793, jugée par le Tribunal révolutionnaire, et guillotinée le 16 octobre 1793. Madame Élisabeth fut guillotinée le 10 mai 1794. Le dauphin Louis-Charles, emprisonné seul dans sa cellule à partir de juillet 1793, mourut de maladie à la tour du Temple le 8 juin 1795, à dix ans. Sa sœur Marie-Thérèse fut la seule à survivre.

La tour du Temple fut démolie en 1811 sur ordre de Napoléon, qui craignait qu'elle ne devienne un lieu de pèlerinage royaliste.

Voir la fiche →
Événement
1796
8 mai 1796 — Tour de la prison du Temple/Donjon du Temple
p 95
Voir la fiche →
Événement
1789
17 juillet 1789 — Hôtel de Ville
p 97-98
Le 17 juillet 1789, Paris prépara deux choses : une cocarde tricolore pour le roi, et un carrosse vide pour son frère le comte d'Artois. Trois jours après la prise de la Bastille, Louis XVI monte en carrosse pour Paris. …

Le 17 juillet 1789, Paris prépara deux choses : une cocarde tricolore pour le roi, et un carrosse vide pour son frère le comte d'Artois.

Trois jours après la prise de la Bastille, Louis XVI monte en carrosse pour Paris. Ce n'est pas une visite de triomphe — c'est une capitulation soigneusement enveloppée dans un protocole. Au quai de la Seine, près de la barrière de la Conférence (l'actuel quai de la Conférence, dans l'axe de l'avenue de New York), vingt-cinq membres du Conseil municipal l'accueillent et lui remettent les clefs de la capitale. Geste millénaire — mais pour la première fois, le roi des Français les reçoit d'une ville en armes.

Le cortège remonte vers l'Hôtel de Ville. Jean-Sylvain Bailly — astronome, maire tout juste élu — attend sur le parvis. Il présente au roi la cocarde tricolore : le bleu et le rouge de la ville de Paris encadrant le blanc des Bourbon. Louis XVI la prend, la pique sur son chapeau. La foule exulte.

Le roi a mis la cocarde. Il a reconnu — en apparence du moins — la révolution qui l'a pris par surprise. Rentré à Versailles le soir même, il continuera à tergiverser, à jouer sur tous les tableaux, à espérer un retournement. Ce que le geste du 17 juillet signifiait réellement, chacun pouvait l'interpréter à sa guise.

Pendant que Louis XVI coiffait sa cocarde à l'Hôtel de Ville, son frère cadet Charles-Philippe, comte d'Artois — futur Charles X, ennemi déclaré de toute idée de constitution — quittait Paris pour ne plus y revenir de sitôt. Il prit la route de Turin avec les princes de Condé et quelques fidèles. Premier grand émigré de la Révolution, il ne remit les pieds en France qu'en 1814, derrière les armées alliées, une Restauration dans les bagages.

Elle dura seize ans. En juillet 1830, son entêtement ultra-royaliste provoqua les Trois Glorieuses qui l'expulsèrent du trône. Paris, le 17 juillet 1789, avait imposé sa cocarde à Louis XVI. En 1830, il enlèverait la couronne à son frère.

Voir la fiche →
Événement
1794
28 juillet 1794 — Hôtel de Ville/Maison Commune
p 98
Maximilien Robespierre, blessé par le gendarme Merda, est arrêté vers 3 heures du matin le 10 thermidor
Voir la fiche →
Événement
1792
9 août 1792 — Hôtel de Ville
p 98
Proclamation de la Commune Insurrectionnelle. Pétion est assigné à résidence. Mandat, chargé de défendre les Tuileries, est abattu place de Grève alors qu'on l'emmenait en prison
Voir la fiche →
Événement
1789
27 septembre 1789 — Cathédrale Notre-Dame de Paris
p 100
Voir la fiche →
Événement
1793
10 novembre 1793 — Cathédrale Notre-Dame de Paris/Temple de la Raison
p 100
Fête de la Liberté et de la Raison, célébrant la déchristianisation de la France, dans la "ci-devant église métropolitaine Notre-Dame de la Raison". Une jeune femme représentant la Liberté préside aux cérémonies
Voir la fiche →
Événement
1789
5 août 1789 — Cathédrale Notre-Dame de Paris
p 100
Voir la fiche →
Événement
1792
1792 — Palais de Justice/Cour du Mai/Conciergerie
p 101
Arcade de droite à l'entrée de la Conciergerie de 1380 à 1825 ; il y aura 2 278 condamnés par le Tribunal révolutionnaire
Voir la fiche →
Événement
890
890 — Église St Barthélemy
p 101
Construction de la chapelle du Palais de la Cité, démolie en 1858
Voir la fiche →
Événement
1407
24 novembre 1407 — Couvent et église des Blancs-Manteaux
p 101
Voir la fiche →
Événement
1798
1 avril 1798 — Cathédrale Notre-Dame de Paris
p 101
Le 1er avril 1798, Notre-Dame de Paris est affectée au culte théophilanthropique. Pendant trois ans, la plus grande cathédrale de France accueille non plus des messes mais des cérémonies en l'honneur d'un dieu vague, uni …

Le 1er avril 1798, Notre-Dame de Paris est affectée au culte théophilanthropique. Pendant trois ans, la plus grande cathédrale de France accueille non plus des messes mais des cérémonies en l'honneur d'un dieu vague, universel, compatible avec la raison et la morale républicaine.

La théophilanthropie est une invention du Directoire — une religion sans prêtres, sans dogme précis, sans miracles. Elle croit en Dieu et en la vertu, célèbre la nature, honore les grands hommes, et se réunit le décadi — le dixième jour du calendrier révolutionnaire, substitut républicain du dimanche. Ses fondateurs, dont le libraire Chemin-Dupont, avaient voulu créer un culte civique accessible à tous, capable de remplir le vide laissé par la déchristianisation violente de la Terreur sans pour autant restaurer le catholicisme.

Le Directoire y voit une utilité politique : occuper les églises réquisitionnées, donner aux citoyens un cadre moral sans réhabiliter le clergé. Une douzaine d'églises parisiennes sont affectées à ce culte — Saint-Sulpice, Saint-Eustache, et Notre-Dame elle-même.

L'expérience est sincère mais fragile. Les fidèles restent peu nombreux, les cérémonies sont froides, la liturgie improvisée manque de profondeur. Napoléon Bonaparte, en signant le Concordat avec le pape en 1801, met fin à l'expérience : Notre-Dame retrouve ses prêtres, et la théophilanthropie disparaît aussi vite qu'elle était apparue.

Elle avait duré trois ans. L'Église avait duré vingt siècles. Les rapports de force étaient inégaux.

Voir la fiche →
Événement
1793
17 juillet 1793 — Palais de Justice/Grand'Chambre du Parlement de Paris/Siège du Tribunal révolutionnaire/Salle de la Liberté (aujourd'hui 1ère chambre)
p 102
Elle avait mis quatre jours pour aller de la chambre de Marat à la salle du Tribunal révolutionnaire. Marat a été tué le 13 juillet dans sa baignoire de la rue des Cordeliers. Charlotte Corday a été arrêtée sur place, me …

Elle avait mis quatre jours pour aller de la chambre de Marat à la salle du Tribunal révolutionnaire.

Marat a été tué le 13 juillet dans sa baignoire de la rue des Cordeliers. Charlotte Corday a été arrêtée sur place, menée à l'Abbaye puis à la Conciergerie. Quatre jours plus tard — le 17 juillet 1793 — elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, dans la Grand'Chambre du Palais de Justice.

L'audience est brève. Antoine Fouquier-Tinville, accusateur public, requiert la mort. Corday est accusée d'avoir tué un représentant du peuple. Elle ne nie rien. Ses réponses sont sèches, précises, sans rhétorique inutile. On lui demande si elle regrette. Elle répond qu'elle a tué un homme pour en épargner cent mille. Elle a vingt-quatre ans.

La condamnation tombe : mort. Elle sera exécutée le jour même.

Elle était venue de Caen, où les Girondins chassés de la Convention avaient trouvé refuge. Elle les avait entendus dénoncer Marat comme le moteur d'une Terreur sans fin. En tuant l'Ami du peuple, elle pensait arrêter la machine. C'est l'inverse qui se produisit : la mort de Marat fit de lui un martyr, accéléra la Terreur, et précipita vers l'échafaud, dans les mois suivants, les Girondins qu'elle avait voulu défendre.

On l'habille de la chemise rouge des assassins et des parricides. Elle monte en charrette, traverse Paris. Sur l'échafaud de la place de la Révolution, Sanson l'exécute.

Ce qui se passe ensuite fait scandale : un certain Legros, saisit la tête coupée et la gifle devant la foule. Sifflets, protestations. La Révolution avait condamné Charlotte Corday à mort ; elle n'avait pas prévu qu'on l'humilierait après. Legros fut réprimandé.

Jean-Jacques Hauer avait eu l'autorisation de la portraiturer à la Conciergerie, trois jours avant son procès. Sur le tableau — conservé au château de Versailles —, elle est calme, le regard de côté. On ne sait pas si c'est la vérité ou ce qu'elle voulait que les générations retiennent.

Voir la fiche →
Événement
1792
17 août 1792 — Palais de Justice (salle St Louis)
p 102
Dans la salle où siégeait le Parlement de Paris, la Révolution installe sa propre justice et commence à juger. Le 17 août 1792, sept jours après la prise des Tuileries et l'arrestation de Louis XVI, l'Assemblée législati …

Dans la salle où siégeait le Parlement de Paris, la Révolution installe sa propre justice et commence à juger.

Le 17 août 1792, sept jours après la prise des Tuileries et l'arrestation de Louis XVI, l'Assemblée législative décrète la création d'un Tribunal criminel extraordinaire. Il siégera dans la Grand'Chambre du Palais de Justice (4 boulevard du Palais, 1er arrondissement), rebaptisée salle de la Liberté. Sa mission : juger, sans appel ni cassation, les auteurs des « crimes » du 10 août et tous les complices du complot royal.

