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📖 L'Émancipation des travailleurs LÉONARD Mathieu
Bibliographie

L'Émancipation des travailleurs

LÉONARD Mathieu
La fabrique, 2011.
40 Fiches citant cet ouvrage
2011 Édition

Fiches citant cet ouvrage

40 fiches
Événement
1848
mars 1848
p 17
Club créé autour du journal l'Atelier, fondé en 1845 ; il avait une grande influence avant 1848
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Événement
1838
10 septembre 1838 — Demeure de Flora Tristan
p 17-18
Elle sera victime d'une tentative d'assassinat par son mari pour ses opinions. Il n'est pas facile de penser librement quand on ne peut pas divorcer. Flora Tristan a trente-cinq ans en ce mois de septembre 1838. Née en 1 …

Elle sera victime d'une tentative d'assassinat par son mari pour ses opinions. Il n'est pas facile de penser librement quand on ne peut pas divorcer.

Flora Tristan a trente-cinq ans en ce mois de septembre 1838. Née en 1803 à Paris d'un père péruvien de la noblesse et d'une mère française, elle a grandi dans la misère après la mort de son père, sans héritage possible: ses parents n'étaient pas légalement mariés selon les lois françaises. Contrainte au travail dès l'adolescence, elle entre comme apprentie lithographe chez André Chazal, qu'elle épouse en 1821. Le mariage tourne vite à l'oppression; elle le quitte en 1825, emportant ses enfants. En France, sous la Monarchie de Juillet, une femme séparée n'a pas le droit de divorcer.

Au 100 bis rue du Bac, dans le 7e arrondissement, elle tient un salon politique où se retrouvent des républicains, des saint-simoniens, des socialistes utopiques, des étrangers en exil. La discussion porte sur la condition des femmes, sur les droits des travailleurs, sur l'organisation sociale. Flora Tristan est en train de publier "Pérégrinations d'une Paria" (1838), récit de son voyage au Pérou pour réclamer son héritage paternel : un livre qui lie le sort des femmes à celui des colonisés et des prolétaires, et qui est déjà, en germe, le programme de "L'Union ouvrière" de 1843.

Le lendemain du 10 septembre, son mari Chazal la retrouve dans la rue et lui tire dessus au revolver. La balle reste dans son corps; elle survit. Chazal est condamné aux travaux forcés. Le procès fait scandale: pour la première fois, un tribunal reconnaît publiquement la légitimité d'une femme à fuir un mari violent.

Flora Tristan meurt en 1844, à quarante et un ans, épuisée par une tournée de France pour promouvoir "L'Union ouvrière". Elle n'aura pas vu le mouvement ouvrier naître ni la révolution de 1848. Mais Marx lira son livre; et la formule finale du Manifeste communiste de 1848, "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!", est une reformulation directe de son appel de 1843. Sa petite-fille, Aline Gauguin, sera la mère de Paul Gauguin.

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Événement
1864
28 septembre 1864 — Demeure d'Henri Tolain
p 26&31
Trois ouvriers parisiens partent pour Londres avec des frais de voyage financés par des cotisations de vingt-cinq centimes ; ils reviennent avec l'Association internationale des travailleurs. Henri Tolain est ciseleur su …

Trois ouvriers parisiens partent pour Londres avec des frais de voyage financés par des cotisations de vingt-cinq centimes ; ils reviennent avec l'Association internationale des travailleurs.

Henri Tolain est ciseleur sur bronze. Il habite au 105 ou 107 de la rue du Faubourg du Temple, dans le 10e arrondissement. En 1862, il a fait partie de la délégation ouvrière autorisée par Napoléon III à visiter l'Exposition universelle de Londres. Les ouvriers français y ont rencontré les syndicalistes anglais des Trade Unions. Ces rencontres ont produit une conviction commune : les travailleurs des différents pays ont les mêmes intérêts et sont mis en concurrence les uns contre les autres par les patrons. Il faut s'organiser au-delà des frontières.

En 1864, une nouvelle délégation est préparée. Trois ouvriers sont désignés : Tolain, Charles Limousin et Joseph Perrachon. Leurs frais de voyage sont couverts par une cotisation hebdomadaire de vingt-cinq centimes versée par les militants parisiens. La délégation part de Paris fin septembre.

Le 28 septembre 1864, à Saint Martin's Hall à Londres, se tient un meeting international qui rassemble ouvriers anglais, français, allemands, italiens, polonais. Le motif immédiat est la solidarité avec l'insurrection polonaise de 1863, écrasée par la Russie. Mais l'assemblée va au-delà. Elle décide de créer une organisation permanente : l'Association internationale des travailleurs, que l'histoire retiendra sous le nom de Première Internationale.

