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27 septembre 1863
Événement

Les fouriéristes fondent le Crédit au Travail, première banque coopérative ouvrière de Paris

Demeure de Jean-Pierre Béluze/Siège de la Société du Crédit au Travail
Les fouriéristes fondent le Crédit au Travail, première banque coopérative ouvrière de Paris
Etienne Cabet (1788-1856) par Auguste Toussaint Leclerc. Musée Carnavalet.

Une banque qui prête aux ouvriers plutôt qu'aux propriétaires : l'idée paraît absurde en 1863, et c'est pourtant sur ce principe que naît le Crédit au Travail.

Le problème est simple et ancien. Les ouvriers qui veulent s'associer en coopératives de production n'ont aucun accès au crédit. Les banques prêtent contre des garanties immobilières que les ouvriers ne possèdent pas. Sans capital de départ, l'association ouvrière reste un projet de papier. Les fouriéristes, héritiers de Charles Fourier, et les partisans de l'association ouvrière posent le problème depuis 1848 : il faut une banque du travail.

Jean-Pierre Béluze est le principal artisan de la réalisation. Ancien disciple d'Étienne Cabet, l'auteur du "Voyage en Icarie," il a épousé la fille de Cabet et connu l'échec de l'expérience icarienne en Amérique. Rentré en France, il travaille à des projets plus modestes et plus concrets. Autour de lui se rassemblent Arthur de Bonnard, Antoine Cohadon, Louis Kneip.

Le 27 septembre 1863, la Société du Crédit au Travail est fondée au 3 rue Baillet, dans le 1er arrondissement, au domicile de Béluze. C'est la première banque populaire mutuelle française : elle collecte l'épargne ouvrière et la prête aux associations coopératives de production et de consommation. Le principe est mutualiste : les sociétaires sont à la fois épargnants et emprunteurs, la banque leur appartient, ses bénéfices ne vont pas à des actionnaires extérieurs.

Le Crédit au Travail finance dans les années 1860 une série de coopératives ouvrières parisiennes, dans un contexte où le Second Empire, cherchant à se concilier le monde ouvrier, tolère et parfois encourage l'associationnisme. Il publie un journal, "L'Association," qui diffuse l'idée coopérative.

L'expérience prend fin en 1868. La banque fait faillite : les coopératives qu'elle finançait ne dégagent pas assez de rentabilité, et les mécanismes de garantie mutuelle ne suffisent pas à couvrir les pertes. Mais le principe de la banque coopérative ouvrière a été posé. Il sera repris par les banques populaires et le Crédit Coopératif, qui existent toujours.