Palais de Justice de Paris
Sur cette île de la Cité plantée au cœur de Paris, le Palais de Justice cumule deux millénaires d'histoire politique et judiciaire. Tout commence en 358, quand le général Julien — futur « l'Apostat » — installe ses quartiers dans le palais romain de Lutèce. C'est là que ses soldats le proclament empereur en 360, et que son médecin Oribase rédige la première œuvre jamais publiée à Lutèce, une encyclopédie médicale consultée jusqu'au XVIIIe siècle. Les rois capétiens s'y établissent ensuite, de Robert II le Pieux à Charles V le Sage : pendant près de quatre siècles, c'est le cœur battant du royaume. Philippe IV le Bel y fait construire la somptueuse salle des gens d'armes — future salle des Pas Perdus — entre 1301 et 1622.
Le Palais connaît ses heures de violence et d'infamie. En 1358, les hommes d'Étienne Marcel y massacrent les conseillers du dauphin. En 1618, un incendie suspect ravage l'édifice entier — allumé, dit-on, pour faire disparaître les pièces du procès Ravaillac. La Révolution en fait ensuite la scène de ses drames les plus sombres : le Tribunal révolutionnaire, présidé par l'implacable Fouquier-Tinville, y prononce 2 747 condamnations à mort. Charlotte Corday, Marie-Antoinette, les hébertistes — tous défilent dans ces salles avant la guillotine. Le pilori dressé face à ses grilles accueille encore en 1826 la dernière flétrissure publique de Paris.
Au XIXe siècle, le Palais reste un champ de bataille politique. Blanqui y est jugé en 1832 au procès des Quinze, puis ses compagnons de la Société des Saisons s'en emparent brièvement lors de l'insurrection de 1839. Lieu de toutes les souverainetés — royale, révolutionnaire, républicaine —, il incarne mieux que tout autre édifice la continuité tumultueuse du pouvoir français.
Noms successifs du lieu
- 358 — 996 Palais romain, résidence de Julien puis siège du pouvoir mérovingien et carolingien
- 996 — 1360 Palais des rois de France (Capétiens)
- 1360 — 1618 Palais de Justice (Parlement de Paris) — avant l'incendie de 1618
- 1618 — 1792 Palais de Justice reconstruit, siège du Parlement de Paris
- 1792 — 1795 Siège du Tribunal révolutionnaire pendant la Terreur
- XIXe siècle — aujourd'hui Palais de Justice, siège des juridictions parisiennes
Toponymie — boulevard du Palais
Événements à cette adresse
72 événements · 358 — 1970Il a été l'une des voix de Mai 68 ; deux ans plus tard, l'État le juge non pour ce qu'il a fait mais pour ce qu'il appartient, et Sartre publie les minutes du procès.
Alain Geismar a trente et un ans en 1970. Physicien, maître-assistant à la faculté des sciences de Paris, il a été en mai 1968 secrétaire général du Syndicat national de l'enseignement supérieur, l'un des trois dirigeants avec Cohn-Bendit et Sauvageot que la presse a désignés comme les meneurs du mouvement.
Après le reflux de Mai, il rompt avec le syndicalisme et rejoint la Gauche prolétarienne, organisation maoïste fondée en 1968 par Benny Lévy, qui prône l'établissement des militants en usine, l'action directe et la "résistance populaire" contre l'État qualifié de fasciste. La GP publie La Cause du peuple.
Le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin, spécialiste de la répression des mouvements gauchistes, fait dissoudre la Gauche prolétarienne en mai 1970 en application de la loi de 1936 sur les ligues. Les directeurs successifs de La Cause du peuple sont arrêtés. Jean-Paul Sartre en prend alors la direction, calculant que le gouvernement n'osera pas emprisonner l'auteur de La Nausée. Le calcul est juste : Sartre vend le journal dans la rue sans être inquiété, tandis que des militants anonymes sont condamnés.
Geismar est arrêté en juin 1970. Le procès se tient les 20, 21 et 22 octobre 1970 au Palais de Justice. Le chef d'accusation est la reconstitution de ligue dissoute. Il est condamné le 20 octobre à dix-huit mois de prison, puis de nouveau le 24 novembre devant la Cour de sûreté de l'État à deux ans. Il subira quatre procès entre septembre 1970 et mai 1971.
Sa défense est un manifeste politique. Ses déclarations sont publiées chez Maspero sous les titres "Pourquoi nous combattons" et "Le Prix de la liberté." Sartre préface les minutes du procès.
Geismar quittera la politique révolutionnaire après la dissolution de la GP en 1973. Il deviendra inspecteur général de l'Éducation nationale, puis directeur de l'enseignement scolaire sous le gouvernement Jospin.
Vingt-quatre prévenus, dont des Français ordinaires qui transportaient l'argent du FLN dans des valises : le procès devient la tribune où la France entend qu'on peut refuser cette guerre.
Le réseau Jeanson a été fondé en 1957 par Francis Jeanson, philosophe, ancien compagnon de Sartre et des Temps modernes. Sa fonction est logistique : transporter les fonds collectés par le FLN auprès des travailleurs algériens de la métropole, héberger des militants clandestins, fabriquer des faux papiers, faire passer les frontières. On les appelle les "porteurs de valises." Ce sont des intellectuels, des étudiants, des prêtres, des employés, des femmes au foyer. Ils agissent par conviction anticolonialiste, contre l'opinion majoritaire de leur pays et contre la loi.