Karl Marx est présent dans la salle, presque par hasard, invité comme représentant des ouvriers allemands. Il ne prend pas la parole ce soir-là. Mais il est élu au comité provisoire et se voit confier la rédaction des textes fondateurs. Il écrit l'Adresse inaugurale et les Statuts provisoires, dont la première phrase deviendra célèbre : "L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes."

Tolain dirige la première section parisienne de l'Internationale, créée fin 1864. La section sera poursuivie, dissoute, reformée. Tolain siégera à l'Assemblée nationale en 1871 et refusera de rejoindre la Commune ; l'Internationale l'excluera pour cette raison. Mais ce qui fut décidé le 28 septembre 1864 à Londres continuera sans lui.

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Événement
1864
17 février 1864
p 28
Publication du "Manifeste des soixante" ; texte énonçant les revendications politiques et sociales de la Classe ouvrière
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Événement
1865
8 janvier 1865 – 1868 — Siège de l'Association Internationale des Travailleurs (local de 12m² loué par Fribourg, au fond de la cour)
p 39
Premier local de l'A.I.T. ; les réunions se tiennent les jeudis soir ; du fait de leur sérieux, on appelle les membres de l'Internationale les "Graves"
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Événement
1863
27 septembre 1863 – 1868 — Demeure de Jean-Pierre Béluze/Siège de la Société du Crédit au Travail
p 42
Une banque qui prête aux ouvriers plutôt qu'aux propriétaires : l'idée paraît absurde en 1863, et c'est pourtant sur ce principe que naît le Crédit au Travail. Le problème est simple et ancien. Les ouvriers qui veulent s …

Une banque qui prête aux ouvriers plutôt qu'aux propriétaires : l'idée paraît absurde en 1863, et c'est pourtant sur ce principe que naît le Crédit au Travail.

Le problème est simple et ancien. Les ouvriers qui veulent s'associer en coopératives de production n'ont aucun accès au crédit. Les banques prêtent contre des garanties immobilières que les ouvriers ne possèdent pas. Sans capital de départ, l'association ouvrière reste un projet de papier. Les fouriéristes, héritiers de Charles Fourier, et les partisans de l'association ouvrière posent le problème depuis 1848 : il faut une banque du travail.

Jean-Pierre Béluze est le principal artisan de la réalisation. Ancien disciple d'Étienne Cabet, l'auteur du "Voyage en Icarie," il a épousé la fille de Cabet et connu l'échec de l'expérience icarienne en Amérique. Rentré en France, il travaille à des projets plus modestes et plus concrets. Autour de lui se rassemblent Arthur de Bonnard, Antoine Cohadon, Louis Kneip.

Le 27 septembre 1863, la Société du Crédit au Travail est fondée au 3 rue Baillet, dans le 1er arrondissement, au domicile de Béluze. C'est la première banque populaire mutuelle française : elle collecte l'épargne ouvrière et la prête aux associations coopératives de production et de consommation. Le principe est mutualiste : les sociétaires sont à la fois épargnants et emprunteurs, la banque leur appartient, ses bénéfices ne vont pas à des actionnaires extérieurs.

Le Crédit au Travail finance dans les années 1860 une série de coopératives ouvrières parisiennes, dans un contexte où le Second Empire, cherchant à se concilier le monde ouvrier, tolère et parfois encourage l'associationnisme. Il publie un journal, "L'Association," qui diffuse l'idée coopérative.

L'expérience prend fin en 1868. La banque fait faillite : les coopératives qu'elle finançait ne dégagent pas assez de rentabilité, et les mécanismes de garantie mutuelle ne suffisent pas à couvrir les pertes. Mais le principe de la banque coopérative ouvrière a été posé. Il sera repris par les banques populaires et le Crédit Coopératif, qui existent toujours.