Ce tribunal n'est pas encore celui que la mémoire désigne sous le nom de Tribunal révolutionnaire. C'est son prédécesseur, plus éphémère. Il juge soixante et un cas, prononce vingt-deux condamnations à mort et est supprimé le 29 novembre 1792, au moment où la Convention s'apprête à mettre le roi lui-même en jugement : une juridiction d'exception ne peut instruire le procès d'un monarque.

La solution est provisoire. Le 10 mars 1793, la Convention décrète un nouveau tribunal du même type, désormais institution permanente : le Tribunal révolutionnaire. Il s'installe dans la même salle. Antoine Quentin Fouquier-Tinville en est nommé accusateur public. Entre 1793 et 1795, le Tribunal révolutionnaire prononcera deux mille six cent trente-neuf condamnations à mort à Paris.

Les noms qui ont traversé cette salle forment un inventaire vertigineux : Charlotte Corday, jugée en quatre jours en juillet 1793 ; Jeanne Marie Roland, girondine, qui monte sur l'échafaud en novembre 1793 ; Marie-Antoinette, jugée les 14 et 15 octobre 1793 et guillotinée le lendemain ; les Dantonistes en avril 1794 ; les Hébertistes en mars ; puis, retournement du mécanisme contre ses propres créateurs, les Robespierristes en thermidor. Fouquier-Tinville lui-même sera guillotiné en mai 1795.

Le Tribunal révolutionnaire est supprimé le 31 mai 1795. La salle reprend son usage ordinaire, devient la 1ère Chambre civile de la Cour d'appel. Elle existe toujours.

Voir la fiche →
Événement
1793
10 mars 1793 — Palais de Justice/Grand'Chambre du Parlement de Paris/Siège du Tribunal révolutionnaire/Salle de la Liberté (aujourd'hui 1ère chambre)
p 102
Le Tribunal criminel est remplacé par le Tribunal révolutionnaire constitué par cinq juges
Voir la fiche →
Événement
1793
17 septembre 1793 — Palais de Justice/Grand'Chambre du Parlement de Paris/Siège du Tribunal révolutionnaire/Salle de la Liberté (aujourd'hui 1ère chambre)
p 102
Le 17 septembre 1793, la Convention vote en une heure la loi qui transforme la peur en droit et le soupçon en condamnation. L'été 1793 est mauvais. La Coalition presse aux frontières. La Vendée tient. Lyon s'est soulevée …

Le 17 septembre 1793, la Convention vote en une heure la loi qui transforme la peur en droit et le soupçon en condamnation.

L'été 1793 est mauvais. La Coalition presse aux frontières. La Vendée tient. Lyon s'est soulevée, Toulon a ouvert ses portes à l'Angleterre. À Paris, Charlotte Corday a assassiné Marat dans sa baignoire en juillet. Les sections sans-culottes réclament depuis des semaines une répression organisée contre les ennemis intérieurs : nobles, prêtres réfractaires, suspects de fédéralisme, parents d'émigrés. La Terreur s'installe dans les faits avant d'exister en droit.

Le 17 septembre, la Convention nationale vote la loi des suspects. Le texte, court et redoutable, définit en six catégories les personnes susceptibles d'arrestation sans mandat judiciaire, sans chef d'accusation précis, sans délai fixé pour la comparution. Sont suspects : ceux qui ont montré par leur conduite ou leurs propos qu'ils sont partisans de la tyrannie ; ceux à qui un certificat de civisme a été refusé ; les fonctionnaires suspendus ou destitués ; les nobles et les membres de leur famille qui n'ont pas constamment démontré leur attachement à la Révolution ; enfin ceux qui ont émigré entre le 1er juillet 1789 et le 8 avril 1792.

La définition est volontairement poreuse. Elle fait du soupçon une catégorie juridique autonome et confie aux comités de surveillance locaux le pouvoir d'arrêter qui ils jugent bon. En quelques semaines, les prisons de Paris et de province se remplissent. On estime que jusqu'à 300 000 personnes furent arrêtées sous l'empire de cette loi avant Thermidor.

Le Tribunal révolutionnaire, animé par le procureur public Fouquier-Tinville, dispose désormais d'un flux ininterrompu de prévenus. Depuis sa réorganisation en mars 1793 jusqu'à thermidor an II, il prononcera 2 747 condamnations à mort. La loi sera aggravée le 10 juin 1794 par la loi de prairial, qui supprime l'assistance d'un défenseur et ne laisse aux jurés que deux verdicts possibles : l'acquittement ou la mort.

La loi des suspects reste dans les mémoires comme l'instrument juridique de la Grande Terreur. Elle marque le point où une révolution, confrontée à la guerre extérieure et à la guerre civile, renverse la présomption d'innocence que la Déclaration de 1789 venait de poser comme principe fondamental. Cette torsion, les révolutionnaires ultérieurs, Marx et Trotski au premier rang, auront à en examiner longuement les causes et les leçons.

Voir la fiche →
Événement
1793
24 avril 1793 — Palais de Justice/Grand'Chambre du Parlement de Paris/Siège du Tribunal révolutionnaire/Salle de la Liberté (aujourd'hui 1ère chambre)
p 102
La Convention avait voulu l'abattre. Le Tribunal le renvoie libre. Le peuple le porte sur ses épaules — couronné de lauriers, comme un César des faubourgs. Le 24 avril 1793, Jean-Paul Marat entre dans la Grand'Chambre du …

La Convention avait voulu l'abattre. Le Tribunal le renvoie libre. Le peuple le porte sur ses épaules — couronné de lauriers, comme un César des faubourgs.

Le 24 avril 1793, Jean-Paul Marat entre dans la Grand'Chambre du Palais de Justice, reconvertie en Salle de la Liberté depuis que le Tribunal révolutionnaire y siège. Il est accusé d'incitation au meurtre, au pillage et à la dissolution de la Convention nationale. Onze jours plus tôt, le 13 avril, les Girondins ont obtenu son décret d'accusation — leur coup le plus audacieux contre la Montagne. Marat s'est d'abord caché, puis s'est constitué prisonnier la veille, le 23. Il se présente devant ses juges avec le calme de celui qui sait que le vent souffle dans son dos.

Le procès est expédié. Fouquier-Tinville, l'accusateur public, ne charge pas. Les juges acquittent à l'unanimité. La salle éclate. Les tribunes, remplies de sans-culottes, envahissent le prétoire. On hisse Marat sur un fauteuil, on le couronne de lauriers, on le porte sur les épaules à travers les rues de la Cité jusqu'aux Tuileries, où siège la Convention.

La Gironde piégée L'acquittement de Marat est un désastre pour les Girondins. En demandant sa mise en accusation, ils pensaient l'éliminer de la scène politique — ils l'ont au contraire transformé en martyr vivant. Le cortège triomphal qui traverse Paris ce 24 avril est une démonstration de force des sections populaires : les faubourgs montrent à la Convention qui tient la rue.

Marat entre dans la salle des séances porté par la foule, couronné, acclamé. Les Montagnards applaudissent. Les Girondins se taisent. Le président de séance est contraint de saluer l'acquitté. La scène est d'une violence symbolique considérable : un homme que l'Assemblée a décrété d'accusation y revient en triomphateur, porté par le peuple souverain par-dessus la tête des législateurs.

Six semaines plus tard, le 2 juin, les sections parisiennes encerclent la Convention et obtiennent l'arrestation de vingt-neuf députés girondins. Le triomphe de Marat en était la répétition générale.

Marat lui-même ne profitera pas longtemps de sa victoire. Le 13 juillet, Charlotte Corday le poignarde dans sa baignoire, rue des Cordeliers. Mais le 24 avril reste l'un des moments les plus théâtraux de la Révolution — le jour où la souveraineté populaire s'est imposée physiquement dans l'enceinte de la représentation nationale. ![[Le triomphe de Marat|Marat Jean-Paul 30 Triomphe.jpg]]

Le triomphe de Marat

Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Galerie Mercière du Palais de Justice
p 102
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Grand'Chambre du Parlement de Paris/Palais de Justice
p 102
Voir la fiche →
Événement
1790
1790 — Sainte-Chapelle
p 103
Le Club de la Sainte-Chapelle était un groupe politique constitué en 1791 par des membres modérés de l’Assemblée électorale de Paris, lors de la Révolution française. Le club tint ses réunions dans la Sainte-Chapelle, un …

Le Club de la Sainte-Chapelle était un groupe politique constitué en 1791 par des membres modérés de l’Assemblée électorale de Paris, lors de la Révolution française. Le club tint ses réunions dans la Sainte-Chapelle, un édifice gothique situé sur l’île de la Cité, au 4 boulevard du Palais. Modérément royalistes ou proches des Feuillants, ses membres se distinguaient des factions plus radicales actives ailleurs à Paris à la même époque. Parmi eux se trouvaient l’avocat Jacques Delavigne, président du club, et le poète Jean-Antoine Roucher.

La transformation de la Sainte-Chapelle en lieu de réunion politique intervient dans un contexte de sécularisation des édifices religieux par la Révolution. À partir de 1790, la chapelle, vidée de ses reliques et de son mobilier liturgique, cesse tout usage religieux et accueille le club électoral à huis clos. Le club exerça une influence notable sur l’élection des députés parisiens, mais son orientation modérée lui valut rapidement d’être perçu comme « anticivique » ; en 1792, avoir participé aux réunions de la Sainte-Chapelle constitua un motif d’exclusion de l’Assemblée électorale.