Le procès s'ouvre le 5 septembre 1960 devant le tribunal permanent des forces armées de Paris, boulevard du Palais, pour "atteinte à la sécurité extérieure de l'État." Vingt-quatre inculpés : six Algériens et dix-huit Français, de vingt-deux à cinquante-neuf ans. Cinq métropolitains sont en fuite, dont Jeanson lui-même, qui donne une conférence de presse clandestine pendant que son procès se tient.
Le lendemain de l'ouverture, Jérôme Lindon publie aux Éditions de Minuit la "Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie," dite Manifeste des 121. Sartre, Beauvoir, Duras, Blanchot, Nadeau, Vercors, Simone Signoret et cent quinze autres affirment le droit de refuser de prendre les armes contre le peuple algérien et le droit d'aider ceux qui le combattent. Les signataires sont poursuivis, interdits d'antenne, révoqués de la fonction publique.
Le procès devient une tribune. La défense, conduite notamment par Roland Dumas et Jacques Vergès, appelle à la barre des témoins qui transforment l'audience en réquisitoire contre la torture et la guerre coloniale. Sartre envoie une lettre lue à l'audience.
Le 1er octobre 1960, le verdict tombe : quatorze condamnations à dix ans de prison, dont quatre par contumace ; plusieurs acquittements. La guerre d'Algérie durera encore dix-huit mois. Les accords d'Évian seront signés en mars 1962. Les condamnés seront amnistiés.
Il fallait un procès pour que cent vingt et un Français signent en public qu'ils soutenaient ceux que le gouvernement poursuivait.
Le 5 septembre 1960, le tribunal permanent des forces armées de Paris ouvre le procès du réseau Jeanson pour "atteinte à la sécurité extérieure de l'État". Sont inculpés six Algériens et dix-huit Français, âgés de vingt-deux à cinquante-neuf ans, qui avaient fourni au FLN des soutiens logistiques : transport de fonds, hébergement de militants recherchés, faux papiers. Cinq "métropolitains" sont en fuite à l'ouverture des débats. Francis Jeanson, le chef du réseau et ancien collaborateur de Sartre, est lui aussi absent.
Le réseau Jeanson avait fonctionné depuis 1957 : des militants français, souvent de formation catholique ou marxiste, avaient décidé que la guerre d'Algérie était une guerre coloniale injuste et que leur solidarité avec le peuple algérien en lutte primait sur leur obéissance à la loi française. "Porter des valises" était l'expression qui désignait le transport de fonds du FLN à travers Paris ou vers la Suisse. C'était un acte illégal, lourd de peines, qui demandait une conviction profonde et une certaine forme de courage.
Le lendemain de l'ouverture du procès, le 6 septembre 1960, la revue "Vérité-Liberté" publie ce qui restera sous le nom de "Manifeste des 121" : "Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie", rédigée par Dionys Mascolo et Maurice Blanchot, signée par cent vingt et un intellectuels, universitaires et artistes dont Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Michel Leiris et Vercors. Le texte affirme explicitement que les soldats français ont le droit de refuser de combattre en Algérie et que les citoyens ont le droit de soutenir ceux qui résistent à cette guerre.
La réaction du gouvernement de Gaulle est immédiate : les signataires fonctionnaires sont menacés de révocation, les émissions de radio et de télévision leur sont interdites, des poursuites sont envisagées. Les inculpés du procès Jeanson seront condamnés en octobre à des peines allant de dix ans de prison à des peines plus légères.
Le Manifeste des 121 fut le moment où la résistance intellectuelle à la guerre d'Algérie cessa d'être discrète pour devenir publique et revendicatrice. Dans la tradition de "J'accuse" de Zola, il affirmait que la conscience individuelle peut se dresser contre l'État quand cet État commet une injustice.
Il avait été convenu, entre juristes liés à la Résistance, qu'il serait bon que l'un d'eux assume ce geste ouvertement ; et que si un seul devait le faire, ce serait Paul Didier.
Le 2 septembre 1941, les magistrats du tribunal de la Seine se réunissent au Palais de Justice, 4 boulevard du Palais, pour prêter serment de fidélité à la personne du maréchal Pétain. La cérémonie est organisée en application de l'acte constitutionnel n°9 du 14 août 1941, par lequel le gouvernement de Vichy exige de l'ensemble des magistrats français un engagement personnel envers le chef de l'État. Un seul refuse : Paul Didier. Il se lève, dit non, et attend les conséquences.
Le régime de Vichy avait, depuis juin 1940, travaillé méthodiquement à plier les institutions républicaines à sa logique. La magistrature, corps traditionnel dont l'indépendance était en principe garantie par le statut de la magistrature, avait résisté moins qu'on ne pouvait l'espérer. Le garde des Sceaux Joseph Barthélemy, juriste distingué passé au service du maréchal, supervisait cette mise au pas. L'acte constitutionnel n°9 était l'instrument choisi : en prêtant serment à la personne de Pétain, chaque magistrat contractait une obligation personnelle qui le plaçait dans une relation de subordination politique directe au chef de l'État, brisant en principe l'idéal de neutralité de la fonction judiciaire.
