Inhumation de Pierrot Overney, militant maoïste de la GP assassiné devant la porte de Renault Billancourt ; 200 000 personnes

Cimetière du Père Lachaise (59ème division)/Tombe de Pierrot Overney

Tombe de Pierre Overney, Père-Lachaise - Division 59, Yves Beaudouin, Wikimedia

Le 4 mars 1972, Paris voit sans doute la plus grande manifestation de gauche depuis Mai 68. Le cercueil de Pierre « Pierrot » Overney, ouvrier et militant maoïste de la Gauche prolétarienne, assassiné le 25 février par le vigile Jean‑Antoine Tramoni devant la porte Émile‑Zola de Renault Billancourt, est porté à dos d’hommes de la place Clichy au cimetière du Père‑Lachaise. Pendant plus de trois heures, un cortège long de plusieurs kilomètres – 18 000 personnes selon la police, entre 120 000 et 200 000 selon la plupart des estimations – accompagne la dépouille jusqu’à la 59ᵉ division, drapeaux noirs et rouges mêlés.

Pour beaucoup de militants, Overney incarne la tentative d’implanter durablement l’extrême gauche dans la « forteresse ouvrière » Renault, contre la direction patronale mais aussi contre l’hégémonie de la CGT et du PCF. Son meurtre, survenu lors d’une distribution de tracts appelant à commémorer le massacre de Charonne de 1962, est vécu comme la preuve d’une « violence patronale » qui répond par les armes à l’agitation politique. Autour du cercueil se pressent intellectuels et artistes – Jean‑Paul Sartre en tête – mais aussi de nombreux anonymes venus des usines, des universités, des quartiers populaires.

Les obsèques d’Overney donnent à la Gauche prolétarienne son martyr et un moment de puissance symbolique rare, mais beaucoup d’anciens maoïstes y verront aussi, rétrospectivement, l’enterrement de leurs illusions révolutionnaires. La tombe du jeune ouvrier, au Père‑Lachaise, rejoindra peu à peu le « parcours » militant qui mène des murs des Fédérés aux sépultures des grandes figures de la gauche française, comme un maillon tardif entre la Commune et les luttes ouvrières des années 1970.