Ligne d'assemblage des moteurs d'avion produits à Arnage par la SMGR - Collection des Anciens de Jeumont
Grève des travailleurs de Gnôme et Rhône avec le soutien de chômeurs et de militants du PCF, dans le cadre de la lutte contre le chômage ; des militants sont protégés de la police par les ouvriers.
Le 25 février 1931, chez Gnome et Rhône, la crise n’est plus une abstraction : elle se traduit en baisses de commandes, en menaces de chômage et en journées de travail de plus en plus dures. Dans cette grande usine de moteurs d’avion, symbole de la métallurgie parisienne, les ouvriers se mettent en grève avec le soutien actif de chômeurs et de militants communistes qui cherchent alors à organiser la riposte à la montée du chômage de masse.
La journée s’inscrit dans une campagne plus large du PCF et de la CGTU, qui multiplient à partir de 1930 les actions contre les licenciements, la baisse des salaires et l’absence de vraie assurance‑chômage. Devant les grilles, des militants distribuent tracts et journaux, appellent à l’unité entre ceux qui ont encore un emploi et ceux qui l’ont déjà perdu. La police tente de disperser ces rassemblements, mais les ouvriers de l’usine s’interposent, protègent les militants, les font entrer ou les couvrent derrière les rangées de grévistes.
Ce geste – des ouvriers défendant physiquement des militants menacés d’arrestation – dit bien le climat du moment. Gnome et Rhône n’est pas encore l’usine en guerre des années 1940, mais déjà un laboratoire de solidarités ouvrières, où se tissent des liens entre travail en poste, chômage et engagement politique. Dans un contexte où la plupart des grands partis cherchent surtout à « gérer » les effets de la crise, ces grèves de 1931‑1932 contribuent à faire du chômage une question politique à part entière, portée par des cortèges mixtes – ouvriers en bleu, militants au brassard, chômeurs en quête de pain et de dignité.