L'épisode du Club de la Sainte-Chapelle s’inscrit dans un moment de transition pour le monument. Par la suite, la chapelle servira de dépôt d’archives avant d’être restaurée au XIXᵉ siècle.
![[Abside de la Sainte-Chapelle, Photo: Chatsam, Wikimedia|Sainte-Chapelle_(Paris)_ Chatsam WM.jpeg]]

Abside de la Sainte-Chapelle

Voir la fiche →
Événement
1793
5 septembre 1793 — Tour d'Argent/Tour de César/Conciergerie
p 103
Voir la fiche →
Événement
Événement
1358
22 février 1358 — Palais des rois capétiens/Palais de Justice/Conciergerie
p 103
Massacre des conseillers du dauphin par les hommes d'Étienne Marcel. Étienne Marcel coiffe le Dauphin du chaperon rouge et bleu
Voir la fiche →
Événement
Événement
1793
2 août 1793 — Conciergerie
p 104
Dans la nuit du 1er au 2 août 1793, Marie-Antoinette quitta le Temple pour la Conciergerie. Elle avait trente-sept ans et soixante-seize jours à vivre. Marie-Antoinette était prisonnière au donjon du Temple depuis le 13 …

Dans la nuit du 1er au 2 août 1793, Marie-Antoinette quitta le Temple pour la Conciergerie. Elle avait trente-sept ans et soixante-seize jours à vivre.

Marie-Antoinette était prisonnière au donjon du Temple depuis le 13 août 1792, avec le roi, leur fils et leur fille. Louis XVI avait été guillotiné le 21 janvier 1793. Elle était restée au Temple avec ses enfants, soumise à une surveillance croissante, privée de toute nouvelle du monde extérieur.

Le Comité de salut public décida au début de l'été 1793 de la transférer à la Conciergerie, sur l'île de la Cité. La Conciergerie avait une réputation bien établie dans le Paris de la Terreur : on l'appelait l'antichambre de la guillotine. Depuis mars 1793, les condamnés du Tribunal révolutionnaire y transitaient avant l'exécution. Y entrer était, pour presque tous, le signe que la mort était proche.

Le transfert eut lieu en secret, dans la nuit du 1er au 2 août 1793. Marie-Antoinette fut conduite de la rue du Temple à l'île de la Cité, au 1-7 quai de l'Horloge. On lui avait aménagé, à la hâte, une cellule dans l'ancienne salle des gardes : un espace étroit, humide, où deux gardes demeuraient en permanence, y compris la nuit.

Elle y resta jusqu'au 14 octobre 1793, date de l'ouverture de son procès devant le Tribunal révolutionnaire. Le procès dura deux jours. Le 16 octobre 1793, elle fut guillotinée place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde).

Sa cellule à la Conciergerie est aujourd'hui conservée et visitée. Le bâtiment, dont les tours médiévales sont visibles depuis le quai de l'Horloge, abrite aussi la Sainte-Chapelle et le Palais de justice. C'est l'un des rares endroits de Paris où l'on peut encore se tenir dans l'espace exact qu'occupait un acteur de la Révolution.

Voir la fiche →
Événement
1792
10 août 1792 — Palais des Tuileries (péristyle du pavillon central au pied du grand escalier)
p 107-108
Les Marseillais entrent les premiers aux Tuileries ; la prise du palais marque la fin de la monarchie
Voir la fiche →
Événement
1752
16 mars 1752 — Maison natale d'Antoine-Joseph Santerre (brasserie paternelle)
p 107-108
Naissance du meneur des insurrections des 20 juin et 10 août 1792
Voir la fiche →
Événement
1783
15 octobre 1783 — Folie Titon/Manufacture de papiers-peints Réveillon (de 1763)/Lieu du premier vol humain (vol captif)
p 109-110
Fabrication de la Montgolfière, et essais par Jean-François Pilâtre de Rozier en vol captif ; dans la manufacture de papiers peints Réveillon, qui comptait alors 350 ouvriers
Voir la fiche →
Événement
Événement
1773
22 octobre 1773 — Folie Titon (propriété du duc de Chartres construite en 1673)
p 109
Le futur Philippe Égalité est intronisé grand maître de la Grande Loge de France
Voir la fiche →
Événement
1794
14 juin 1794 — Itinéraire de la guillotine au cimetière de Picpus
p 110
Itinéraire des tombereaux menant les corps des suppliciés depuis la place du Trône renversé vers les fosses communes de Picpus ; 1306 guillotinés sur 2627 en tout à Paris
Voir la fiche →
Événement
1793
1793 — Maison de santé de Jacques Belhomme (fondée en 1768)
p 110-111
Voir la fiche →
Événement
1789
28 avril 1789 — Manufacture de papiers-peints Jean-Baptiste Réveillon
p 110
Pillage et incendie de la manufacture de Réveillon, candidat aux états généraux qui aurait déclaré que 15 sous de salaire par jour suffisaient si les ouvriers n'allaient pas les boire à la taverne. La répression fait 100 …

Pillage et incendie de la manufacture de Réveillon, candidat aux états généraux qui aurait déclaré que 15 sous de salaire par jour suffisaient si les ouvriers n'allaient pas les boire à la taverne. La répression fait 100 morts et 300 blessés

Voir la fiche →
Événement
1793
1793 — Maison de santé de Jacques Belhomme (portail)
p 110
Portail de la maison de santé reconstruit ici ; il porte deux numérotations rue de Charonne, le 32 et le 161 bis
Voir la fiche →
Événement
Événement
1795
12 juin 1795 — Cimetière Ste Marguerite (appartenant à l'ex prieuré du Bon Secours)/Tombe de Louis XVII (présumée)
p 112
Voir la fiche →
Événement
Événement
1786
1786 — Barrière de St Mandé/Mur des Fermiers généraux
p 116
Voir la fiche →
Événement
1794
14 juin 1794 — Cimetière de Picpus
p 116-119
Charnier des 1306 condamnés guillotinés place du trône renversé, dont les carmélites de Compiègne
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Folie Clairon/Demeure de Mlle Clairon
p 117
Voir la fiche →
Événement
Événement
1794
1794 — Maison de santé d'Eugène Coignard (ancien couvent)
p 117
Voir la fiche →
Événement
1651
1 février 1651 — Folie de Ninon de Lenclos
p 117
Mort en duel du marquis de Sévigné chez Ninon de Lenclos ; elle y reçoit la reine Christine de Suède
Voir la fiche →
Événement
1786
1786 — Galeries de Bois/Camp des Tartares/Galerie d'Orléans
p 123-124
Galerie marchande en bois, très mal famée, décrite par Balzac ; un stand présentait "ce que Dieu ne peut voir", c'est-à-dire un miroir, Dieu n'ayant pas d'image ; et un autre la belle Zulina, un mannequin de cire nu
Voir la fiche →
Événement
1791
5 mai 1791 — Jardin du Palais Royal
p 124-125
Le buste de cire du pape du cabinet de Curtius est brûlé en effigie ; il s'opposait à la constitution civile du clergé et réclamait des droits sur Avignon et le Comtat Venaissin
Voir la fiche →
Événement
1793
13 juillet 1793 — Boutique du coutelier Badin
p 125
Le 13 juillet 1793 au matin, dans le plus révolutionnaire des jardins de Paris, une inconnue marchande un couteau de cuisine à quarante sols. Vers huit heures, une jeune femme sort de l'hôtel de la Providence, rue des Vi …

Le 13 juillet 1793 au matin, dans le plus révolutionnaire des jardins de Paris, une inconnue marchande un couteau de cuisine à quarante sols.

Vers huit heures, une jeune femme sort de l'hôtel de la Providence, rue des Vieux-Augustins (aujourd'hui rue Hérold), où elle est descendue deux jours plus tôt en arrivant de Caen. Quelques pas la mènent au Palais-Royal — depuis un an le Palais-Égalité. Ce matin-là, les galeries grouillent : Paris s'est rempli de provinciaux montés pour les fêtes du 14 Juillet, et Charlotte Corday attend, comme tout le monde, que les boutiques ouvrent.

L'endroit ne pouvait être mieux choisi, ni plus ironique. Le Palais-Égalité est alors le cœur battant de la Révolution : cafés bruissants de nouvelles, colporteurs de pamphlets, joueurs, filles sous les arcades. C'est là, quatre ans plus tôt, que Camille Desmoulins avait sauté sur une table du café de Foy pour appeler Paris aux armes. Un bazar politique à ciel ouvert, où l'on trouve de tout. Sous la galerie de Valois, qui longe le côté est du jardin, au numéro 177, la boutique du coutelier Badin.

Elle y achète un simple couteau de cuisine, manche d'ébène et virole d'argent, pour quarante sols — deux livres. Rien d'un poignard : l'outil d'une ménagère, qu'elle glisse dans son corsage. La lame ne servira qu'une fois.

Le reste appartient à l'après-midi. Corday repasse la Seine, gagne la rue des Cordeliers ; éconduite deux fois, elle est enfin reçue le soir dans le cabinet de Marat, et le couteau de quarante sols entre sous la clavicule de l'Ami du peuple. La Révolution avait ainsi, sans le savoir, vendu elle-même l'arme qui abattit son journaliste le plus incendiaire, à l'étal d'un coutelier, entre un café et une maison de jeu.

La galerie de Valois longe toujours le côté est du jardin, sous ses arcades de pierre blonde, aujourd'hui bordées de boutiques de luxe. Au numéro 177, plus rien ne rappelle le coutelier Badin, ni la cliente pressée d'un matin de juillet.