Les juristes proches de la Résistance avaient débattu de la conduite à tenir. La réponse collective avait été prudente : "Gardez-vous bien de démissionner en masse", disaient certains, car vider les tribunaux de leurs magistrats républicains reviendrait à les livrer encore plus sûrement aux hommes de Vichy. Mais il avait été jugé souhaitable que l'un d'eux assume publiquement le refus, pour que la mémoire du non reste possible. Paul Didier avait décidé que, s'il ne devait y en avoir qu'un, il serait celui-là.
Le surlendemain, 4 septembre, le garde des Sceaux Barthélemy le suspend. Il est révoqué, puis arrêté le 6 septembre sur ordre du ministre de l'Intérieur et envoyé au camp d'internement de Châteaubriant.
La solitude de Paul Didier dans cette salle du Palais de Justice dit tout sur l'état de la magistrature française sous l'Occupation. Ce n'est pas l'histoire d'un lâche collectif : c'est celle d'une institution qui avait choisi, consciemment ou par inertie, de fonctionner dans le cadre du régime. Les tribunaux continuèrent à siéger, à appliquer les lois de Vichy, à juger des résistants, à enregistrer les statuts des juifs. Le serment du 2 septembre 1941 n'était pas le début de cette collaboration judiciaire, mais il en était la formalisation publique.
Le 23 août 1927, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti sont exécutés sur la chaise électrique dans la prison de Charlestown, Massachusetts. Condamnés en 1921 pour un meurtre et un vol à main armée, leur appartenance anarchiste et leur nationalité italienne avaient pesé plus que les preuves. Pendant sept ans, leur cause avait mobilisé l'opinion internationale: intellectuels, syndicats, partis de gauche, Einstein, Anatole France, avaient demandé leur grâce. La demande n'avait pas été entendue.
À Paris, la nouvelle de l'exécution provoque des manifestations de rue. Le Parti communiste français organise des rassemblements, des meetings, des appels à la solidarité. La police charge; des affrontements ont lieu. Le gouvernement de Poincaré, soucieux de l'ordre, décide d'agir judiciairement.
Le 12 septembre 1927, huit dirigeants du PCF comparaissent devant la 12e chambre correctionnelle du Palais de Justice pour incitation à attroupement armé et provocation à la rébellion. Parmi eux: Jacques Duclos, trente ans, qui sera pendant quarante ans l'un des visages les plus reconnaissables du parti; André Marty, futur responsable sanguinaire des opérations des Brigades internationales en Espagne; Henri Barbé et André Ferrat, figures du secrétariat.
Ils reçoivent des peines allant de quelques mois à un an d'emprisonnement. Ces condamnations ne les empêcheront pas de continuer leur activité: Duclos sera bientôt député, Marty dirigera la marine loyaliste en Espagne.
L'affaire Sacco et Vanzetti est l'une des premières grandes causes internationales du mouvement ouvrier du XXe siècle: elle a montré qu'une exécution judiciaire peut devenir un événement mondial, mobilisant des millions de personnes à des milliers de kilomètres. Elle a aussi montré que cette mobilisation peut ne servir à rien. Les deux hommes ont été réhabilités à titre posthume par le gouverneur du Massachusetts en 1977, cinquante ans après leur exécution. La 12e chambre du Palais de Justice, elle, avait sanctionné ceux qui avaient dit non.
Quand l'avocat général demanda une suspension d'audience pour se laver les mains, une voix calme s'éleva dans le prétoire : "Depuis Ponce-Pilate, on n'avait pas vu un juge se laver les mains avec tant d'ostentation."
Félix Fénéon avait deux vies. Critique d'art, il avait découvert Seurat, théorisé le néo-impressionnisme, dirigé la Revue blanche, défendu Mallarmé et les symbolistes. Anarchiste, il militait discrètement depuis des années, aidait des camarades, distribuait des textes.
Le 6 août 1894, il comparut devant la Cour d'assises de la Seine, au 4 boulevard du Palais, dans un procès groupant trente inculpés : des écrivains, des journalistes, des militants illégalistes, tous accusés d'association de malfaiteurs en lien avec une série d'attentats anarchistes. C'était le pic de la répression qui avait conduit à l'adoption des lois scélérates : des textes limitant la liberté de la presse et criminalisant la propagande anarchiste. La République voulait frapper fort.
L'accusation se révéla plus difficile que prévu. Fénéon répondit aux questions avec une impassibilité souveraine. Quand l'avocat général Bulot dut quitter la salle pour se laver les mains après avoir ouvert un paquet obscène, Fénéon remarqua, du ton de quelqu'un qui commente un tableau : "Depuis Ponce-Pilate, on n'avait pas vu un juge se laver les mains avec tant d'ostentation."
Défendu par Maître Demange, le même avocat qui défendrait Dreyfus quelques années plus tard, Fénéon fut acquitté, comme la majorité des trente. Trois condamnations seulement.
Il retourna à ses galeries, à ses comptes rendus d'exposition, à ses brèves de journaux. Il vécut jusqu'en 1944, ne publia plus rien de son propre chef, et laissa ses papiers en ordre. L'anarchiste dilettante avait gagné le procès sans jamais sembler s'y intéresser.
La France expose au monde ses machines et ses colonies au Trocadéro, et emprisonne au même moment les ouvriers qui voulaient se réunir avec leurs camarades étrangers.
