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📖 Histoire de la Révolution française MICHELET Jules
Note éditoriale
Édition s. d. [1893-1898], neuf volumes ; première édition 1847-1853. L'édition Bouquins (Robert Laffont, 1983) a sa propre fiche.

À propos de cet ouvrage

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Fiches citant cet ouvrage

5 fiches
Événement
1790
13 novembre 1790 — Hôtel de Castries
t2 p 304-305, t3 p 147 & 173
Le 13 novembre 1790, au lendemain d’un duel où un jeune duc a blessé un député patriote, le peuple de Paris vide l’hôtel de Castries par les fenêtres. Il n’en emporte rien : c’est une leçon, pas un pillage. À l’automne d …

Le 13 novembre 1790, au lendemain d’un duel où un jeune duc a blessé un député patriote, le peuple de Paris vide l’hôtel de Castries par les fenêtres. Il n’en emporte rien : c’est une leçon, pas un pillage.

À l’automne de 1790, la droite de l’Assemblée constituante a trouvé une arme que la majorité n’a pas : l’épée. Les gentilshommes de l’ancienne armée savent s’en servir et transforment chaque querelle politique en affaire d’honneur. À la tribune, on lève la canne sur Mirabeau ; un député lance : « Que ne tombons-nous sur ces gueux l’épée à la main ? » Il y avait, écrira Mme Roland, « partie faite pour engager les patriotes à se couper la gorge ».

Charles de Lameth est l’un d’eux. Député de la noblesse d’Artois, il siège à gauche avec ses frères ; les Lameth ont fondé les Jacobins. Pendant deux jours, un ferrailleur le suit pour le forcer à se battre ; Lameth refuse. Le troisième jour, tout le côté droit l’accuse de lâcheté, et le jeune duc de Castries, trente-quatre ans, fils de l’ancien ministre de la Marine, l’insulte. Ils sortent. Le 12 novembre, Lameth reçoit un coup d’épée au bras. Dans Paris, on raconte que la lame était empoisonnée et que le député va mourir.

Gouache : à gauche, Charles de Lameth et le marquis de Castries croisent l’épée en tricorne ; à droite, deux hommes du peuple se battent à coups de poing au milieu des chiens

Le lendemain, la foule descend rue de Varenne. L’hôtel, bâti à la fin du XVIIe siècle, appartient aux Castries depuis 1708 ; le maréchal y a fait sculpter les boiseries et dresser en 1762 le portail sur rue, qui est toujours là. Alors commence une scène que les deux camps raconteront avec le même étonnement. Les meubles, les glaces, les objets les plus précieux sont mis en pièces et jetés par les fenêtres ; on lacère les tableaux. Des hommes en haillons déchirent à pleines mains des assignats en criant : « Autant de gagné pour la nation ! » Un seul objet est épargné : le portrait du roi, qu’on place bien en vue et devant lequel on poste une sentinelle. Avant de partir, les briseurs se font fouiller pour prouver qu’ils n’emportent rien, et ils arrêtent eux-mêmes quelques voleurs pris la main dans l’argenterie. La Fayette arrive, regarde, ne peut rien. La plupart des gardes nationaux, dit Michelet, trouvent qu’après tout les briseurs n’ont pas tort.

Le même jour, le bataillon du district de Bonne-Nouvelle se présente à l’Assemblée pour demander vengeance « contre l’homme audacieux qui a osé provoquer Lameth ». La gauche applaudit, la droite crie au scandale. Mirabeau monte à la tribune et fait l’éloge des démolisseurs : « Voilà quel est le peuple, violent, mais exorable ; excessif, mais généreux. » Dans L’Orateur du peuple, Fréron s’enthousiasme : « Gloire immortelle au peuple de la capitale ! » Michelet, lui, voit dans l’affaire la main des Jacobins, dont les agents auraient poussé la foule. Ce qui est sûr, c’est la leçon. Ce jour-là, écrit-il, la terreur des duellistes fit place à celle des vengeances du peuple : « Ils abusaient de l’adresse. On leur opposa le nombre. »