Voir la fiche →
Événement
1786
1786 — Musée de Monsieur et de Monseigneur le comte d'Artois
p 125
Lycée créé par Jean-François Pilâtre de Rozier et les frères du roi, où interviennent des savants réputés ; il compte 700 inscrits
Voir la fiche →
Événement
1793
1793 — Premier restaurant Méot
p 125
Restaurant fameux où aurait été rédigée la Constitution de 1793, dite Constitution de l'An Iu Constitution de 1793, promulguée après référendum le 6 messidor an I (24 juin 1793) mais jamais appliquée
Voir la fiche →
Événement
1794
1794 — Second restaurant Méot (1er restaurant "à la carte" de Paris, remplacé par le "Bœuf à la mode")
p 125
Restaurant fréquenté par le gratin des liquidateurs de la Révolution française après Thermidor
Voir la fiche →
Événement
1867
1867 — Caveau des Aveugles (au sous-sol)/Café Lemblin ou Lamblin (de 1813, au rez-de-chaussée)
p 126
Caveau où jouait un orchestre d'aveugles, ancêtre du Caf'conc' ; des épées étaient tenues à la disposition des clients sous le comptoir
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Café du Caveau/Caveau du Sauvage
p 126
Voir la fiche →
Événement
1815
1815 — Café de Chartres
p 126
Quartier général royaliste pendant la première Restauration ; il devient le "Grand Véfour" en 1820
Voir la fiche →
Événement
1795
1795 — Restaurant "Les Trois frères provençaux"
p 126
Rencontres entre Paul Barras et Bonaparte ; restaurant fréquenté plus tard par le général Blücher
Voir la fiche →
Événement
Événement
1789
12 juillet 1789 — Demeure et cabinet des figures de cire de Curtius
p 127
Voir la fiche →
Événement
1785
1785 — Cabinet des figures de cire de Curtius
p 127
Création du premier cabinet de figures de cire de Curtius, où il présentait des bustes de personnages politiques ; la future Mme Tussaud y fit son apprentissage
Voir la fiche →
Événement
Événement
1791
3 mai 1791 — Cabinet des figures de cire de Curtius
p 127
Effigie du Pape réalisée par Curtius brûlée dans le jardin du Palais Royal pour avoir condamné la constitution civile du clergé et la Déclaration des Droits de l'Homme
Voir la fiche →
Événement
1792
30 juin 1792 — Cabinet des figures de cire de Curtius
p 127
La veille, il n'était venu personne aux Champs-Élysées. Le lendemain, on le brûle en effigie au Palais-Royal. Philippe Curtius est médecin, alsacien de naissance, Parisien de vocation. Dans les années 1780, il a installé …

La veille, il n'était venu personne aux Champs-Élysées. Le lendemain, on le brûle en effigie au Palais-Royal.

Philippe Curtius est médecin, alsacien de naissance, Parisien de vocation. Dans les années 1780, il a installé au Palais-Royal un cabinet de figures de cire — les visages des grands du moment, modelés avec une précision troublante, changés selon l'actualité. C'est l'un des lieux les plus courus de Paris. En juillet 1789, c'est depuis son cabinet que la foule arrachera les bustes de Necker et du duc d'Orléans pour les porter en procession sur les boulevards, déclenchant l'émeute des 12 et 13 juillet qui précède la Bastille.

Curtius ne choisit pas ses sujets en fonction de leurs mérites : il choisit ceux qui font parler. En 1792, La Fayette est au cabinet, 17 galerie de Montpensier. Il y a quelques mois encore, c'était un héros — commandant de la Garde nationale parisienne, figure du constitutionnalisme bourgeois. Mais la figure s'est craquelée. La fusillade du Champ-de-Mars en juillet 1791, où sa Garde nationale a tiré sur des pétitionnaires républicains, lui a aliéné la gauche. Depuis, les Jacobins et les sections populaires n'ont pour lui que mépris.

Le 29 juin 1792, La Fayette a tenté de reconquérir Paris. Il a quitté son armée sans ordre pour se présenter à l'Assemblée nationale, dénoncer les Jacobins, proposer au roi de fuir sous sa protection. Puis il a convoqué ses partisans avenue des Champs-Élysées pour une démonstration de force. Il n'est venu presque personne.

Le 30 juin, au 17 galerie de Montpensier, le peuple du Palais-Royal prend sa revanche. L'effigie de cire de La Fayette est sortie du cabinet et brûlée dans le jardin. Ce n'est pas une émeute : c'est un verdict. Le Palais-Royal a toujours su avant les assemblées ce que Paris pense.

Curtius mourut le 26 septembre 1792, au lendemain de la proclamation de la République. Sa nièce et apprentie Marie Grosholtz allait encore passer dix ans à Paris — modelant les masques des guillotinés pendant la Terreur, dont ceux de Marie-Antoinette et de Robespierre — avant de s'installer définitivement à Londres, où elle ouvrit son propre musée sous le nom de Mme Tussaud.

Voir la fiche →
Événement
1807
24 juin 1807 — Théâtre des Variétés
p 127
Marguerite Brunet, dite « Mademoiselle Montansier », est contrainte en 1806 de quitter le Théâtre du Palais-Royal à la suite d’un décret visant à favoriser la troupe du Théâtre-Français. À 77 ans, elle sollicite l’aide d …

Marguerite Brunet, dite « Mademoiselle Montansier », est contrainte en 1806 de quitter le Théâtre du Palais-Royal à la suite d’un décret visant à favoriser la troupe du Théâtre-Français. À 77 ans, elle sollicite l’aide de Napoléon Bonaparte, qui lui accorde la possibilité de construire une nouvelle salle. Le Théâtre des Variétés est ainsi inauguré le 24 juin 1807 au 7 boulevard Montmartre, Paris, après seulement cinq mois de travaux. Ce théâtre devient rapidement un haut lieu du vaudeville et de la comédie, puis de l’opérette sous la direction d’Hippolyte Cogniard, notamment avec les œuvres de Jacques Offenbach, telles que « La Belle Hélène » et « La Grande-Duchesse de Gérolstein », écrites avec Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Henri Lavedan y fait également jouer ses pièces. Le Théâtre des Variétés est immortalisé par Émile Zola dans son roman « Nana », où l’héroïne triomphe sur sa scène. Ce lieu reflète l’évolution du spectacle parisien au XIXe siècle et demeure un symbole de la vie culturelle du boulevard Montmartre.

Sources

![[Le foyer du Théâtre de Variété, dessin de Boyer, BnF|Le_rez-de-chaussée_du_Foyer_de_Théatre de Variétés Boyer BnF.jpeg]]

Le foyer du Théâtre "Les Variétés", Boyer, BnF

Voir la fiche →
Événement
1789
1789 — Café Corrazza (de 1887)/Quartier général des Jacobins puis des Enragés/Bal du Pince-cul
p 127
Voir la fiche →
Événement
1795
5 octobre 1795 — Auberge du Cadran Bleu (ancienne Hure d'Or)/Séjour de Napoléon Bonaparte
p 128-129
Barras fait appel à Bonaparte, faute de Barthélemy Joubert d'abord choisi mais qui venait de se faire tuer à la bataille de Novi, pour mater l'insurrection présentée comme royaliste, mais seulement manipulée par eux
Voir la fiche →
Événement
1795
5 octobre 1795 — Batterie de canons le 13 Vendémiaire
p 128-129
Barras cherche un général disponible ; il tombe sur un Corse de vingt-six ans sans emploi, qui fait tirer au canon dans la rue Saint-Honoré : la carrière de Napoléon commence là. L'automne 1795 est le moment où la Révolu …

Barras cherche un général disponible ; il tombe sur un Corse de vingt-six ans sans emploi, qui fait tirer au canon dans la rue Saint-Honoré : la carrière de Napoléon commence là.

L'automne 1795 est le moment où la Révolution se referme. La Convention thermidorienne a écrasé les sans-culottes en germinal et en prairial an III. Elle a voté une nouvelle Constitution, celle de l'an III, et le décret des deux tiers, qui impose que les deux tiers des membres des futurs Conseils soient choisis parmi les conventionnels sortants. La droite royaliste et modérée, qui espérait reprendre le pouvoir par les urnes, se voit confisquer sa victoire annoncée.

Les sections parisiennes se soulèvent. Le noyau de l'insurrection est la section Le Peletier, autour de la Bourse, milieu de banquiers et de rentiers, noyautée par des agents royalistes dont le baron de Batz. Le mouvement rassemble une trentaine de milliers d'hommes des sections bourgeoises de l'Ouest et du centre.

La Convention n'a que cinq mille hommes. Barras est nommé commandant des forces de l'intérieur. Il cherche un officier capable ; Joubert, son premier choix, vient d'être tué. Il fait appeler un général corse de vingt-six ans, sans affectation depuis sa disgrâce post-thermidorienne : Napoléon Bonaparte, qui loge à l'auberge du Cadran Bleu, rue de la Huchette.

Bonaparte agit vite. Il envoie Murat chercher au camp des Sablons quarante canons, qu'il fait mettre en batterie aux abords des Tuileries : rue Saint-Honoré, rue Saint-Roch, rue de l'Échelle, rue de Rohan, place du Palais-Royal.

Le 5 octobre 1795, 13 Vendémiaire an IV, les colonnes insurgées avancent. Bonaparte fait tirer à la mitraille dans les rues étroites. Les marches de l'église Saint-Roch, où les insurgés se sont retranchés, portent encore aujourd'hui des impacts. Le combat dure quelques heures. Environ deux cents morts dans chaque camp. Le Palais-Royal et le Théâtre Français sont pris d'assaut à la tombée de la nuit.

Bonaparte est nommé général de division, puis commandant de l'armée d'Italie six mois plus tard. Le régime a été sauvé par un militaire : il vient d'apprendre qu'il dépend de lui. Quatre ans plus tard, le 18 Brumaire, il n'y aura plus besoin de canons.

Voir la fiche →
Événement
1789
1789 — Demeure de Paul Barras
p 128
Voir la fiche →
Événement
1789
27 octobre 1789 — Couvent des Jacobins St Honoré (réfectoire, bibliothèque puis église)
p 129
Ils louent le réfectoire d'un couvent de dominicains pour y débattre ; le nom des moines s'attachera pour deux siècles à une manière de faire la politique. Le club est né à Versailles pendant les États généraux, sous le …

Ils louent le réfectoire d'un couvent de dominicains pour y débattre ; le nom des moines s'attachera pour deux siècles à une manière de faire la politique.

Le club est né à Versailles pendant les États généraux, sous le nom de Club breton, réunion informelle des députés du tiers état de Bretagne rejoints par d'autres patriotes. Quand l'Assemblée constituante suit le roi à Paris en octobre 1789, ils cherchent un local.

Le 27 octobre 1789, la Société des Amis de la Constitution loue le réfectoire du couvent des Dominicains de la rue Saint-Honoré, dans l'actuel 1er arrondissement, à l'emplacement du marché Saint-Honoré. Les Dominicains sont appelés à Paris les Jacobins, parce que leur premier établissement se trouvait rue Saint-Jacques. Le club prend le surnom de son adresse : club des Jacobins.