La loi Dufaure du 14 mars 1872 punit de prison la seule appartenance à l'Association internationale des travailleurs. Votée un an après la Semaine sanglante, elle vise à empêcher toute reconstitution du mouvement ouvrier organisé. Elle restera en vigueur jusqu'en 1901.
En 1878, Paris accueille l'Exposition universelle, inaugurée le 1er mai au palais du Trocadéro. La République conservatrice veut montrer au monde une France relevée de la guerre et de la Commune, moderne, industrielle, coloniale. Des millions de visiteurs affluent, dont des délégations ouvrières étrangères.
Les militants socialistes français saisissent l'occasion. Un congrès ouvrier international a été décidé au congrès de Lyon ; ils entreprennent de le tenir à Paris pendant l'Exposition. Jules Guesde en est le principal organisateur. Ancien journaliste républicain condamné pour avoir soutenu la Commune, exilé en Suisse et en Italie où il a rencontré les internationalistes, rentré en France en 1876, il est en train de devenir l'introducteur du marxisme en France.
Le gouvernement interdit le congrès. Les organisateurs passent outre. La police intervient et procède aux arrestations.
Le 22 octobre 1878, Jules Guesde, Gabriel Deville, Eugène Fournière, John Labusquière et trente-cinq autres comparaissent devant la dixième chambre correctionnelle du Palais de Justice. Guesde assure lui-même la défense, transformant le prétoire en tribune. Ses plaidoiries, publiées ensuite, contribuent à faire connaître le socialisme collectiviste bien au-delà des cercles militants.
Les condamnations sont prononcées. Elles n'empêchent rien. L'année suivante, le congrès de Marseille adopte le collectivisme. En 1880, Guesde et Paul Lafargue, gendre de Marx, rédigent avec Marx lui-même le programme du Parti ouvrier français. L'amnistie complète des communards est votée la même année.
Le 14 novembre 1868, à la sixième chambre du tribunal correctionnel, l’avocat de Delescluze transforme une affaire de souscription en procès du 2 Décembre. Le jugement tombe le jour même.
Ils sont huit prévenus. Delescluze, du Réveil ; Charles Quentin ; Peyrat, de L’Avenir national ; Challemel-Lacour, de la Revue politique ; les deux Gaillard, le cordonnier de Belleville et son fils ; Abel Peyrouton ; le gérant de La Tribune, jugé par défaut parce que son avocat, Jules Favre, plaide ce jour-là à Nîmes. On les poursuit pour « manœuvres à l’intérieur » : ils ont honoré la tombe de Baudin et ouvert une souscription pour lui élever un monument. La veille, Crémieux a plaidé. Le 14, c’est Emmanuel Arago, puis Gambetta, trente ans, inconnu. « Où étaient, le 2 décembre, M. Thiers, M. de Rémusat, M. Dupont de l’Eure, tous les honnêtes gens ? À Mazas ! à Vincennes ! » Le président essaie l’ironie : « Me Gambetta, mesurez vos forces, vous n’irez pas jusqu’au bout. » Il va jusqu’au bout. Delescluze prend six mois de prison et 2 000 francs d’amende, les autres des amendes. L’affaire entière, de la tombe retrouvée au cimetière Montmartre jusqu’au monument, est racontée au 2 novembre.
Condamnation des membres de la première Commission de l'Association Internationale des Travailleurs ; dissolution de la Première Internationale, l'A.I.T.
Le 20 mars 1868, le tribunal correctionnel du Palais de Justice condamne les dirigeants de la commission parisienne de l'Association Internationale des Travailleurs. Tolain, Chemalé, Héligon et leurs camarades écopent d'amendes et de peines de prison. La section française de l'AIT est dissoute.
C'est le troisième procès intenté à l'Internationale en France depuis sa fondation à Londres en 1864. Napoléon III ne s'y était d'abord pas trompé — une organisation ouvrière internationale, structurée, capable de coordonner des grèves et de diffuser des idées socialistes à travers les frontières, représentait une menace d'un genre nouveau. Les deux premiers procès, en 1866 et 1867, n'avaient pas suffi à briser l'organisation. Celui-ci est plus sévère.
Mais la répression produit l'effet inverse de celui escompté. Les condamnés deviennent des figures du mouvement ouvrier. Tolain, ciseleur sur métaux, sera élu à l'Assemblée nationale en 1871 — avant de voter contre la Commune et d'en être exclu. Héligon continuera le combat syndical. Et l'Internationale, malgré la dissolution de sa section française, poursuit son activité clandestine jusqu'à la Commune, où plusieurs de ses membres — Varlin, Frankel, Malon — joueront un rôle central.
Napoléon III avait voulu étouffer l'organisation dans l'œuf. Il lui avait surtout offert trois procès retentissants.
Le 17 septembre 1793, la Convention vote en une heure la loi qui transforme la peur en droit et le soupçon en condamnation.
L'été 1793 est mauvais. La Coalition presse aux frontières. La Vendée tient. Lyon s'est soulevée, Toulon a ouvert ses portes à l'Angleterre. À Paris, Charlotte Corday a assassiné Marat dans sa baignoire en juillet. Les sections sans-culottes réclament depuis des semaines une répression organisée contre les ennemis intérieurs : nobles, prêtres réfractaires, suspects de fédéralisme, parents d'émigrés. La Terreur s'installe dans les faits avant d'exister en droit.