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Événement
1863
4 juin 1863 — Demeure d'Adolphe Clémence/Siège du journal "La Tribune ouvrière"
p 49
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Événement
1868
6 juillet 1868 — Quartier des politiques de la prison de Ste Pélagie (second procès de l'A.I.T.)
p 92-93
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Événement
1868
Événement
1868
17 juin 1868 — Bal du Tivoli Waux-Hall (créé par l'artificier italien Torré en 1764)
p 94-95
Première réunion publique non autorisée après l'interdiction du 6 juin 1864
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Événement
Événement
1870
1870 – 1871 — Salle du Pré aux Clercs (40 réunions)
p 95
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Événement
1870
1870 – 1871 — Bal des Folies Belleville (124 réunions)
p 95
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Événement
1870
1870 – 1871 — Bal du Jardin de Paris (30 réunions)
p 95
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Événement
1870
1870 – 1871 — Salle Chaput/Café-concert de l'Étoile (29 réunions)
p 95
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Événement
1869
1869 – 1871 — Cabaret Au Vieux Chêne (13 réunions)/Enseigne remarquable
p 95
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Événement
1867
1867 — Maison Boy/Lieu de travail de Léon Landrin
p 98
Atelier où travaille Léon Landrin, membre de la Commission ouvrière de 1867 ; délégué au 4ème congrès de l'A.I.T des ouvriers bronziers de Paris qui ont déclenché une importante grève en février de cette même année
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Événement
1870
4 septembre 1870 – 1871 — Docks de la Librairie/Siège du journal "Le Combat"
p 113
Premier numéro du journal "Le Combat" créé par Félix Pyat de retour d'exil à Londres où il avait appelé à l'assassinat de Napoléon III, mettant l'A.I.T. en difficulté
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Événement
1849
Événement
1870
12 janvier 1870 — Cimetière du Père Lachaise/Tombe de Victor Noir
p 196
Journaliste à La Marseillaise d'Henri Rochefort, Yvan Salmon, dit Victor Noir, est abattu le 10 janvier 1870 par le prince Pierre Bonaparte, cousin de l'empereur, qui sera acquitté. Une foule immense — de 100 000 à 200 0 …

Journaliste à La Marseillaise d'Henri Rochefort, Yvan Salmon, dit Victor Noir, est abattu le 10 janvier 1870 par le prince Pierre Bonaparte, cousin de l'empereur, qui sera acquitté. Une foule immense — de 100 000 à 200 000 personnes selon les sources — suit ses funérailles, qui manquent de tourner à l'insurrection et annoncent la chute de l'Empire. Transféré au Père-Lachaise en 1891, il repose sous un gisant de bronze de Jules Dalou, objet d'une curieuse superstition.

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Événement
1869
14 novembre 1869 — Chambre fédérale des Sociétés ouvrières (dans une ancienne goguette, société chantante)
p 200
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Événement
1869
1869 — Siège de l'Association Internationale des Travailleurs (trouvé par Pindy, au dessus du bar de Decomberousse)
p 200
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Événement
1862
1862 — Demeure d'Eugène Varlin/Siège des Marmites (fondées en 1864)
p 201
Demeure d'Eugène Varlin membre de la Commune et de l'A.I.T. ; premier siège social de l'association "la Marmite", qui comptera jusqu'à 8 000 adhérents
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Événement
1865
1865 — Siège des Marmites/Demeure de Nathalie Le Mel
p 201
Nathalie Le Mel se réfugie au siège des cuisines coopératives de "La Marmite" avec ses 3 enfants
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Événement
1864
1864 – 1870 — Premier Siège de la Société civile de consommation "La Ménagère"/Les Marmites
p 201
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Événement
1870
4 septembre 1870 — Siège de l'Association Internationale des Travailleurs/Chambre fédérale des Sociétés ouvrières
p 213
Rédaction par l'A.I.T. d'une adresse au peuple allemand l'invitant à la paix
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Événement
1871
avril 1871 — Ministère de la Guerre/Siège du Comité central de la Garde nationale
p 221
Cluseret installe le Comité central de la Garde nationale au ministère de la Guerre pour le neutraliser ; le Comité central retournera rue de l'Entrepôt. Il remplace les officiers civils par des militaires confirmés
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Événement
1871
6 avril 1871
p 232
Le 6 avril 1871, à neuf heures du matin, des fédérés du 130e bataillon de la Garde nationale se rendent au 60 rue de la Folie-Regnault, là où est remisé entre les exécutions ce que les ouvriers du faubourg appellent la V …

Le 6 avril 1871, à neuf heures du matin, des fédérés du 130e bataillon de la Garde nationale se rendent au 60 rue de la Folie-Regnault, là où est remisé entre les exécutions ce que les ouvriers du faubourg appellent la Veuve. Ils y trouvent deux guillotines — l'ancienne et une nouvelle, plus expéditive et portative. Ils les chargent et les portent place Voltaire, devant la statue du philosophe. Aux applaudissements d'une foule immense, ils les brisent et les brûlent.

Le Rappel du lendemain décrit la scène et souligne le choix du lieu : c'est devant "le défenseur de Sirven et de Calas, l'apôtre de l'humanité, le précurseur de la Révolution française" que la machine est détruite.