À ses débuts, il n'a rien de révolutionnaire au sens ultérieur du mot. La cotisation est élevée, ce qui en écarte le peuple. On y trouve La Fayette, Mirabeau, Barnave, Talleyrand, le duc d'Aiguillon, les frères Lameth, Sieyès. C'est le club de la monarchie constitutionnelle, dominé par des nobles libéraux et des bourgeois modérés.

Il se radicalise par scissions successives. En juillet 1791, après la fusillade du Champ-de-Mars, les modérés partent fonder le club des Feuillants. Restent les partisans de la République, autour de Robespierre, qui deviendra la figure centrale du club et y prononcera l'essentiel de ses discours. Le réseau des sociétés affiliées couvre le pays : plus d'un millier de clubs correspondent avec Paris. C'est la première structure politique nationale de l'histoire française.

Le club est fermé le 12 novembre 1794, après Thermidor. Le couvent est démoli sous le Directoire. Le mot est resté, "Jacobin" désigne aujourd'hui une conception centralisatrice et unitaire de la République, ce qui n'était qu'un aspect de la doctrine des Jacobins historiques, et ce qui a fait oublier tout le reste : le suffrage universel, le droit à l'existence, l'abolition de l'esclavage.

Voir la fiche →
Événement
1814
26 mars 1814 — Demeure et cabinet médical de Joseph Ignace Guillotin
p 129
Mort du docteur Guillotin dans son cabinet médical ; il se trouvait sur le trajet des convois vers l'instrument qui, à son grand désespoir, portait son nom, alors qu'il ne l'avait promu que pour soulager les souffrances …

Mort du docteur Guillotin dans son cabinet médical ; il se trouvait sur le trajet des convois vers l'instrument qui, à son grand désespoir, portait son nom, alors qu'il ne l'avait promu que pour soulager les souffrances des condamnés.

Joseph Ignace Guillotin meurt le 26 mars 1814 dans son cabinet médical du 209 rue Saint-Honoré, à soixante-quinze ans, de causes naturelles — ironie supplémentaire pour un homme dont le nom est devenu synonyme de décapitation.

Ce qu'on oublie souvent : Guillotin n'a pas inventé la guillotine. Il a plaidé, devant l'Assemblée constituante en 1789, pour que tous les condamnés à mort soient exécutés de la même façon — une machine rapide et indolore, sans égard pour la naissance ou la fortune. Jusqu'alors, les nobles avaient droit à la décapitation par l'épée, les roturiers à la potence ou à la roue. Guillotin voulait l'égalité jusque dans la mort. C'était un geste humaniste.

La machine fut mise au point par le docteur Louis — on l'appela d'abord la louisette. Puis l'usage fit le reste, et le nom de Guillotin s'imposa. Il ne s'en remit jamais. Sa famille, après sa mort, demanda sans succès que l'instrument soit rebaptisé. Faute d'obtenir satisfaction, ses descendants changèrent leur propre nom.

La cruelle particularité de son adresse rue Saint-Honoré — que Philippe avait relevée dans sa fiche — est que son cabinet se trouvait sur le trajet des charrettes conduisant les condamnés depuis la Conciergerie jusqu'à la place de la Révolution. Guillotin voyait passer, depuis ses fenêtres, les convois vers l'instrument qui portait son nom.

Voir la fiche →
Événement
1794
1794 — Demeure de Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes/Cachette de Bertrand Barère de Vieuzac
p 130
Cachette du "menteur patenté du Comité de Salut public", selon Jules Michelet
Voir la fiche →
Événement
Événement
Événement
1790
1790 — Demeure de François Héron/Cachette de Jean-Paul Marat
p 130
Voir la fiche →
Événement
1791
16 juillet 1791 — Couvent des Feuillants
p 130
Scission des Jacobins sur le sort de Louis XVI. Les Monarchistes constitutionnels s'installent aux Feuillants. Parmi les députés, seuls Robespierre, Anthoine, Buzot, Rœderer, Pétion et Louis Coroller du Moustoir restent …

Scission des Jacobins sur le sort de Louis XVI. Les Monarchistes constitutionnels s'installent aux Feuillants. Parmi les députés, seuls Robespierre, Anthoine, Buzot, Rœderer, Pétion et Louis Coroller du Moustoir restent aux Jacobins

Voir la fiche →
Événement
1792
14 août 1792 — Ministère de la Justice/Demeure de Georges Jacques Danton
p 131
Danton, nommé ministre de la Justice, détourne des fonds. Un des grands corrompus de la Révolution ; il roule un temps pour Philippe d'Orléans qui le "subventionne". La Troisième République en fera son "grand homme", fau …

Danton, nommé ministre de la Justice, détourne des fonds. Un des grands corrompus de la Révolution ; il roule un temps pour Philippe d'Orléans qui le "subventionne". La Troisième République en fera son "grand homme", faute de mieux

Voir la fiche →
Événement
1792
9 août 1792 — Demeure de Maurice Duplay/Demeure de Maximilien de Robespierre
p 131
Voir la fiche →
Événement
1792
16 août 1792
p 131
La statue est à terre, et dans la poussière de bronze, une femme du peuple gît écrasée. Six jours après la journée du 10 août 1792, la foule parisienne est encore ivre de sa victoire. Le roi est prisonnier au Temple, la …

La statue est à terre, et dans la poussière de bronze, une femme du peuple gît écrasée.

Six jours après la journée du 10 août 1792, la foule parisienne est encore ivre de sa victoire. Le roi est prisonnier au Temple, la monarchie abolie de fait, la République en train de naître. Dans les semaines qui suivent la prise des Tuileries, les symboles royaux tombent les uns après les autres : dans Paris et dans toute la France, le peuple fait le vide autour de ce qu'il vient de renverser. Le 16 août 1792, c'est le tour de la statue équestre de Louis XIV qui trône sur la place des Piques, l'ancienne place Louis-le-Grand.

La statue est là depuis 1699. Elle a été sculptée par François Girardon sur commande du maréchal de La Feuillade, puis fondue en bronze par Jean-Balthazar Keller. Haute, dorée, monumentale, elle représente le Roi-Soleil à cheval dominant une place dont la symétrie imposante avait été voulue pour écraser le regard et rappeler à qui entrait dans la capitale la puissance d'un seul homme. C'est précisément cette splendeur que les sans-culottes entendent abattre. On noue des cordes, on tire, on travaille les scellements. La statue vacille, puis s'abat dans un fracas de métal.

Dans la cohue des spectateurs et des participants, une femme est écrasée sous le poids de la chute. Elle s'appelle Rose Viollet. Elle est colporteuse, vendeuse ambulante de journaux. Elle distribue L'Ami du Peuple, l'hebdomadaire de Jean-Paul Marat qui est depuis 1789 la voix des sections populaires de Paris, celle qui réclame la tête des aristocrates et la justice pour les miséreux. Elle meurt des suites de ses blessures. Le nom de Rose Viollet reste l'un des rares témoignages directs de la présence des femmes anonymes dans ces journées : mortes non sous les balles, mais dans l'enthousiasme d'un acte dont elles étaient parties prenantes.

Sur la place désormais vide de son monarque de bronze, on érige une figure de la Liberté. La place des Piques, successivement place des Conquêtes, place Louis-le-Grand, puis place de la Révolution, ne retrouve le nom de place Vendôme qu'avec le Directoire. L'Empire y dressera en 1810 la colonne Austerlitz, fondue à partir des canons pris à l'ennemi à Austerlitz : un autre conquérant remplace l'autre.

La destruction des statues royales à l'été 1792 n'est pas seulement symbolique : c'est une rupture matérielle avec l'ordre de représentation monarchique, un geste pour dépeupler l'espace public de ses anciens maîtres de pierre et de bronze. Rose Viollet n'avait pas prévu de mourir ce matin-là.

Voir la fiche →
Événement
1793
20 janvier 1793
p 131
La dépouille de Lepeletier de Saint-Fargeau est exposée sur le piédestal de la statue de Louis XIV abattue ; la cérémonie est mise en scène par le peintre David
Voir la fiche →
Événement
1793
20 janvier 1793 — Hôtel de Chimay (appartenant à la famille Le Peletier)
p 131
Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau meurt ici, assassiné par Pâris pour avoir voté la mort de Louis XVI
Voir la fiche →
Événement
1791
17 juillet 1791 — Demeure de Maurice Duplay/Demeure de Maximilien de Robespierre
p 131
Le soir du 17 juillet 1791 est mauvais pour les républicains. La fusillade du Champ-de-Mars a fait une cinquantaine de morts parmi les pétitionnaires ; la loi martiale reste en vigueur ; les arrestations menacent. Robesp …

Le soir du 17 juillet 1791 est mauvais pour les républicains. La fusillade du Champ-de-Mars a fait une cinquantaine de morts parmi les pétitionnaires ; la loi martiale reste en vigueur ; les arrestations menacent. Robespierre a signé la pétition pour la déchéance du roi — il risque d'être pris. Jeanne-Marie Roland et son mari Jean-Marie passent à son logement de la rue de Saintonge, dans le Marais, pour lui proposer une cachette. Il est déjà parti.

Il est chez les Duplay. Maurice Duplay est menuisier-ébéniste, rue Saint-Honoré — une maison à deux pas du club des Jacobins que Robespierre fréquente assidûment depuis des mois. La famille l'installe dans une chambre simple, donnant sur la cour. Il y a là Duplay et sa femme, leurs filles — dont Éléonore, que l'entourage tient pour la compagne officieuse de l'Incorruptible.

Robespierre ne s'installe pas « pour quelques jours ». Il reste. Pendant trois ans, la maison Duplay sera son seul logement parisien. Il y reçoit des visiteurs, rédige ses discours, travaille sous le bruit des ateliers en contrebas. Les Duplay le couvent avec une dévotion qui tient autant de la conviction républicaine que de l'attachement familial.