Le 17 septembre, la Convention nationale vote la loi des suspects. Le texte, court et redoutable, définit en six catégories les personnes susceptibles d'arrestation sans mandat judiciaire, sans chef d'accusation précis, sans délai fixé pour la comparution. Sont suspects : ceux qui ont montré par leur conduite ou leurs propos qu'ils sont partisans de la tyrannie ; ceux à qui un certificat de civisme a été refusé ; les fonctionnaires suspendus ou destitués ; les nobles et les membres de leur famille qui n'ont pas constamment démontré leur attachement à la Révolution ; enfin ceux qui ont émigré entre le 1er juillet 1789 et le 8 avril 1792.
La définition est volontairement poreuse. Elle fait du soupçon une catégorie juridique autonome et confie aux comités de surveillance locaux le pouvoir d'arrêter qui ils jugent bon. En quelques semaines, les prisons de Paris et de province se remplissent. On estime que jusqu'à 300 000 personnes furent arrêtées sous l'empire de cette loi avant Thermidor.
Le Tribunal révolutionnaire, animé par le procureur public Fouquier-Tinville, dispose désormais d'un flux ininterrompu de prévenus. Depuis sa réorganisation en mars 1793 jusqu'à thermidor an II, il prononcera 2 747 condamnations à mort. La loi sera aggravée le 10 juin 1794 par la loi de prairial, qui supprime l'assistance d'un défenseur et ne laisse aux jurés que deux verdicts possibles : l'acquittement ou la mort.
La loi des suspects reste dans les mémoires comme l'instrument juridique de la Grande Terreur. Elle marque le point où une révolution, confrontée à la guerre extérieure et à la guerre civile, renverse la présomption d'innocence que la Déclaration de 1789 venait de poser comme principe fondamental. Cette torsion, les révolutionnaires ultérieurs, Marx et Trotski au premier rang, auront à en examiner longuement les causes et les leçons.
Elle avait réclamé pour les femmes le droit de monter à la Tribune ; la Révolution lui accorda celui de monter sur l'échafaud.
Olympe de Gouges — née Marie Gouze à Montauban en 1748, venue à Paris dans les années 1770, dramaturge et pamphlétaire — avait répondu en 1791 à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen par sa propre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Elle adressait ce texte à Marie-Antoinette et y proclamait que « la femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits ». L'Assemblée n'en fit rien.
Elle continua d'écrire, de plus en plus dangereusement. Sympathisante des Girondins, elle proposa en 1793 un référendum sur la forme du gouvernement — royauté, fédéralisme ou régime unitaire. En pleine Terreur, c'était un texte séditieux.
Le 20 juillet 1793, on l'arrête devant les grilles du Palais de Justice, boulevard du Palais. Elle est conduite à l'Abbaye puis à la Conciergerie. Le 2 novembre 1793, le Tribunal révolutionnaire la juge. Elle n'a pas l'assistance d'un avocat. Le 3 novembre, elle est guillotinée place de la Révolution.
Elle tenta à l'audience de plaider sa grossesse pour retarder l'exécution. Le tribunal n'en tint pas compte.
Son texte fut ignoré pendant près de deux siècles, redécouvert dans les années 1970 par les historien·nes du féminisme. La Révolution qui la guillotina lui éleva finalement des statues. Reste sa formule, écrite deux ans avant son arrestation : « La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également le droit de monter à la Tribune. »
Elle avait mis quatre jours pour aller de la chambre de Marat à la salle du Tribunal révolutionnaire.
Marat a été tué le 13 juillet dans sa baignoire de la rue des Cordeliers. Charlotte Corday a été arrêtée sur place, menée à l'Abbaye puis à la Conciergerie. Quatre jours plus tard — le 17 juillet 1793 — elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, dans la Grand'Chambre du Palais de Justice.
L'audience est brève. Antoine Fouquier-Tinville, accusateur public, requiert la mort. Corday est accusée d'avoir tué un représentant du peuple. Elle ne nie rien. Ses réponses sont sèches, précises, sans rhétorique inutile. On lui demande si elle regrette. Elle répond qu'elle a tué un homme pour en épargner cent mille. Elle a vingt-quatre ans.
La condamnation tombe : mort. Elle sera exécutée le jour même.
Elle était venue de Caen, où les Girondins chassés de la Convention avaient trouvé refuge. Elle les avait entendus dénoncer Marat comme le moteur d'une Terreur sans fin. En tuant l'Ami du peuple, elle pensait arrêter la machine. C'est l'inverse qui se produisit : la mort de Marat fit de lui un martyr, accéléra la Terreur, et précipita vers l'échafaud, dans les mois suivants, les Girondins qu'elle avait voulu défendre.
On l'habille de la chemise rouge des assassins et des parricides. Elle monte en charrette, traverse Paris. Sur l'échafaud de la place de la Révolution, Sanson l'exécute.
Ce qui se passe ensuite fait scandale : un certain Legros, saisit la tête coupée et la gifle devant la foule. Sifflets, protestations. La Révolution avait condamné Charlotte Corday à mort ; elle n'avait pas prévu qu'on l'humilierait après. Legros fut réprimandé.
Jean-Jacques Hauer avait eu l'autorisation de la portraiturer à la Conciergerie, trois jours avant son procès. Sur le tableau — conservé au château de Versailles —, elle est calme, le regard de côté. On ne sait pas si c'est la vérité ou ce qu'elle voulait que les générations retiennent.
