Au bout de la rue Royale, fermant la perspective depuis la place de la Concorde, la Madeleine s'impose comme un temple grec égaré au cœur de Paris. Sa construction, commencée sous Louis XV et plusieurs fois interrompue ou réorientée, couvre près d'un siècle — l'édifice n'est consacré comme église qu'en 1842. Entre-temps, la Révolution le récupère à sa façon : par décret du 2 prairial an III (21 mai 1795), le bâtiment encore inachevé est consacré à la Gloire de l'armée française. Un geste symbolique, dans l'élan des victoires républicaines, qui ne survit guère au changement de régime.
Mais c'est au fil des crises politiques que la Madeleine révèle son vrai visage : celui d'un théâtre du deuil collectif et de la mémoire disputée. En 1792, les Girondins y organisent une cérémonie funèbre en l'honneur de Jacques-Guillaume Simonneau, maire d'Étampes massacré lors d'une émeute frumentaire — tribune politique autant que liturgie, aussitôt attaquée par Robespierre et la Montagne. En février 1848, l'église accueille les funérailles des « Héros de Février », morts de la révolution qui a renversé Louis-Philippe.
Le moment le plus sombre survient en mai 1871, pendant la Semaine sanglante : quelque 300 fédérés communards qui s'étaient réfugiés dans ses caveaux sont massacrés. Le parvis lui-même devient scène de violence en 1894, lorsqu'un anarchiste — voulant venger l'exécution d'Auguste Vaillant — y trouve la mort, tué par sa propre bombe.
- XVIIIe siècle Chantier de l'église Sainte-Marie-Madeleine, construction interrompue et réorientée plusieurs fois
- 21 mai 1795 (2 prairial an III) Temple de la Gloire — consacré à la gloire de l'armée française par décret du Directoire
- 1806 Napoléon ordonne d'en faire un temple dédié à la Grande Armée
- 1842 Consacrée comme église catholique sous le vocable de Sainte-Marie-Madeleine
La Madeleine est aujourd'hui une église paroissiale active, célèbre pour ses concerts et sa façade néoclassique. Elle reste un repère architectural majeur du 8e arrondissement, dont le péristyle de colonnes corinthiennes ferme toujours la perspective de la rue Royale depuis la place de la Concorde.