Estampe : la façade de l’hôtel de Castries, des meubles jetés par les fenêtres sur la foule massée devant la porte

Castries émigre. Il retrouve sa femme et ses enfants à Coppet, chez Necker, rejoint l’armée des princes à Coblence, et lève en 1794 un corps d’émigrés à son nom, payé par l’Angleterre. Son hôtel, saisi comme bien d’émigré, est affecté au ministère de la Guerre. Louis XVIII le fera duc héréditaire et pair de France.

Et Lameth, le député patriote pour qui Paris s’est soulevé ? Huit mois plus tard, il préside l’Assemblée le 17 juillet 1791, le jour où la garde nationale tire sur les pétitionnaires du Champ-de-Mars, et il félicite Bailly, dit encore Michelet, sans un regret pour le sang versé. Il refuse la déchéance du roi, condamne le 10 août et finit par émigrer à Hambourg, où il fonde une maison de commerce avec son frère. Plus progressiste que Castries ? Disons plutôt moins réactionnaire.

Le peuple, lui, apprend vite. Un peu plus d’un an après le sac de la rue de Varenne, en janvier 1792, les faubourgs se soulèvent contre les accapareurs de sucre et de café. « Cette fois, note Jaurès, ce n’est plus contre l’hôtel de Castries et contre des nobles : c’est contre des bourgeois révolutionnaires, grands acheteurs de biens nationaux, qu’est dirigé le mouvement. »

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Événement
1793
10 novembre 1793 — Cathédrale Notre-Dame de Paris/Temple de la Raison
t6 p 490-497
Le 20 brumaire an II, dans Notre-Dame, une chanteuse de l’Opéra en robe blanche et bonnet rouge sort d’un petit temple « À la philosophie » bâti en trois jours. La postérité l’appellera la déesse Raison : elle figurait l …

Le 20 brumaire an II, dans Notre-Dame, une chanteuse de l’Opéra en robe blanche et bonnet rouge sort d’un petit temple « À la philosophie » bâti en trois jours. La postérité l’appellera la déesse Raison : elle figurait la Liberté.

Trois jours plus tôt, le 7 novembre 1793, l’évêque de Paris, Gobel, est venu déposer sa croix et son anneau à la Convention. Le soir même, la Commune et le Département décident que la fête du décadi suivant aura lieu dans la cathédrale. Le procureur de la Commune, Chaumette, a obtenu qu’on la célèbre là plutôt qu’au cirque du Palais-Royal, « au lieu et place du culte supprimé », écrit Michelet. Le maire, Pache, la baptise fête de la Liberté et de la Raison. Dans les sections, Cloots, Momoro, Hébert et Chaumette mènent une propagande sans relâche ; à l’Hôtel de Ville, un registre reçoit les abdications des prêtres, et l’on décide, par plaisanterie, d’envoyer au pape les arrêtés de la Commune traduits en italien, « pour le guérir de ses erreurs ».

Tableau : sous les voûtes gothiques, une jeune femme en robe blanche et bonnet rouge, assise sur un siège fleuri, domine une foule en liesse qui brandit drapeaux et bonnets

Le dimanche 10 novembre, il pleut. Vers dix heures, les autorités de la Commune et du Département entrent dans Notre-Dame, suivies d’une foule nombreuse. Pas de soldats : le commandant de la garde nationale, Hanriot, a fait savoir que les armes « ne conviennent que dans les combats et non là où des frères se rassemblent pour se laver enfin de tous les gothiques préjugés ». On a caché presque tout ce qui rappelait le culte catholique. Dans le chœur s’élève une montagne de bois ; à son sommet, un temple rond, à la grecque, porte en lettres énormes « À la philosophie », entre les bustes de quelques philosophes, sans doute Voltaire, Rousseau et Franklin. Plus bas, sur un autel, brûle le flambeau de la Vérité.