Ces trois années voient Robespierre passer de député radical en survie à membre tout-puissant du Comité de salut public. La chambre de la rue Saint-Honoré est son ancre dans une période où tout le reste — les institutions, les alliances, les têtes — change sans cesse. Le 9 Thermidor an II — 27 juillet 1794 —, il quitte la maison Duplay pour se rendre à la séance de la Convention. Il ne revient pas. Arrêté dans la soirée, il est guillotiné le lendemain place de la Révolution.

La maison des Duplay a depuis disparu. Une plaque marque aujourd'hui l'emplacement de la porte où il était entré, ce soir de juillet 1791, en fuyard.

Voir la fiche →
Événement
1793
1793
p 131
Place des Piques pendant la Révolution ; entre temps la statue équestre de Louis XIV avait été détruite
Voir la fiche →
Événement
Date imprécise — Comité de l'Assemblée Constituante
p 131
Voir la fiche →
Événement
1791
20 juin 1791 — Guichet de l'Échelle du palais du Louvre
p 133-134
Lieu où attend la voiture avec laquelle la famille royale s'enfuit des Tuileries ; une "citadine" qui permettra de rejoindre discrètement la berline qui attend rue de Clichy pour le voyage vers... Montmédy ; arrêt à Vare …

Lieu où attend la voiture avec laquelle la famille royale s'enfuit des Tuileries ; une "citadine" qui permettra de rejoindre discrètement la berline qui attend rue de Clichy pour le voyage vers... Montmédy ; arrêt à Varennes

Voir la fiche →
Événement
1792
21 août 1792
p 134-135
Exécution du chef du Bureau militaire des Brigades des gardes nationaux. Il avait constitué une importante organisation de provocateurs qui infiltraient les manifestations publiques révolutionnaires pour les faire dérape …

Exécution du chef du Bureau militaire des Brigades des gardes nationaux. Il avait constitué une importante organisation de provocateurs qui infiltraient les manifestations publiques révolutionnaires pour les faire déraper

Voir la fiche →
Événement
1564
1564 — Vestiges du palais des Tuileries
p 135 & 140
Construction du palais des Tuileries, dont on peut voir des vestiges transférés dans l'allée derrière l'Orangerie
Voir la fiche →
Événement
1789
6 octobre 1789 — Palais des Tuileries (de 1564)
p 135-136
Elles étaient parties chercher du pain ; elles reviennent avec le roi. Le cortège est parti la veille de la place de Grève. Six à sept mille femmes, des poissardes des Halles, des ouvrières, des marchandes, remontant les …

Elles étaient parties chercher du pain ; elles reviennent avec le roi.

Le cortège est parti la veille de la place de Grève. Six à sept mille femmes, des poissardes des Halles, des ouvrières, des marchandes, remontant les Champs-Élysées sous la pluie, armées de piques, de couteaux de cuisine et de quelques canons traînés à bras. Reine Audu marche en tête, Stanislas Maillard négocie, Théroigne de Méricourt est de la partie. La Garde nationale de La Fayette a suivi, contrainte par ses propres soldats.

Dans la nuit du 5 au 6 octobre, la foule force les grilles du château de Versailles. Des gardes du corps sont tués. Marie-Antoinette fuit ses appartements par un passage dérobé. Au matin, la foule réclame le roi au balcon. Louis XVI paraît. Puis la reine, seule, sous les huées, qui s'incline longuement. La Fayette lui baise la main : le geste calme la place.

Puis vient la demande de fond : que le roi vienne à Paris. Louis XVI accepte. Le 6 octobre 1789, dans l'après-midi, le cortège reprend la route en sens inverse. Devant, les femmes portent des pains au bout de leurs piques et chantent qu'elles ramènent "le boulanger, la boulangère et le petit mitron." Derrière suivent les carrosses royaux, la Garde nationale, cent chariots de blé pris aux réserves de Versailles.

À l'Hôtel de Ville, Bailly, maire de Paris, accueille la famille royale. La réception est enthousiaste. On croit encore possible une monarchie constitutionnelle réconciliée avec son peuple. Le roi prononce quelques mots aimables.

Puis la famille royale gagne le palais des Tuileries, inhabité depuis Louis XIV, poussiéreux, mal chauffé. Elle y sera de fait assignée à résidence. Le roi ne quittera plus Paris que pour la fuite manquée de Varennes en juin 1791, qui achèvera de ruiner sa crédibilité.

Le pouvoir a changé de lieu. Versailles était le château où le roi convoquait la France ; les Tuileries sont le palais où Paris surveille le roi. En un jour et une nuit, des femmes qui réclamaient du pain ont déplacé le centre politique du royaume. L'Assemblée constituante suivra le mouvement et s'installera à Paris quelques jours plus tard.

Voir la fiche →
Événement
1793
2 août 1793
p 135
Pyramide de bois au pied de laquelle sont exposés le buste, l'écritoire, la baignoire et la lampe de l'Ami du Peuple
Voir la fiche →
Événement
1792
20 juin 1792
p 136
Émeute menée par les patriotes du faubourg Saint-Antoine pour l'anniversaire du Serment du jeu de paume. Ils réclament le retrait du veto sur les prêtres réfractaires et sur l'appel des Fédérés ; Louis XVI coiffe le bonn …

Émeute menée par les patriotes du faubourg Saint-Antoine pour l'anniversaire du Serment du jeu de paume. Ils réclament le retrait du veto sur les prêtres réfractaires et sur l'appel des Fédérés ; Louis XVI coiffe le bonnet rouge mais ne cède pas

Voir la fiche →
Événement
1792
20 juin 1792 — Hôtel de la Reine Blanche/Château de la Reine Blanche/Club Jacobin (en 1790)
p 136
Préparation de la journée du 20 juin 1792 contre le véto
Voir la fiche →
Événement
1793
15 février 1793 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 137
Le marquis-philosophe dépose sur la tribune le projet le plus démocratique que la Révolution ait jamais envisagé — quelques semaines avant la chute des Girondins qui l'enterrera. Ce mercredi-là, à la salle du Manège, c'e …

Le marquis-philosophe dépose sur la tribune le projet le plus démocratique que la Révolution ait jamais envisagé — quelques semaines avant la chute des Girondins qui l'enterrera.

Ce mercredi-là, à la salle du Manège, c'est un homme fatigué mais résolu qui monte à la tribune. Nicolas de Condorcet a cinquante ans. Il préside depuis octobre le Comité de Constitution, neuf membres chargés de doter la jeune République d'une loi fondamentale. Six mois de travail acharné pour aboutir au projet qu'il présente ce 17 avril 1793 — un texte d'une ambition inouïe, précédé d'une Déclaration des Droits de l'Homme refondue et élargie.

Ce que propose Condorcet est vertigineux. Le suffrage universel masculin — acquis depuis 1792, mais que le projet ancre définitivement. Une Assemblée unique élue pour un an. Le droit pour les citoyens de contester toute loi par référendum — la « censure du peuple ». Une instruction publique gratuite et obligatoire, garantie par la Constitution elle-même. Le droit à l'assistance pour les indigents, les infirmes, les vieillards. Une procédure rigoureuse de révision, pour empêcher qu'un pouvoir passager ne fige les institutions. Tout est pensé pour que le peuple tranche, toujours, en dernier ressort.

Quand il a fini, Condorcet sait qu'il n'a pas convaincu. Les bancs de la Montagne sont glacials. Le projet est trop raffiné, trop philosophe — et surtout il est girondin. Depuis des semaines, la Convention bascule. La guerre aux frontières tourne mal, Paris gronde, Marat appelle à l'insurrection. Le rapport de force s'inverse.

Quatre mois plus tard, le 2 juin 1793, les canons du peuple de Paris encerclent la Convention. Vingt-neuf députés girondins sont arrêtés, dont la plupart des collaborateurs de Condorcet. Le projet de Constitution est enterré séance tenante. Les Montagnards en rédigent un autre, à la hâte — la Constitution de l'an I, votée le 24 juin, qui reprend des éléments du texte girondin mais abandonne l'essentiel de ses garde-fous. Cette Constitution de l'an I ne sera jamais appliquée. La Terreur prendra sa place.

Condorcet, lui, refuse de se taire. Il publie le 8 juillet un pamphlet cinglant contre la Constitution montagnarde — Aux citoyens français sur la nouvelle Constitution. Décrété d'arrestation le 8 juillet, il se cache chez Madame Vernet, rue des Fossoyeurs (aujourd'hui rue Servandoni, dans le 6e). Neuf mois reclus dans une chambre de pension, il y écrit son testament philosophique — l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, ce chef-d'œuvre d'optimisme rédigé alors qu'il attend la guillotine. Le 25 mars 1794, il quitte sa cachette pour ne pas compromettre son hôtesse. Arrêté à Clamart, emprisonné à Bourg-la-Reine, il est retrouvé mort dans sa cellule le 29 mars au matin. Poison, rupture d'anévrisme, on ne saura jamais.

La salle du Manège, elle, a disparu depuis longtemps — percée par la rue de Rivoli sous le Premier Empire. Entre les numéros 230 et 232, une plaque discrète rappelle qu'ici siégèrent la Constituante, la Législative et la Convention. Un petit rectangle de bronze pour tenir lieu de tombeau à l'idée républicaine la plus généreuse de la Révolution.

Voir la fiche →
Événement
1793
10 mai 1793 — Palais des Tuileries (aile Nord, côté pavillon de Marsan)/Siège de la Convention
p 137-138
Voir la fiche →
Événement
1794
8 juin 1794
p 138
Célébration de la Fête de l'Être Suprême, apothéose de Robespierre ; les bancs de marbre en sont des vestiges
Voir la fiche →
Événement
Événement
1793
août 1793 — Palais des Tuileries/Pavillon de Flore (2ème étage)/Pavillon de l'Égalité
p 138
Voir la fiche →
Événement
1792
21 septembre 1792 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 139
Voir la fiche →
Événement
1792
Événement
1790
21 octobre 1790 — Salle du Manège/Siège de l'Assemblée Constituante
p 139-140
Les trois couleurs étaient déjà celles des cocardes et des gardes nationales ; en les hissant sur les vaisseaux du roi, l'Assemblée les fait devenir celles de la Nation. Les trois couleurs ont une origine parisienne et i …

Les trois couleurs étaient déjà celles des cocardes et des gardes nationales ; en les hissant sur les vaisseaux du roi, l'Assemblée les fait devenir celles de la Nation.

