L'Hôtel de Ville est occupé dans la nuit par le...

Hôtel de Ville

L'Hôtel de ville

L'Hôtel de Ville est occupé dans la nuit par le 110ème régiment de ligne en préparation d'un coup d'État de Thiers le 18 mars après la prise des canons de la Garde nationale

Pendant que Susbielle et Lecomte préparent leurs colonnes vers Montmartre et Belleville, le plan de Thiers prévoit un volet souvent oublié : le contrôle simultané des symboles du pouvoir parisien. Dans la nuit du 17 au 18 mars, la brigade Derroja — comprenant des éléments du 109e et du 110e de marche — investit silencieusement l'Hôtel de Ville.

Le choix du bâtiment est politique autant que militaire. L'Hôtel de Ville est depuis 1789 le lieu où Paris proclame ses révolutions et installe ses gouvernements insurrectionnels — en 1830, en 1848, en septembre 1870. Le tenir, c'est empêcher que le scénario ne se répète. Si l'enlèvement des canons réussit et que les meneurs sont arrêtés comme prévu, le 110e sera là pour interdire toute tentative de réoccupation populaire. Dans le même temps, d'autres régiments occupent la caserne du Prince-Eugène, les Tuileries et le Louvre. Thiers a fait transmettre aux commissaires de police des listes de personnes à arrêter dès l'aube.

La suite est connue. À Montmartre, les chevaux n'arrivent pas, la foule se rassemble, les soldats fraternisent. Le plan s'effondre heure après heure. Le 110e reste à l'Hôtel de Ville — mais pour rien. Dans l'après-midi, l'ordre d'évacuation est donné. Jules Ferry, maire de Paris, abandonne le bâtiment. Vers 23 heures, le Comité central de la Garde nationale, vainqueur malgré lui d'une journée qu'il n'avait pas planifiée, s'y installe à son tour. La Commune peut commencer.