Ce matin-là, la résistance sort de la clandestinité et les barricades commencent à pousser dans les rues.
Le 19 août 1944, Paris attendait depuis des semaines. Les Alliés avaient débarqué en Normandie le 6 juin, traversé la Bretagne, contourné Paris par le sud. Le général von Choltitz tenait encore la ville avec ses garnisons. Le Conseil National de la Résistance (CNR) et le Comité Parisien de Libération (CPL), réunis au 41 rue de Bellechasse, dans le 7e arrondissement, prirent la décision cette nuit : l'insurrection serait déclenchée le matin.
Dès l'aube du 19, la police parisienne, jusqu'alors au service de Vichy, bascula. Des milliers de gardiens de la paix occupèrent la Préfecture de Police (île de la Cité), hissèrent le drapeau tricolore et soutinrent l'assaut des troupes allemandes qui tentèrent de les déloger. Ce fut le premier grand bastion de l'insurrection.
Simultanément, les FFI dressèrent des barricades place Saint-Michel et dans les rues avoisinantes. Des combattants prirent le contrôle de l'Hôtel de Ville. La mairie du 1er arrondissement fut libérée le matin, reprise à midi par les Allemands, libérée à nouveau le soir. Partout dans Paris, les mêmes scènes se répétèrent : bâtiments publics envahis, drapeaux changés, coups de feu dans les couloirs.
Dans son laboratoire au Collège de France (11 place Marcellin Berthelot, 5e arrondissement), Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel de chimie, transformait ses équipements en atelier de fabrication de cocktails Molotov. Henri Rol-Tanguy, chef des FFI d'Île-de-France, avait installé son état-major dans les catacombes, accessible par le 9 rue Schoelcher, dans le 14e arrondissement.
Les Allemands connaissaient l'emplacement du QG souterrain. Ils n'intervinrent pas. Von Choltitz avait reçu l'ordre d'Hitler de détruire Paris. Il ne le donna jamais.
Six jours de combat s'ouvrirent ce 19 août. Paris fut libéré le 25 août 1944, avec l'entrée de la 2e Division Blindée du général Leclerc.