Les trois couleurs ont une origine parisienne et improvisée. Le 17 juillet 1789, Louis XVI vient à l'Hôtel de Ville reconnaître la prise de la Bastille. Bailly, maire de Paris, lui remet une cocarde. La Fayette aurait combiné le blanc de la monarchie avec le bleu et le rouge, couleurs de la Ville de Paris et de sa milice. La cocarde tricolore devient l'insigne obligatoire des gardes nationales, puis de tout patriote. Elle circule dans le royaume avant d'avoir le moindre statut légal.

Le drapeau, lui, reste celui du roi : le pavillon blanc de la marine royale, orné parfois des fleurs de lys. Or la marine est un enjeu politique majeur. Les équipages sont en effervescence, les officiers nobles sont soupçonnés d'émigration et de trahison, et le pavillon blanc identifie encore les vaisseaux à la personne du souverain.

Le 20 octobre 1790, le comte Henri de Virieu propose à l'Assemblée nationale d'ajouter un canton tricolore au pavillon de marine. Le 21 octobre 1790, à la salle du Manège, l'Assemblée décide que le pavillon national sera blanc avec un quartier tricolore. L'ordonnance du 24 octobre précise les modèles : pavillon de beaupré à trois bandes verticales rouge, blanche et bleue ; pavillon de poupe blanc avec canton tricolore.

L'ordre des couleurs n'est pas celui d'aujourd'hui. Le rouge est du côté de la hampe, le bleu flotte au vent. L'inversion sera décidée en 1794, sur proposition du peintre David, donnant le drapeau que l'on connaît.

Le blanc disparaîtra entièrement du fond avec la République. Il reviendra brièvement en 1814 et en 1815, puis en 1830 la Révolution de Juillet rétablira le tricolore. En 1873, le comte de Chambord, prétendant légitimiste, refusera la couronne plutôt que d'accepter le drapeau tricolore. Son entêtement fondera la Troisième République.

Voir la fiche →
Événement
1792
22 septembre 1792 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 139
Le lendemain de l'abolition de la royauté, la Convention n'a plus qu'à nommer ce qui n'a pas encore de nom : elle vote la République, et le monde change de date. Le 21 septembre, la royauté a été abolie par acclamation. …

Le lendemain de l'abolition de la royauté, la Convention n'a plus qu'à nommer ce qui n'a pas encore de nom : elle vote la République, et le monde change de date.

Le 21 septembre, la royauté a été abolie par acclamation. Le 22 septembre 1792, la Convention prend acte de ce qui en découle : il n'y a plus de roi, il doit donc y avoir une République. Le mot est prononcé. La France est officiellement une République. Ce n'est pas une proclamation solennelle avec discours et cérémonie : c'est un acte juridique simple, presque laconique. Tous les actes publics seront désormais datés "de l'an premier de la République française."

Ce dernier point est capital. Le calendrier lui-même est révolutionné. L'an I commence non pas le 22 septembre, mais à compter de minuit le 21 septembre, heure de l'équinoxe vrai d'automne calculé par l'Observatoire de Paris. La date de l'équinoxe coïncide avec celle de la première séance de la Convention : la République naît au moment exact où le jour et la nuit s'égalisent sur la Terre. L'astronomie et la politique s'accordent. Le temps lui-même change de régime.

Le calendrier républicain, qui entrera pleinement en vigueur en 1793, est l'œuvre de Fabre d'Églantine et de plusieurs astronomes. Il divise l'année en douze mois de trente jours, nommés d'après les réalités naturelles des saisons françaises : Vendémiaire, Brumaire, Frimaire ; Nivôse, Pluviôse, Ventôse ; Germinal, Floréal, Prairial ; Messidor, Thermidor, Fructidor. Cinq jours complémentaires, les sans-culottides, complètent l'année.

Changer le calendrier, c'est refuser de partager le temps de la monarchie et de l'Église. C'est imposer un temps nouveau, universel et rationnel, débarrassé des saints et des rois. Cette rupture chronologique est une rupture anthropologique : la République ne date pas du même monde que la royauté.

Le calendrier républicain sera en usage jusqu'au 1er janvier 1806, date à laquelle Napoléon le supprimera. Mais Germinal, Thermidor, Fructidor continueront de désigner, dans la mémoire des historiens, les journées qui ont fait et défait la Révolution. Le temps de la République reste dans la langue longtemps après avoir quitté les almanachs.

Voir la fiche →
Événement
Date imprécise
p 139
Ruban marquant la démarcation entre zone ouverte au public et jardins du palais, surveillée par des gardes-suisses ; Zone de la Nation et zone de Coblence
Voir la fiche →
Événement
1789
9 novembre 1789 — Salle du Manège/Siège de l'Assemblée Constituante (1159 membres)
p 139-140
Sièges successifs de l'Assemblée Constituante, de la Législative, et de la Convention jusqu'au 9 mai 1793. Par la suite, celui du Conseil des Cinq-Cents
Voir la fiche →
Événement
1792
11 décembre 1792 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 140
Voir la fiche →
Événement
1793
17 janvier 1793 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 140
Voir la fiche →
Événement
1792
11 août 1792
p 141
La monarchie avait péri la veille dans les jardins des Tuileries ; le lendemain, ses images de bronze et de pierre tombèrent sur toutes les places de Paris. Le 10 août avait mis fin à la monarchie dans les faits. Le 11 a …

La monarchie avait péri la veille dans les jardins des Tuileries ; le lendemain, ses images de bronze et de pierre tombèrent sur toutes les places de Paris.

Le 10 août avait mis fin à la monarchie dans les faits. Le 11 août la défit dans l'espace de la ville.

Dans les heures qui suivirent la prise des Tuileries, les insurgés s'attaquèrent systématiquement aux statues royales qui ornaient les grandes places. Place de la Concorde, rebaptisée "place de la Révolution" ce même jour, la statue équestre de Louis XV, oeuvre de Bouchardon et Pigalle, fut abattue : elle serait remplacée par une statue de la Liberté. Place des Victoires, la statue de Louis XIV fut renversée et envoyée à la fonte pour y fabriquer des canons. Son socle portait les représentations symboliques de l'Allemagne, de l'Espagne, de la Hollande et du Piémont vaincus sous le Roi-Soleil : toutes ces gloires furent fondues avec lui. Une seconde statue de Louis XIV disparut le même jour place Vendôme. Place des Vosges, la statue équestre de Louis XIII, en bronze depuis 1639, fut détruite. Pont Neuf, la statue d'Henri IV fut abattue à son tour.

En quelques heures, Paris vidait ses places publiques d'un siècle et demi de statuaire royale. Le mouvement n'était pas coordonné depuis un centre : il était simultané, dans plusieurs quartiers à la fois, conduit par des groupes d'insurgés, de fédérés et de sans-culottes agissant de leur propre initiative.

Ces destructions n'étaient pas un accident. La statue royale, depuis Louis XIV, était un instrument politique précis : elle occupait l'espace public pour y affirmer la permanence et la gloire d'un pouvoir personnel qui se voulait l'État même. L'abattre, c'était prendre l'espace, retirer à la monarchie sa présence visible dans la ville. La République n'était pas encore proclamée, mais elle commençait à occuper le terrain.

Voir la fiche →
Événement
1793
16 octobre 1793
p 142
On l'accusa d'espionnage, de dilapidation, puis d'inceste : le tribunal savait qu'il jugeait moins une reine qu'une femme étrangère, et la foule le savait aussi. Marie-Antoinette d'Autriche a été transférée de la prison …

On l'accusa d'espionnage, de dilapidation, puis d'inceste : le tribunal savait qu'il jugeait moins une reine qu'une femme étrangère, et la foule le savait aussi.

Marie-Antoinette d'Autriche a été transférée de la prison du Temple à la Conciergerie le 2 août 1793. Son mari a été guillotiné le 21 janvier. Son fils lui a été arraché en juillet et confié au cordonnier Simon. La France est en guerre contre l'Europe coalisée, la Vendée est soulevée, la Convention a instauré la Terreur en septembre.

Le procès s'ouvre le 14 octobre 1793 devant le Tribunal révolutionnaire. Les chefs d'accusation sont politiques : intelligence avec les puissances étrangères, transmission de plans militaires à l'Autriche, dilapidation du Trésor. Elle a effectivement correspondu avec Vienne et Bruxelles, transmis des informations, appelé de ses vœux l'intervention étrangère contre la Révolution. Ces faits sont établis.

Puis Hébert, procureur de la Commune, ajoute une accusation d'inceste avec son fils de huit ans, sur la foi d'une déclaration extorquée à l'enfant. Marie-Antoinette refuse d'abord de répondre, puis lance à l'assemblée : "J'en appelle à toutes les mères qui se trouvent ici." La salle frémit. Robespierre lui-même jugera cette manœuvre imbécile et désastreuse. Elle révèle ce que le procès contenait d'autre chose que du politique : la haine de l'Autrichienne, accumulée depuis vingt ans par les libelles pornographiques qui la représentaient en débauchée, en dévoreuse, en étrangère corruptrice.

Le verdict tombe le 16 octobre à quatre heures du matin : mort. À midi, elle traverse Paris debout dans une charrette, les mains liées derrière le dos, les cheveux coupés. David la croque au passage, vieillie, hautaine. À douze heures quinze, elle est guillotinée place de la Révolution, l'actuelle place de la Concorde. Elle a trente-sept ans.

Son corps est jeté dans une fosse commune du cimetière de la Madeleine. Louis XVIII le fera exhumer en 1815 pour l'inhumer à Saint-Denis. La chapelle expiatoire, rue Pasquier, marque l'emplacement de la fosse.

