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14 novembre 1793
Événement

La Commune fait arrêter la Montansier et fermer son théâtre

Théâtre-National de la Montansier, rue de la Loi (aujourd’hui square Louvois)
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Le Théâtre-National de la Montansier, rue de la Loi, devenu Théâtre des Arts : élévation, coupe et plans d’après Alexis Donnet (1821). Alexis Donnet · domaine public — Wikimedia Commons

Le 14 novembre 1793, le conseil général de la Commune ordonne l’arrestation de la Montansier, soupçonnée d’avoir bâti son nouveau théâtre avec l’argent anglais. Son procureur, Chaumette, ajoute que la salle met en danger la Bibliothèque nationale, juste en face.

Elle se présente elle-même comme « directrice de spectacles depuis près de trente ans ». Marguerite Brunet, dite la Montansier, a été sous l’Ancien Régime « directrice des spectacles à la suite de la Cour », à Versailles ; en 1790, elle a repris au Palais-Royal la petite salle des Beaujolais. En 1793, elle voit plus grand. Rue de la Loi, l’ancienne rue de Richelieu, face à la Bibliothèque nationale, elle fait bâtir par Victor Louis, l’architecte des galeries du Palais-Royal, une salle d’environ seize cent cinquante places. Le Théâtre-National ouvre le 15 août 1793.

Gravure ovale : portrait d’une femme souriante, coiffée d’un bonnet, une mouche sur la joue, avec l’inscription « Mlle Montansier » et la date 1790
Mlle Montansier en 1790 — anonyme · domaine public — Wikimedia Commons

Le 24 brumaire an II, le conseil général de la Commune tient une séance chargée. Il vient de rendre les propriétaires responsables des filles publiques qu’ils logent quand vient le tour de la Montansier. Le Moniteur résume : « Plusieurs dénonciations ont déjà été faites contre la citoyenne Montansier, et particulièrement comme ayant des intelligences avec les Anglais, et ayant puisé chez eux une grande partie des fonds qui ont servi à la construction de son théâtre. » Le procureur de la Commune, Chaumette, appuie, et ajoute un argument de pompier : la salle, si proche de la Bibliothèque, « met en danger cet établissement précieux, dans le cas où le feu se manifesterait dans ce spectacle ». Le conseil ordonne qu’elle soit arrêtée « sur-le-champ » comme suspecte et que son théâtre soit fermé. La légende fera dire à Chaumette qu’elle voulait incendier la Bibliothèque ; le compte rendu de la séance ne parle que d’un risque. Hébert, qui l’a attaquée dans son Père Duchesne, affirme qu’on lui a offert une loge pour acheter son silence.

On l’arrête dans la nuit, « au retour de la cérémonie faite en l’honneur de l’immortel Marat », écrira-t-elle, une cérémonie dont le cortège s’était formé dans son propre théâtre, où elle avait conduit près de cinq cents de ses pensionnaires. Elle passe par la mairie, puis entre à la Petite-Force, rue Pavée. Les comédiens obtiennent de jouer quelques semaines encore, à leurs risques.

L’enjeu, pourtant, est autant la salle que sa directrice. Dès le premier soir, on a dit que l’Opéra, relégué boulevard Saint-Martin, y serait à sa vraie place. Il s’y installe le 7 août 1794, sous le nom de Théâtre des Arts. Chaumette et Hébert ont été guillotinés au printemps. La Montansier sort de prison le 16 septembre 1794 ; chassée du Palais-Royal en 1807, elle fondera les Variétés. Sa grande salle, elle, sert l’Opéra pendant vingt-six ans, jusqu’au soir du 13 février 1820 où le duc de Berry est poignardé à sa porte. On la démolit. Le square Louvois occupe sa place, en face de la Bibliothèque, toujours debout.

Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.