Foucault suspend un pendule au bout d'un filin d'acier de 67 m depuis le dôme du Panthéon afin de démontrer la rotation de la Terre. Supprimé après le coup d'État de Badinguet, le pendule ne sera réinstallé qu'en 1995.
Le 31 mars 1851, Léon Foucault suspend au dôme du Panthéon un filin d'acier de 67 mètres au bout duquel oscille une boule de fer de 28 kilogrammes. Il invite le public à observer. Le pendule se met à balancer, régulièrement, inlassablement — et son plan d'oscillation tourne lentement, d'environ 11 degrés par heure. La Terre tourne.
Ce n'était pas une idée nouvelle — Copernic, Galilée, Newton l'avaient établi depuis longtemps. Mais personne n'avait jamais montré la rotation terrestre de façon directe, visible à l'œil nu, sans calcul ni instrument d'astronomie. Foucault en fait une démonstration publique, au cœur de Paris, dans le temple des grands hommes de la République. Le pendule ne ment pas : la trajectoire dévie parce que la Terre se déplace sous lui.
La foule qui entoure le dispositif ce matin-là assiste à quelque chose d'inédit — la preuve physique, mécanique, irréfutable d'un fait que l'humanité avait mis des siècles à accepter.
Le pendule reste au Panthéon jusqu'en décembre 1851. Napoléon III — que Philippe appelait Badinguet, son sobriquet de forçat évadé — fait son coup d'État le 2 décembre, transforme le Panthéon en église Sainte-Geneviève, et supprime le pendule. La religion reprend ses droits sur la science.
Il faut attendre 1995 pour qu'il soit réinstallé. Umberto Eco avait entre-temps écrit Le Pendule de Foucault, roman qui commence précisément ici.