Élection d'un Comité de direction de la Fédération des artistes de 47 membres

Musée du Louvre (salle des Antiques)

Grande Salle des Antiques du Musée du Louvre, Benoist, Ph. Lithographe, BnF

L'élection au suffrage universel des quarante-sept membres du Comité de la Fédération — Courbet, Corot, Daumier, Manet, Millet réunis sous les statues antiques.

Depuis le 10 avril, les artistes parisiens se concertent. Ils se sont réunis une première fois à l'amphithéâtre de l'École de Médecine, une seconde le 13. Le 14, ils ont proclamé la naissance de la Fédération des artistes de Paris et décidé qu'un comité de direction de quarante-sept membres serait élu au suffrage universel de tous les adhérents. Reste à voter.

Le choix du lieu est un geste. Ce 17 avril, l'assemblée se tient salle des Antiques, au Louvre — dans ce même musée fermé depuis le siège, que la Fédération entend rouvrir au public. S'installer sous les Apollon et les Hermès pour élire la direction d'une organisation artistique républicaine, c'est déjà dire quelque chose : l'art de la Commune ne sera pas dans les salons privés ni dans les académies, mais dans les lieux communs du patrimoine.

Quarante-sept noms sortent des urnes. Des peintres, des sculpteurs, des graveurs, des architectes, des dessinateurs, des lithographes — Courbet préside. Autour de lui, Corot, Daumier, Manet, Millet, Dalou, Pottier, André Gill, Boileau, Lançon. Toute une génération qui avait grandi en marge de l'Académie et qui se retrouve, le temps de quelques semaines, au pouvoir.

Le Comité a une mission pratique : rouvrir les musées, protéger les œuvres, organiser une exposition, publier un journal — l'Officiel des Arts. Il ne fonctionnera que cinq semaines. La Semaine sanglante balaiera tout. Courbet sera arrêté le 7 juin, jugé responsable de la colonne Vendôme renversée le 16 mai, condamné à en payer la reconstruction — 323 091 francs — et mourra en exil à La Tour-de-Peilz le 31 décembre 1877, la veille du paiement de sa première annuité.

Mais le 17 avril au Louvre, sous les regards pétrifiés des dieux antiques, Paris avait ouvert pour un instant une autre voie pour les arts : élus par leurs pairs, responsables devant leurs pairs, au service de tous.

Courbet Gustave Carte de la Fédération des Artistes

Courbet Gustave Carte de la Fédération des Artistes