La Convention avait voulu l'abattre. Le Tribunal le renvoie libre. Le peuple le porte sur ses épaules — couronné de lauriers, comme un César des faubourgs.
Le 24 avril 1793, Jean-Paul Marat entre dans la Grand'Chambre du Palais de Justice, reconvertie en Salle de la Liberté depuis que le Tribunal révolutionnaire y siège. Il est accusé d'incitation au meurtre, au pillage et à la dissolution de la Convention nationale. Onze jours plus tôt, le 13 avril, les Girondins ont obtenu son décret d'accusation — leur coup le plus audacieux contre la Montagne. Marat s'est d'abord caché, puis s'est constitué prisonnier la veille, le 23. Il se présente devant ses juges avec le calme de celui qui sait que le vent souffle dans son dos.
Le procès est expédié. Fouquier-Tinville, l'accusateur public, ne charge pas. Les juges acquittent à l'unanimité. La salle éclate. Les tribunes, remplies de sans-culottes, envahissent le prétoire. On hisse Marat sur un fauteuil, on le couronne de lauriers, on le porte sur les épaules à travers les rues de la Cité jusqu'aux Tuileries, où siège la Convention.
La Gironde piégée L'acquittement de Marat est un désastre pour les Girondins. En demandant sa mise en accusation, ils pensaient l'éliminer de la scène politique — ils l'ont au contraire transformé en martyr vivant. Le cortège triomphal qui traverse Paris ce 24 avril est une démonstration de force des sections populaires : les faubourgs montrent à la Convention qui tient la rue.
Marat entre dans la salle des séances porté par la foule, couronné, acclamé. Les Montagnards applaudissent. Les Girondins se taisent. Le président de séance est contraint de saluer l'acquitté. La scène est d'une violence symbolique considérable : un homme que l'Assemblée a décrété d'accusation y revient en triomphateur, porté par le peuple souverain par-dessus la tête des législateurs.
Six semaines plus tard, le 2 juin, les sections parisiennes encerclent la Convention et obtiennent l'arrestation de vingt-neuf députés girondins. Le triomphe de Marat en était la répétition générale.
Marat lui-même ne profitera pas longtemps de sa victoire. Le 13 juillet, Charlotte Corday le poignarde dans sa baignoire, rue des Cordeliers. Mais le 24 avril reste l'un des moments les plus théâtraux de la Révolution — le jour où la souveraineté populaire s'est imposée physiquement dans l'enceinte de la représentation nationale.

Dans la nuit du 13 au 14 mars 1794, le Comité de salut public frappe vite et fort. Hébert, Ronsin, Vincent, Momoro sont arrêtés. Le lendemain, leur mise en accusation est annoncée depuis la Grand'Chambre du Palais de Justice, 4 boulevard du Palais — là même où siège le Tribunal révolutionnaire.
Dix jours plus tôt, au club des Cordeliers, l'insurrection avait été proclamée. Le tableau de la Déclaration des droits de l'homme voilé d'un crêpe noir, Ronsin réclamait le renversement des « endormeurs » — Robespierre en tête. Mais Paris n'avait pas bougé. La Commune n'avait pas suivi. Les Comités, qui attendaient ce faux pas, avaient saisi l'occasion.
L'acte d'accusation rédigé par Fouquier-Tinville est un chef-d'œuvre d'amalgame. Aux chefs cordeliers — imprimeur Momoro, général Ronsin, secrétaire Vincent, pamphlétaire Hébert — on adjoint des militants de sections parisiennes (Ancard, Ducroquet, Descombes, Mazuel) et des étrangers suspects de liens avec l'ennemi : le baron prussien Anacharsis Cloots, « orateur du genre humain », le banquier hollandais de Kock. Vingt accusés au total, présentés comme les agents d'un « complot de l'étranger » ourdi par Pitt et les puissances coalisées.
Le procès s'ouvre le 21 mars. Il dure quatre jours. Le 24, à 17h30, trois charrettes traversent Paris vers la place de la Révolution. Hébert, dit-on, hurle et doit être traîné à l'échafaud — lui qui réclamait si souvent que les têtes tombent. La foule se moque. Dix jours plus tard, Danton suivra le même chemin.
Dans la salle où siégeait le Parlement de Paris, la Révolution installe sa propre justice et commence à juger.
Le 17 août 1792, sept jours après la prise des Tuileries et l'arrestation de Louis XVI, l'Assemblée législative décrète la création d'un Tribunal criminel extraordinaire. Il siégera dans la Grand'Chambre du Palais de Justice (4 boulevard du Palais, 1er arrondissement), rebaptisée salle de la Liberté. Sa mission : juger, sans appel ni cassation, les auteurs des « crimes » du 10 août et tous les complices du complot royal.
Ce tribunal n'est pas encore celui que la mémoire désigne sous le nom de Tribunal révolutionnaire. C'est son prédécesseur, plus éphémère. Il juge soixante et un cas, prononce vingt-deux condamnations à mort et est supprimé le 29 novembre 1792, au moment où la Convention s'apprête à mettre le roi lui-même en jugement : une juridiction d'exception ne peut instruire le procès d'un monarque.
