Dans la journée du 20 mars 1815, Paris change deux fois de maître.
Dans la nuit du 19 au 20, Louis XVIII quitte les Tuileries. Napoléon a débarqué à Golfe-Juan le 1er mars, il remonte la France sans tirer un coup de feu — les troupes envoyées l'arrêter se rallient les unes après les autres. Le roi le sait depuis plusieurs jours. Il part comme il peut : en carrosse, par la barrière de Clichy, vers l'exil flamand. On dit qu'il a les pieds gonflés par la goutte et qu'il pleure.
Dans les Tuileries qu'il vient d'abandonner, les draps sont encore chauds.
Le soir, Napoléon entre dans Paris. Il n'a pas eu à se battre. À Auxerre, Ney lui avait juré de le ramener en cage — et avait retourné son armée. À Lyon, les Bourbons avaient disparu avant son arrivée. La route était ouverte. Il arrive aux Tuileries vers neuf heures du soir, porté à bras d'hommes par la foule et les soldats jusqu'à l'escalier de la Reine, incapable de marcher tant il est étreint de toutes parts.
C'est Lenotre qui raconte la scène : dans le palais que Louis XVIII occupait encore le matin, Napoléon s'installe. Il reste cent jours. Waterloo est le 18 juin.
Ce 20 mars 1815, les Tuileries ont vu partir un roi boiteux et rentrer un empereur porté en triomphe. Le même escalier, le même soir.