Biographie
Historien de la Révolution devenu le fossoyeur de Paris, Adolphe Thiers est l’homme d’ordre de la bourgeoisie, massacreur professionnel des insurrections parisiennes de 1834 à 1871 : ministre de l’Intérieur quand la troupe tue les habitants de la rue Transnonain, chef du gouvernement qui noie la Commune dans le sang.
Enfant naturel, abandonné par son père, il arrive à Paris en septembre 1821, à 24 ans, sans fortune : Balzac en aurait tiré son Rastignac. Son Histoire de la Révolution française approuve 1789 et excuse 1793. En janvier 1830, il fonde Le National avec Armand Carrel, Mignet et le libraire Sautelet ; le 26 juillet, il y rédige la protestation des journalistes contre les ordonnances de Charles X. Le peuple de Paris fait la révolution ; le 29, chez le banquier Laffitte, Thiers rédige avec Mignet l’affiche qui offre le trône au duc d’Orléans, car « la république nous exposerait à d’affreuses divisions ».
Pour être élu député en 1830, il lui manque le cens : sa maîtresse, Mme Dosne, femme d’un agent de change enrichi par la spéculation sur les terrains, lui vend un immeuble payable en deux ans. En 1833, il épouse sa fille aînée, Élise, quinze ans, qui apporte 300 000 francs de dot, et s’installe place Saint-Georges. Ministre de l’Intérieur en avril 1834, il masse 40 000 soldats dans Paris ; le 13, sur son injonction, l’ordre du jour donné au général Bugeaud commande : « Il faut tout tuer. Amis, pas de quartier, soyez impitoyables ». Le 14 à l’aube, au 12 de la rue Transnonain, la troupe massacre douze habitants sans armes, artisans et ouvriers. Le gouvernement fait saisir la lithographie de Daumier ; Thiers sera surnommé le « père Transnonain ».
Président du Conseil en 1836 et en 1840, il lance l’enceinte fortifiée de Paris ; aux républicains qui s’en inquiètent, il répond qu’« on calomnie un gouvernement, quel qu’il soit, quand on suppose qu’il puisse un jour tenter de se maintenir en bombardant la capitale ». Rallié en 1848 à la République, il redoute surtout « le communisme des ouvriers » ; le 31 juillet, il répond au nom de la propriété à Proudhon, qui veut réduire d’un tiers loyers, intérêts et dettes ; l’Assemblée repousse le plan par 691 voix contre 2. Meneur du parti de l’Ordre, réuni rue de Poitiers, il fait soutenir Louis-Napoléon Bonaparte, « un homme absolument nul », entre en 1849 au conseil de la Compagnie des mines d’Anzin, puis défend la loi du 31 mai 1850 en stigmatisant « la vile multitude » : à Paris, le corps électoral tombe de 224 000 à 74 000 citoyens. Le 2 décembre 1851, le prince « nul » le fait arrêter dans sa chambre, place Saint-Georges, puis exiler.
Député de Paris en 1863, il réclame les « libertés nécessaires » et s’oppose avec courage, en 1870, à la guerre contre la Prusse. Chef du pouvoir exécutif le 17 février 1871, il traite avec Bismarck. À Paris, le gouvernement fait reprendre les ventes du Mont-de-Piété ; le 10 mars, l’Assemblée exige le paiement immédiat des échéances et retire la solde à une bonne partie des gardes nationaux. Le 17, au quai d’Orsay, Thiers décide de reprendre par surprise les 227 canons de Montmartre et de Belleville, achetés par souscription pendant le siège. Le 18, Paris se soulève : il part pour Versailles et fait évacuer les troupes. C’est son vieux plan de 1848 : reculer pour mieux réprimer.
En avril, les Versaillais bombardent les forts et les quartiers de l’Ouest parisien ; Thiers refuse d’échanger Blanqui contre l’archevêque Darboy. Le 11 mai, la Commune fait abattre « la cambuse à Foutriquet », son hôtel : les objets d’art vont au Louvre, le linge aux hôpitaux. Le 21, ses 120 000 à 130 000 hommes franchissent au Point-du-Jour l’enceinte qu’il a fait bâtir ; le 22, il annonce que « l’expiation sera complète ». Les historiens comptent de 5 700 à 25 000 morts ; 38 614 personnes sont arrêtées, plus de 3 800 déportées en Nouvelle-Calédonie. Marx, dans La Guerre civile en France, voit en lui « l’expression intellectuelle la plus achevée » de la « corruption de classe » de la bourgeoisie.
Sa loi municipale d’avril 1871 laisse Paris sans maire. Président de la République le 31 août, il refuse l’impôt sur le revenu que propose Gambetta et augmente les impôts indirects. Salué le 17 mars 1873 en « libérateur du territoire », il est renversé le 24 mai par la majorité monarchiste, pour s’être rallié à une République qui « sera conservatrice ou ne sera pas ».
Il meurt le 3 septembre 1877 à Saint-Germain-en-Laye, à 80 ans. Ses obsèques privées, de Notre-Dame-de-Lorette au Père-Lachaise, tournent au triomphe républicain ; son mausolée, non loin du Mur des Fédérés, est plastiqué deux fois en 1971. Une centaine de villes lui donnent une place ou une avenue ; Paris attend 1910 pour lui consacrer une impasse privée de 62 mètres du 16e arrondissement. François Furet, qui le tient pour le plus grand homme d’État français du XIXe siècle, porte à son bilan « une paix de capitulation et le massacre de vingt mille ouvriers ».
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.