La solution est provisoire. Le 10 mars 1793, la Convention décrète un nouveau tribunal du même type, désormais institution permanente : le Tribunal révolutionnaire. Il s'installe dans la même salle. Antoine Quentin Fouquier-Tinville en est nommé accusateur public. Entre 1793 et 1795, le Tribunal révolutionnaire prononcera deux mille six cent trente-neuf condamnations à mort à Paris.
Les noms qui ont traversé cette salle forment un inventaire vertigineux : Charlotte Corday, jugée en quatre jours en juillet 1793 ; Jeanne Marie Roland, girondine, qui monte sur l'échafaud en novembre 1793 ; Marie-Antoinette, jugée les 14 et 15 octobre 1793 et guillotinée le lendemain ; les Dantonistes en avril 1794 ; les Hébertistes en mars ; puis, retournement du mécanisme contre ses propres créateurs, les Robespierristes en thermidor. Fouquier-Tinville lui-même sera guillotiné en mai 1795.
Le Tribunal révolutionnaire est supprimé le 31 mai 1795. La salle reprend son usage ordinaire, devient la 1ère Chambre civile de la Cour d'appel. Elle existe toujours.
Le Club de la Sainte-Chapelle était un groupe politique constitué en 1791 par des membres modérés de l’Assemblée électorale de Paris, lors de la Révolution française. Le club tint ses réunions dans la Sainte-Chapelle, un édifice gothique situé sur l’île de la Cité, au 4 boulevard du Palais. Modérément royalistes ou proches des Feuillants, ses membres se distinguaient des factions plus radicales actives ailleurs à Paris à la même époque. Parmi eux se trouvaient l’avocat Jacques Delavigne, président du club, et le poète Jean-Antoine Roucher.
La transformation de la Sainte-Chapelle en lieu de réunion politique intervient dans un contexte de sécularisation des édifices religieux par la Révolution. À partir de 1790, la chapelle, vidée de ses reliques et de son mobilier liturgique, cesse tout usage religieux et accueille le club électoral à huis clos. Le club exerça une influence notable sur l’élection des députés parisiens, mais son orientation modérée lui valut rapidement d’être perçu comme « anticivique » ; en 1792, avoir participé aux réunions de la Sainte-Chapelle constitua un motif d’exclusion de l’Assemblée électorale.
L'épisode du Club de la Sainte-Chapelle s’inscrit dans un moment de transition pour le monument. Par la suite, la chapelle servira de dépôt d’archives avant d’être restaurée au XIXᵉ siècle.
Le Palais de Justice est entièrement détruit par un incendie allumé pour détruire les pièces judiciaires de l'attentat de Ravaillac.
Vers deux heures du matin, une sentinelle de garde au Louvre aperçoit de l'autre côté de la Seine « comme un cercle de feu » sur la toiture du Palais de Justice. Le temps de donner l'alerte, les combles de la Grand-Salle, en bois sec depuis des siècles, flambent déjà comme de l'amadou. Attisé par un violent vent du sud, l'incendie dévore en quelques heures la salle des Enquêtes, le greffe du Trésor, le parquet des huissiers et la tourelle de la Conciergerie. Les ardoises s'envolent jusqu'au quartier Saint-Eustache.
Au matin, la Grand-Salle — halle monumentale de soixante-trois mètres de long érigée sous Philippe le Bel, ornée des statues de tous les rois de France — n'est plus qu'un champ de ruines. La table de marbre noir où festoyaient les souverains est réduite en fragments. Louis XIII lui-même s'est levé en robe de chambre pour regarder le désastre depuis la galerie du Louvre.
La cause officielle ? Un bout de flambeau oublié par la chambrière du concierge sur le banc d'une échoppe. Mais Paris murmure autre chose. Huit ans plus tôt, en 1610, François Ravaillac avait assassiné Henri IV. Son procès, instruit en ce même Palais, avait révélé des complicités que beaucoup de grands personnages auraient préféré voir disparaître. Les pièces du dossier dormaient au greffe. Coïncidence troublante : l'incendie les a consumées.
Les historiens contemporains de l'événement sont prudents, la plupart imputant le sinistre au hasard. Mais l'opinion, elle, avait tranché. Et le doute, trois siècles plus tard, n'a jamais tout à fait disparu.
La Grand-Salle sera reconstruite en pierre par Salomon de Brosse et rouverte dès 1622 — elle deviendra l'actuelle salle des Pas Perdus.
« Sire, ne vous ébahissez pas des choses que vous allez voir » : le prévôt des marchands vient d’entrer dans la chambre du dauphin.
Au début de 1358, le royaume est à la dérive. Le roi Jean le Bon est prisonnier des Anglais depuis la défaite de Poitiers, et son fils, le dauphin Charles, gouverne à sa place, sans prestige ni expérience. Face à lui se dresse le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel, qui veut une monarchie contrôlée par les états généraux : c’est l’objet de la grande ordonnance de 1357, dont le roi captif a interdit l’application. La nouvelle que Jean le Bon a accepté, par le premier traité de Londres, de céder la moitié du royaume à l’Angleterre achève d’échauffer les esprits.
Le 22 février, Marcel convoque trois mille Parisiens en armes. Aux abords du palais, la foule surprend Regnault d’Acy, l’un des négociateurs du traité : il se réfugie dans une pâtisserie, où on l’égorge. Puis elle envahit le palais de la Cité, la résidence du dauphin. Marcel, qui en connaît le chemin, monte avec ses partisans jusqu’à la chambre du prince. Deux fidèles se tiennent à ses côtés, le maréchal de Champagne Jean de Conflans et le maréchal de Normandie Robert de Clermont. Ils sont tués sous ses yeux ; leur sang éclabousse le dauphin, qui se croit perdu.