La portée symbolique est immédiate mais le Siècle pose la question qui dérange : si l'on brûle l'échafaud sans abolir la peine de mort, à quoi bon ? Rochefort dans Le Mot d'Ordre est encore plus direct — supprimer la guillotine ne sert à rien si on garde le chassepot pour fusiller. La Commune, en effet, n'a pas formellement voté l'abolition. Le Père Duchêne tranche à sa manière : pour que la Commune brûle toutes les guillotines, que les réactionnaires se tiennent tranquilles.

Ce même 6 avril, Gustave Courbet publie dans le Journal officiel un appel lyrique aux artistes — il les convoque à une assemblée, pour fonder ce qui deviendra la Fédération des artistes de Paris.

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Événement
1871
1871 — Demeure d'Octavie Tardif
p 240
Octavie Tardif demande avec Élisabeth Dmitrieff à la commission du Travail de la Commune la création d'ateliers pour les femmes
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Événement
1871
23 mai 1871 — Théâtre du Châtelet/Cour prévôtale (dans le foyer, au 1er étage du Théâtre)
p 243
Cour martiale pendant et après la Semaine sanglante, constituée sur ordre direct d'Adolphe Thiers. Les étrangers sont systématiquement fusillés. Des gamins de 6 à 12 ans sont envoyés à la mort. Le général Drouay supervis …

Cour martiale pendant et après la Semaine sanglante, constituée sur ordre direct d'Adolphe Thiers. Les étrangers sont systématiquement fusillés. Des gamins de 6 à 12 ans sont envoyés à la mort. Le général Drouay supervise

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Événement
1871
1er mai 1871 — Hôtel de Ville/Siège de la Commune
p 246
Création d'un Comité de Salut public par 45 voix pour, contre 23, principalement les Internationaux ; la minorité proteste et 22 membres démissionnent
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Événement
1871
2 mai 1871 — Ancienne préfecture de police
p 248
Rigault prépare des mandats d'arrêt contre les minoritaires du Conseil de la Commune le lendemain du vote sur le Comité de Salut public. Protot et Delescluze le dissuadent
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Événement
1880
12 septembre 1880
p 336
Le 12 septembre 1880, paraît à Paris le premier numéro d'un journal se réclamant de l'anarchisme: "La Révolution sociale". Ses fondateurs sont un Belge nommé Égide Spilleux, qui opère sous le pseudonyme de Victor Ricois, …

Le 12 septembre 1880, paraît à Paris le premier numéro d'un journal se réclamant de l'anarchisme: "La Révolution sociale". Ses fondateurs sont un Belge nommé Égide Spilleux, qui opère sous le pseudonyme de Victor Ricois, et quelques compères. Le journal se veut l'organe de la nouvelle doctrine anarchiste, en plein développement en Europe après les travaux de Bakounine et Kropotkine.

Le problème : Spilleux-Ricois travaille pour la préfecture de police. Louis Andrieux, préfet de police de Paris depuis 1879, a eu l'idée de créer lui-même le premier journal anarchiste français, plutôt que de laisser le mouvement s'organiser de façon autonome. Financer et contrôler le journal permet de surveiller les militants qui gravitent autour de lui, de connaître leurs projets, d'infiltrer leurs réseaux, et, au besoin, de les discréditer. C'est ce que les services de renseignement appellent une opération de "couverture active".

L'opération fonctionne un temps. Des anarchistes français s'associent à la rédaction, ignorant son financement réel. La préfecture reçoit des informations précieuses sur le mouvement naissant. Andrieux contrôle les grandes lignes éditoriales, s'assure que le journal est suffisamment radical pour attirer des militants et suffisamment docile pour ne pas créer de vrais problèmes.

Mais Andrieux commet une erreur: il raconte l'affaire dans ses mémoires, publiés en 1885 sous le titre "Souvenirs d'un préfet de police". La révélation scandalise. Andrieux justifie la manipulation comme un outil nécessaire de la police républicaine face aux "ennemis de la société". Ses lecteurs y voient surtout le cynisme d'un État qui ne distingue pas entre surveiller ses opposants et les fabriquer.

L'histoire d'Andrieux comporte une ironie supplémentaire que son époque ignore: il est le père biologique non reconnu d'un enfant né en 1897 de sa liaison avec Marie Mourier. Cet enfant s'appellera Louis Aragon, et sera l'un des poètes communistes les plus célèbres du XXe siècle. Le fils du préfet de police qui avait créé le premier journal anarchiste finira par militer toute sa vie au Parti communiste français.

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