La musique de la garde nationale ouvre la cérémonie. Deux files de jeunes filles en blanc, ceintures tricolores et couronnes de chêne, descendent la montagne, s’inclinent devant le flambeau et remontent. Puis une femme sort du temple : robe blanche, manteau bleu, bonnet rouge, une longue pique à la main. Elle s’assied sur un siège de verdure, et l’assistance lui chante l’hymne que Marie-Joseph Chénier et Gossec ont composé pour l’occasion : « Descends, ô Liberté, fille de la Nature ». Qui était-elle ? Mlle Aubry, de l’Opéra, selon le témoin le plus sûr, d’après l’historien Alphonse Aulard ; Mlle Maillard, du même théâtre, selon Michelet. Les chanteuses de l’Opéra, écrit Hébert dans son Père Duchesne, ont chanté « mieux que des anges ».

La Convention n’y était pas. Les organisateurs l’ont invitée trop tard, devant le fait accompli. Le cortège se rend donc aux Tuileries, la Liberté portée sur un siège par quatre citoyens. À la barre, Chaumette annonce : « Le peuple a dit : Plus de prêtres, plus d’autres dieux que ceux que la nature nous offre. » Sur la motion de Chabot, l’Assemblée décrète que Notre-Dame sera désormais le temple de la Raison ; le président, Laloy, donne à l’actrice le baiser fraternel. Puis, sur la motion de Thuriot, les députés se rendent à leur tour à Notre-Dame, où l’on recommence la fête pour eux. La moitié d’entre eux seulement, selon deux témoins, Grégoire et Durand-Maillane.

Portrait peint dans un cadre doré : une jeune femme aux cheveux bruns bouclés noués d’un ruban rouge, en chemise blanche et châle rouge

Michelet a trouvé la cérémonie « chaste », mais « triste, sèche, ennuyeuse ». Le mouvement, lui, ne l’était pas. C’était la poussée de la Commune et des sans-culottes, contre la prudence du Comité de salut public, et Robespierre ne l’a pas caché à Cloots : « Vous vouliez nous gagner la Belgique catholique, et vous la mettez contre nous ! » Le 1er frimaire (21 novembre), il lance aux Jacobins : « L’athéisme est aristocratique. » Deux jours plus tard, la Commune passe outre : elle arrête que toutes les églises et tous les temples de Paris, de toutes religions, seront fermés sur-le-champ. Le 6 décembre, Robespierre fait voter par la Convention la liberté des cultes. Au printemps de 1794, les chefs du mouvement, Hébert, Momoro, Cloots, puis Chaumette, montent à l’échafaud : la Terreur s’est retournée contre ceux qui la réclamaient dans les sections.

La cathédrale, désaffectée, devient un entrepôt de vin de la République ; les statues de la galerie des Rois ont été abattues et décapitées ; une partie des têtes, retrouvées lors de travaux, est aujourd’hui au musée de Cluny. En 1795, l’abbé Grégoire en obtient les clefs et la rend en partie au culte ; les théophilanthropes y tiennent leurs cérémonies à partir de 1798. Le Concordat de 1801, signé par Bonaparte, rend la cathédrale à l’Église.

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Événement
1793
7 novembre 1793 — Palais des Tuileries/Siège de la Convention (salle des Machines)
t6 p 488, 490-493
Il avait été le premier évêque de France à jurer fidélité à la Constitution civile du clergé. Le 7 novembre 1793, à la tribune de la Convention, il dépose sa croix et son anneau et coiffe le bonnet rouge. Cinq mois plus …

Il avait été le premier évêque de France à jurer fidélité à la Constitution civile du clergé. Le 7 novembre 1793, à la tribune de la Convention, il dépose sa croix et son anneau et coiffe le bonnet rouge. Cinq mois plus tard, il monte sur l’échafaud, confessé par lettre.