Voir la fiche →
Événement
1793
31 octobre 1793
p 142
Ils étaient les orateurs les plus brillants de la Révolution ; ils meurent en chantant, à raison d'une tête toutes les cent secondes. Ils étaient de la Révolution depuis le premier jour. Brissot avait fondé la Société de …

Ils étaient les orateurs les plus brillants de la Révolution ; ils meurent en chantant, à raison d'une tête toutes les cent secondes.

Ils étaient de la Révolution depuis le premier jour. Brissot avait fondé la Société des amis des Noirs et lancé la guerre contre les rois. Vergniaud avait prononcé les discours qui firent tomber la monarchie. Carra dirigeait les Annales patriotiques. Fauchet, évêque constitutionnel, prêchait un christianisme égalitaire au Cercle social.

Ils ont perdu contre la Montagne pour des raisons qui tiennent à la fois à la politique et à la géographie. Ils voulaient contenir Paris, dont les sections armées faisaient la loi ; ils s'opposaient au maximum des prix et aux mesures économiques réclamées par les sans-culottes ; ils avaient soutenu la guerre puis dénoncé la Terreur. Le 2 juin 1793, les sections encerclèrent la Convention et obtinrent leur arrestation.

Le procès s'ouvre le 24 octobre. Ils se défendent si efficacement que la Convention vote un décret permettant au président du tribunal de clore les débats. Le verdict tombe le 30 : vingt et un condamnés à mort. Dufriche-Valazé se poignarde à l'annonce.

Le 31 octobre 1793, ils sont conduits en charrettes place de la Révolution, l'actuelle place de la Concorde. Le corps de Valazé est transporté avec eux et décapité comme les autres. Les témoins rapportent qu'ils chantent La Marseillaise, et que le chant faiblit à mesure que les voix disparaissent.

L'exécution des vingt et un dure trente-six minutes. Sanson opère à une cadence de moins de deux minutes par condamné.

La guillotine parisienne fera au total deux mille quatre cent quatre-vingt-dix-huit victimes, dont mille cent dix-neuf sur cette seule place. Neuf mois plus tard, ceux qui les ont envoyés à la mort y monteront à leur tour.

La Gironde n'était pas un parti mais un ensemble d'affinités et de réseaux. Sa chute laisse la Convention aux Montagnards, et les Montagnards seuls face à eux-mêmes.

Voir la fiche →
Événement
1826
1826 — Place Louis XVI/Hôtel de Crillon
p 142
Voir la fiche →
Événement
1778
6 février 1778 — Hôtel de Coislin
p 142
Le 6 février 1778, la France reconnaît officiellement l’indépendance des États‑Unis d’Amérique à l’hôtel de Coislin, au 4 place de la Concorde, à Paris. Dans ce bâtiment situé alors à l’extrémité occidentale de la place …

Le 6 février 1778, la France reconnaît officiellement l’indépendance des États‑Unis d’Amérique à l’hôtel de Coislin, au 4 place de la Concorde, à Paris. Dans ce bâtiment situé alors à l’extrémité occidentale de la place Louis‑XV, des représentants du roi Louis XVI et des envoyés du Congrès américain signent deux traités distincts. Le premier est un traité d’amitié et de commerce qui accorde aux États‑Unis le statut de nation indépendante dans les relations diplomatiques et économiques de la France. Le second est un traité d’alliance défensive qui prévoit une aide militaire française contre la Grande‑Bretagne, en cas de poursuite de la guerre.

Côté américain, la délégation comprend notamment Benjamin Franklin, figure de la Révolution américaine installée à Passy, ainsi que ses collègues envoyés en Europe. Côté français, le chancelier des affaires étrangères Charles Gravier de Vergennes supervise la politique du royaume, tandis que le diplomate Conrad Gérard appose sa signature au nom du roi. Ces accords marquent un tournant majeur dans la guerre d’indépendance : pour la première fois, une monarchie européenne s’engage formellement aux côtés des insurgés américains, leur fournissant reconnaissance diplomatique, subventions, matériel et, bientôt, troupes régulières et flotte de guerre.

L’hôtel de Coislin reste associé à ce moment fondateur des relations franco‑américaines. La décision de Louis XVI d’entrer dans cette alliance s’inscrit dans une logique de revanche stratégique contre la Grande‑Bretagne, mais elle ouvre aussi la voie à une circulation renforcée des idées politiques des Lumières, entre Paris et les futures États‑Unis.

Voir la fiche →
Événement
1789
12 juillet 1789
p 143
Manifestation contre le renvoi de Necker, violemment réprimée par le prince de Lambesc sur ordre de Besenval ; un des déclencheurs directs de la Révolution
Voir la fiche →
Événement
1789
13 juillet 1789 — Hôtel du Garde-Meuble/Garde-Meuble de la Couronne (salle des armes)
p 143
Voir la fiche →
Événement
1789
12 juillet 1789 — Place Louis XV
p 143
Une manifestation contre le renvoi de Necker est violemment réprimée par le prince de Lambesc, à la tête du royal-allemand, sur ordre de Besenval ; un des déclencheurs directs de la Révolution
Voir la fiche →
Événement
1792
16 septembre 1792 — Hôtel du Garde-Meuble/Garde-Meuble de la Couronne/Ministère de la Marine
p 143
Pendant que Paris massacre dans ses prisons, trente hommes s'introduisent nuit après nuit dans le palais des rois et vident le trésor de la Couronne. Le 2 septembre 1792, les prisons parisiennes ont commencé à se vider p …

Pendant que Paris massacre dans ses prisons, trente hommes s'introduisent nuit après nuit dans le palais des rois et vident le trésor de la Couronne.

Le 2 septembre 1792, les prisons parisiennes ont commencé à se vider par le fer. La Convention nationale n'est pas encore constituée. Dans cette capitale assiégée par ses propres angoisses, le Garde-Meuble de la Couronne, place Louis-XV (future place de la Révolution, actuelle place de la Concorde), garde ses trésors dans une relative indolence. Les bijoux sont exposés à la galerie du premier étage, illuminés le soir, visibles depuis la rue. La garde est insuffisante depuis que les scellés ont été posés aux Tuileries : une demande de renforcement auprès du ministère de l'Intérieur a été rejetée.

Paul Miette, récidiviste organisé, a reconnu les lieux. Dans la nuit du 11 au 12 septembre, une première équipe s'introduit dans le bâtiment. Les vols se succèdent pendant cinq nuits. Vers le 16 septembre, le trésor a été largement vidé : environ 9 000 pierres précieuses ont disparu, dont le Régent (diamant blanc estimé à douze millions de livres), le Sancy, la Toison d'Or, les Mazarins. Le Bleu de France, diamant issu d'une gemme rapportée des Indes en 1668 par le marchand Tavernier, taillée pour Louis XIV et portée par Louis XV, est lui aussi emporté.

L'affaire éclate le 16 septembre au matin. Le maire de Paris Jean-Jacques Chambon et Joseph Douligny, responsable du Garde-Meuble, sont arrêtés pour négligence. Les investigations s'étalent sur deux ans. Le Régent est retrouvé en 1793, caché dans un grenier proche. Le Sancy reparaît en 1794. Deux tiers des bijoux sont finalement récupérés.

Le Bleu de France, lui, disparaît définitivement. On le retrouve en 1812 à Londres, retaillé pour n'être plus identifiable, passant de main en main entre aristocrates et banquiers. En 1949, sous le nom de "Hope Diamond", il entre dans les collections du Smithsonian Institution à Washington, où il se trouve encore. Trois millions de livres tournois extraits du trésor de Louis XIV finissent dans un musée américain : une parabole de ce que la Révolution a dispersé de la monarchie.

L'épisode illustre le paradoxe de la République en ses moments de paroxysme : pendant que la Convention refonde le droit et l'État, l'État perd le contrôle de ses propres palais. Le vol du Garde-Meuble n'est pas un acte politique, mais il survient dans une semaine où Paris se convainc que tout est possible.

Voir la fiche →
Événement
1792
1792 — Cimetière de la Madeleine
p 144-145
Chapelle expiatoire de 1816, sur l'emplacement du charnier des exécutions de la Concorde
Voir la fiche →
Événement
1794
25 mars 1794 — Charnier ou cimetière des Errancis
p 144
À partir du 25 mars 1794, les corps des guillotinés de la place de la Révolution sont portés rue de Monceau, dans un terrain vague qu'on appelle le cimetière des Errancis. Ils y seront 1119 en tout, jusqu'en 1797. La lis …

À partir du 25 mars 1794, les corps des guillotinés de la place de la Révolution sont portés rue de Monceau, dans un terrain vague qu'on appelle le cimetière des Errancis. Ils y seront 1119 en tout, jusqu'en 1797.

La liste est vertigineuse. Les hébertistes d'abord, exécutés le 24 mars — Hébert, Ronsin, Vincent, Momoro, Cloots. Puis Danton, Desmoulins et leurs amis, en avril. Puis Lavoisier et les fermiers généraux, en mai. Puis Robespierre, Saint-Just et Couthon, en thermidor. Bourreaux et victimes finissent dans le même charnier, pêle-mêle, chaulés ensemble dans des fosses communes. La Terreur ne fait pas de distinction dans la mort.

Le cimetière des Errancis n'avait rien de solennel. Pas de pierre, pas de monument, pas de nom sur les tombes — juste la terre et la chaux. C'était le pendant discret de la guillotine publique : l'exécution se faisait en spectacle place de la Révolution, l'enfouissement se faisait en silence, la nuit, dans ce terrain à l'écart de la ville.

En 1797, le cimetière est fermé. Les ossements sont transférés aux Catacombes. Le terrain est progressivement absorbé par le tissu urbain, puis par le parc Monceau. Il n'en reste rien de visible aujourd'hui — pas de plaque, pas de mémorial. Quelque part sous les pelouses du 8e arrondissement, dans la terre, les révolutionnaires et leurs victimes reposent ensemble.

Voir la fiche →
Événement
1794
25 mars 1794 — Charnier ou cimetière des Errancis
p 144
Voir la fiche →