Portrait de Joseph Fouché.
Ses contemporains essayèrent de le cerner toute leur vie sans y parvenir ; l'histoire n'a pas eu plus de chance.
Joseph Fouché est né en 1759, fils d'un maître de bateau breton. Il entra chez les Oratoriens, devint instituteur, puis, quand la Révolution ouvrit d'autres carrières, bascula dans la politique. Conventionnel, il vota la mort du roi. Envoyé en mission à Lyon pour réprimer la rébellion fédéraliste en 1793, il fit fusiller et noyer des centaines de contre-révolutionnaires — bien au-delà des ordres reçus, au point de choquer Robespierre lui-même.
Il survécut à Thermidor — l'un des seuls Jacobins de sa trempe à l'avoir fait. Il négocia, manœuvra, attendit. Nommé ministre de la Police sous le Directoire en juillet 1799, il s'installe au 203 rue Saint-Honoré, où il demeurera jusqu'en 1816. Ce poste, il le gardera sous le Directoire, sous le Consulat, sous l'Empire — avec une interruption de 1810 à 1815, quand Napoléon le disgrâcia pour avoir négocié en secret avec l'Angleterre. Il retrouva son ministère pendant les Cent-Jours, servit la Restauration quelques mois avant d'être exilé comme régicide — il avait voté la mort de Louis XVI seize ans plus tôt.
Il mourut à Trieste en 1820, dans un exil assez confortable. Il avait servi tous les régimes depuis 1793 sans perdre ni ses biens ni sa tête, performance unique dans l'histoire politique française. Stefan Zweig lui consacra en 1929 une biographie restée classique.
La rue Saint-Honoré garde le souvenir de ceux qui l'ont habitée : Robespierre au 398, Fouché au 203. Deux hommes que tout opposait, sauf l'adresse.