Jean-Baptiste Gobel n’a rien d’un jeune exalté. Né à Thann, en Alsace, en 1727, évêque auxiliaire de Bâle sous le titre d’évêque de Lydda, il est élu en 1789 député du clergé aux États généraux, où il rédige avec Castellane l’article de la Déclaration des droits sur la liberté d’opinion. Le 3 janvier 1791, il est le premier évêque à prêter serment à la Constitution civile du clergé. Les électeurs de Paris le choisissent pour évêque ; huit évêques, dont Talleyrand, le sacrent le 27 mars 1791. Les gravures vendues alors portent sous son portrait : « Vox populi, vox Dei ». Michelet le range parmi les « prêtres philosophes », moralistes qui acceptaient le christianisme « comme véhicule de morale ».

Gravure satirique : une procession d’ecclésiastiques au long nez, menée par un évêque mitré, se dirige vers une église ; un diable porte une bière

Deux ans plus tard, la Révolution ne demande plus des prêtres constitutionnels, mais plus de prêtres du tout. À l’automne 1793, la Commune de Paris mène la déchristianisation : son procureur, Chaumette, et son substitut, Hébert, en sont les meneurs, avec Anacharsis Cloots, le baron prussien qui se veut « orateur du genre humain ». Chaque soir, raconte Michelet, Cloots et Chaumette viennent chez Gobel lui montrer que son christianisme philosophique est devenu inutile. Le 16 brumaire an II (6 novembre), la Convention laisse aux communes le soin de régler les affaires du culte. Le soir même, Gobel cède ; son conseil épiscopal l’approuve par quatorze voix contre trois.

Le lendemain, 17 brumaire, la séance s’ouvre aux Tuileries, dans l’ancienne salle des Machines, par la lettre d’un prêtre marié qui traite ses confrères de charlatans et réclame une pension : une lettre « habilement combinée », juge Michelet, par les comités de gouvernement, hostiles à l’initiative de la Commune, pour avilir d’avance la démission de l’évêque. Gobel entre alors, précédé du maire Pache, de Chaumette et de Momoro, suivi de onze de ses vicaires. Toujours attaché, dit-il, « aux principes éternels de l’égalité, de la morale », il renonce à exercer « les fonctions de ministre du culte catholique ». Il dépose sa croix et son anneau, coiffe le bonnet rouge qu’on lui tend et reçoit l’accolade du président, Moyse Bayle. Il quitte la prêtrise, non sa foi : il « n’abjura aucune doctrine », note Michelet. D’autres députés ecclésiastiques le suivent à la tribune ; Thomas Lindet, évêque de l’Eure, avertit : « Ce n’est pas tout de détruire, il faut remplacer. » Sieyès déclare n’avoir plus d’autre culte que celui de la liberté et de l’égalité. En fin de séance, l’abbé Grégoire, évêque de Blois, tient tête à la Montagne : « Je suis évêque, je reste évêque. »

Gravure : dans le chœur de Notre-Dame, sur une montagne surmontée d’un temple « À la philosophie », une femme figurant la Liberté reçoit l’hommage de jeunes filles en blanc

En quelques jours, plusieurs évêques et un grand nombre de prêtres déposent leurs titres ; à Bourges, on brûle les lettres de prêtrise sur un bûcher, et les patriotes, qui sont pauvres, donnent du linge et leurs boucles de souliers en argent. Le soir même du 17, Chaumette demande que la fête de la Raison, prévue au cirque du Palais-Royal, se tienne à Notre-Dame, la cathédrale de Gobel : elle y a lieu le 20 brumaire (10 novembre). Partout, dans les classes gouvernantes, note Kropotkine, ce fut « une explosion de haines contre la République ». Robespierre, qui veut un culte de l’Être suprême, ne dit à Cloots qu’un mot : « Vous vouliez nous gagner la Belgique catholique, et vous la mettez contre nous ! »

Gobel paie au printemps. Après la chute des hébertistes, il est jugé avec Chaumette et guillotiné le 24 germinal an II (13 avril 1794), le même jour que Lucile Desmoulins et la veuve d’Hébert. De la Conciergerie, il avait fait passer sa confession écrite à son ancien vicaire, l’abbé Lothringer, en le priant de l’absoudre au passage, à la sortie de la prison. Il signait « évêque de Lydda ». Lothringer est le prêtre qui avait confessé Philippe-Égalité, le 6 novembre.