Vient alors le geste resté célèbre. Marcel oblige le prince à coiffer le chaperon rouge et bleu des émeutiers, aux couleurs de Paris, et prend pour lui le chapeau princier. L’humiliation est publique ; elle vaut aussi sauf-conduit, car sous ces couleurs le dauphin n’a plus rien à craindre de la foule. Sur la place de Grève, le prévôt justifie les meurtres : les maréchaux étaient des « traîtres du royaume ». Le dauphin doit ratifier la mort de ses conseillers et renouveler l’ordonnance de 1357.
En l’épargnant, Marcel croyait tenir un prince facile à manœuvrer : c’est une lourde erreur. Quelques semaines plus tard, le dauphin quitte Paris et entreprend d’en couper les accès. Le 31 juillet 1358, à la porte Saint-Antoine, Étienne Marcel est massacré par des Parisiens que Jean Maillart a rameutés pour le régent. Devenu Charles V, le dauphin n’oubliera pas cette journée : il fera élever la Bastille, qui protège l’hôtel Saint-Pol, sa résidence favorite, et couvre la route de Vincennes.
Du palais des rois capétiens subsistent la Conciergerie et la Sainte-Chapelle, enclavées dans le Palais de justice. Étienne Marcel a sa statue équestre au bord de la Seine, dans les jardins de l’Hôtel de Ville, depuis le 14 juillet 1888.
Ses soldats refusent de partir pour l’Orient et font de leur général un empereur. La scène se passe à Lutèce, où Julien aime passer l’hiver.
À l’été 355, Julien, neveu de Constantin, étudie la philosophie à Athènes. Quelques mois plus tard, son cousin l’empereur Constance II le rappelle à Milan, lui fait raser sa barbe de philosophe, l’habille d’un manteau militaire — il se trouve lui-même « l’aspect d’un soldat ridicule » — et, le 6 novembre, le fait César. Sa mission : la Gaule, où, sur le Rhin, Alamans et Francs passent la frontière presque à leur guise. Le jeune homme n’a jamais commandé ; en quelques campagnes, il repousse les envahisseurs, franchit le fleuve et impose des traités aux vaincus.
À partir de 357, il prend ses quartiers d’hiver à Lutèce, chef-lieu de la cité des Parisii. Depuis les invasions du IIIe siècle, la ville s’est repliée dans l’île de la Cité, ceinte d’un rempart. À la pointe occidentale de l’île, un vaste palatium d’environ un hectare abrite le tribunal du prétoire : c’est là que réside le César, sur le site de l’actuel Palais de justice. La Seine entoure l’île comme un fossé naturel, les légions s’y rassemblent, le Rhin n’est pas trop loin. Julien s’attache à la ville. Un hiver où le fleuve gèle, lui qui veut s’endurcir consent pour une fois à faire mettre un brasero dans sa chambre, et manque d’être asphyxié. Plus tard, dans le Misopogon, il évoquera sa « chère Lutèce » et ses eaux claires.
En 360, Constance II, qui a besoin de troupes sur le Danube et contre les Perses, et qui se méfie du prestige acquis par son cousin, lui réclame le meilleur de son armée : les auxiliaires palatins — Hérules, Bataves, Pétulants, Celtes — et trois cents hommes pris dans ses autres unités. Les chefs des Pétulants refusent d’obéir. À Lutèce, la mutinerie tourne à la proclamation : les soldats saluent Julien du titre d’Auguste, c’est-à-dire d’empereur. Il accepte, et se met ainsi dans la situation, fréquente dans l’Empire, de l’usurpateur.

Constance II ne l’entend pas ainsi : malgré les appels de Julien à négocier, il conduit des troupes vers l’Occident. La guerre civile n’aura pas lieu. L’empereur meurt en chemin, en novembre 361, et désigne sur son lit de mort ce cousin rebelle, dernier descendant de la dynastie. Seul maître de l’Empire, Julien promulgue un édit de tolérance qui abolit les mesures prises contre les cultes des anciens dieux, dont il est un fidèle : la tradition chrétienne le surnommera l’Apostat. Il meurt le 26 juin 363, en Perse, au cours de la grande expédition qu’il avait préparée depuis Antioche.
Le palatium de la Cité n’a pas disparu avec lui : Valentinien Ier y réside quelques années plus tard, puis les rois francs s’y installent, ponctuellement sous les Mérovingiens, pour de bon sous les Capétiens. Le palais des rois est devenu le Palais de justice. Et dans le 14e arrondissement, près des vestiges de l’aqueduc de Lutèce mis au jour en 1996, une rue de l’Empereur-Julien perpétue son souvenir.
Aujourd'hui
Le Palais de Justice historique occupe toujours l'île de la Cité. Depuis le transfert progressif des tribunaux vers le nouveau palais de justice de Portes de Clichy (inauguré en 2017), le site abrite encore la Cour d'appel de Paris et la Cour de cassation. La Sainte-Chapelle et la Conciergerie, intégrées au même ensemble, sont ouvertes au public comme monuments historiques.