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18 octobre 1929
Événement

Le gouvernement fait inculper les députés communistes pour complot afin de décapiter le Parti

Le gouvernement fait inculper les députés communistes pour complot afin de décapiter le Parti
Six candidats communistes aux élections législatives de 1928. De gauche à droite et de haut en bas : Jacques Duclos, Marcel Cachin, Henri Barbé, Jacques Doriot, Robert Alloyer et Maurice Thorez.

Cinq députés en prison à la Santé, cent cinquante-quatre inculpés, un dossier de complot bâti sur des manifestations contre la guerre : la Troisième République expérimente la judiciarisation de l'opposition.

L'année 1929 est celle où la République engage l'épreuve de force avec le Parti communiste. Le PCF applique alors la ligne "classe contre classe" imposée par le Komintern : refus de toute alliance avec les socialistes, dénonciation de la "social-démocratie" comme ennemi principal, agitation antimilitariste et anticoloniale. Cette ligne l'isole électoralement et le rend vulnérable.

Le prétexte est la journée internationale de lutte contre la guerre du 1er août 1929, organisée par l'Internationale communiste. Le gouvernement Poincaré puis Briand y voit une opération dirigée depuis Moscou. Des militants sont arrêtés, transférés, inculpés. L'accusation retenue est "complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l'État," formulation qui permet d'englober des activités politiques légales dans une qualification criminelle.

Le 18 octobre 1929, trente-deux nouveaux inculpés s'ajoutent au dossier, dont Marcel Cachin, André Marty, Jacques Duclos et Jacques Doriot. Le nombre total d'inculpés atteint cent cinquante-quatre. Cachin, Marty, Duclos, Doriot et Cornavin sont détenus à la prison de la Santé, alors qu'ils sont députés. La question de leur libération provisoire pour participer aux travaux parlementaires est posée à la Chambre.

Le montage judiciaire est révélateur d'une méthode. Il ne s'agit pas de sanctionner des actes précis mais de paralyser une organisation en emprisonnant ses cadres, en épuisant ses finances dans les frais de procédure, en occupant ses militants avec la solidarité aux détenus.

Le destin ultérieur de ces cinq hommes dessine la fracture du siècle. Cachin dirigera L'Humanité jusqu'à sa mort en 1958. Duclos sera l'un des principaux dirigeants du PCF et candidat à la présidentielle de 1969. Marty organisera les Brigades internationales avant d'être exclu en 1952 comme "policier." Doriot, exclu en 1934 pour avoir prôné l'unité antifasciste avant que Moscou ne l'autorise, fondera le Parti populaire français, deviendra le principal collaborationniste français et mourra en uniforme allemand en 1945.