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Événement
1793
14 novembre 1793 — Théâtre-National de la Montansier, rue de la Loi (aujourd’hui square Louvois)
t6 p 467
Le 14 novembre 1793, le conseil général de la Commune ordonne l’arrestation de la Montansier, soupçonnée d’avoir bâti son nouveau théâtre avec l’argent anglais. Son procureur, Chaumette, ajoute que la salle met en danger …

Le 14 novembre 1793, le conseil général de la Commune ordonne l’arrestation de la Montansier, soupçonnée d’avoir bâti son nouveau théâtre avec l’argent anglais. Son procureur, Chaumette, ajoute que la salle met en danger la Bibliothèque nationale, juste en face.

Elle se présente elle-même comme « directrice de spectacles depuis près de trente ans ». Marguerite Brunet, dite la Montansier, a été sous l’Ancien Régime « directrice des spectacles à la suite de la Cour », à Versailles ; en 1790, elle a repris au Palais-Royal la petite salle des Beaujolais. En 1793, elle voit plus grand. Rue de la Loi, l’ancienne rue de Richelieu, face à la Bibliothèque nationale, elle fait bâtir par Victor Louis, l’architecte des galeries du Palais-Royal, une salle d’environ seize cent cinquante places. Le Théâtre-National ouvre le 15 août 1793.

Gravure ovale : portrait d’une femme souriante, coiffée d’un bonnet, une mouche sur la joue, avec l’inscription « Mlle Montansier » et la date 1790

Le 24 brumaire an II, le conseil général de la Commune tient une séance chargée. Il vient de rendre les propriétaires responsables des filles publiques qu’ils logent quand vient le tour de la Montansier. Le Moniteur résume : « Plusieurs dénonciations ont déjà été faites contre la citoyenne Montansier, et particulièrement comme ayant des intelligences avec les Anglais, et ayant puisé chez eux une grande partie des fonds qui ont servi à la construction de son théâtre. » Le procureur de la Commune, Chaumette, appuie, et ajoute un argument de pompier : la salle, si proche de la Bibliothèque, « met en danger cet établissement précieux, dans le cas où le feu se manifesterait dans ce spectacle ». Le conseil ordonne qu’elle soit arrêtée « sur-le-champ » comme suspecte et que son théâtre soit fermé. La légende fera dire à Chaumette qu’elle voulait incendier la Bibliothèque ; le compte rendu de la séance ne parle que d’un risque. Hébert, qui l’a attaquée dans son Père Duchesne, affirme qu’on lui a offert une loge pour acheter son silence.

On l’arrête dans la nuit, « au retour de la cérémonie faite en l’honneur de l’immortel Marat », écrira-t-elle, une cérémonie dont le cortège s’était formé dans son propre théâtre, où elle avait conduit près de cinq cents de ses pensionnaires. Elle passe par la mairie, puis entre à la Petite-Force, rue Pavée. Les comédiens obtiennent de jouer quelques semaines encore, à leurs risques.

L’enjeu, pourtant, est autant la salle que sa directrice. Dès le premier soir, on a dit que l’Opéra, relégué boulevard Saint-Martin, y serait à sa vraie place. Il s’y installe le 7 août 1794, sous le nom de Théâtre des Arts. Chaumette et Hébert ont été guillotinés au printemps. La Montansier sort de prison le 16 septembre 1794 ; chassée du Palais-Royal en 1807, elle fondera les Variétés. Sa grande salle, elle, sert l’Opéra pendant vingt-six ans, jusqu’au soir du 13 février 1820 où le duc de Berry est poignardé à sa porte. On la démolit. Le square Louvois occupe sa place, en face de la Bibliothèque, toujours debout.

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Événement
1793
8 novembre 1793 — Échafaud de la place de la Révolution, où Mme Roland est guillotinée le 18 brumaire an II
t6 p 455-457
Le 8 novembre 1793, huit jours après les députés girondins, Manon Roland est guillotinée place de la Révolution. Elle y aurait apostrophé la statue de la Liberté ; sur le moment, personne ne l’a noté. Manon Phlipon est n …

Le 8 novembre 1793, huit jours après les députés girondins, Manon Roland est guillotinée place de la Révolution. Elle y aurait apostrophé la statue de la Liberté ; sur le moment, personne ne l’a noté.

Manon Phlipon est née en 1754 dans l’île de la Cité, fille d’un maître graveur du quai de l’Horloge. Quand son mari, Jean-Marie Roland, de vingt ans son aîné, devient ministre de l’Intérieur, en 1792, elle dirige ses bureaux, rédige ses lettres et reçoit à l’hôtel du ministère, rue Neuve-des-Petits-Champs, Brissot, Pétion, Barbaroux et Buzot, qu’elle aime. Son influence n’est un secret pour personne : Danton réclame à la tribune des ministres « qui voient par d’autres yeux que ceux de leur femme ».

Gravure d’après une sanguine : Mme Roland de trois quarts, cheveux bouclés en désordre, fichu noué sur la poitrine, sous le titre « Un nouveau portrait de Madame Roland »

Au printemps de 1793, le pain renchérit et des milliers de Parisiens en armes viennent réclamer à la Convention un maximum sur le prix des denrées. Brissot, lui, assure à ses électeurs que les vrais ennemis du peuple sont « les anarchistes, les prédicateurs de la loi agraire ». Le 24 mai, la Commission des Douze, à majorité girondine, fait arrêter Hébert, l’auteur du Père Duchesne. Du 31 mai au 2 juin, les sections et la Commune encerclent la Convention et obtiennent l’arrestation des chefs de la Gironde ; plusieurs, échappés, contribuent à soulever des départements contre la Convention.

Roland s’enfuit vers Rouen ; elle reste, et se laisse arrêter le 1er juin. En prison, elle écrit ses Mémoires et entend crier sous sa fenêtre le Père Duchesne, ce « sale écrit » dont Hébert, dit-elle, « empoisonne tous les matins le peuple ignorant ». Elle refuse de s’évader, et jette, selon Michelet, le poison qu’elle s’était procuré.

Le 8 novembre (18 brumaire an II), vêtue de blanc, elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire ; elle veut faire la leçon aux juges, on lui ferme la bouche. « Roland se tuera », dit-elle. À quatre heures et demie, la charrette l’emporte avec un autre condamné, Lamarche, par le Pont-au-Change, le quai de la Mégisserie, face au quai de l’Horloge de son enfance, et la rue Saint-Honoré, où on leur crie « À la guillotine ! ». À cinq heures et quart, elle est au pied de l’échafaud, sous une Liberté de plâtre dressée en août sur le socle vide de la statue de Louis XV.

Michelet lui fait dire, tournée vers la statue : « Ô Liberté, que de crimes commis en ton nom ! » Ni les journaux du temps ni le Bulletin du Tribunal révolutionnaire n’en parlent, remarque en 1908 l’historien Hector Fleischmann ; seul le rapporte un ancien détenu, Riouffe, qui ne cite, note-t-il, que les mots qui condamnent la Terreur. Chateaubriand le reprendra à son compte en 1814, dans un pamphlet royaliste. À la Commune, le procureur Chaumette, dont Hébert est le substitut, se félicite de sa mort et de celle d’Olympe de Gouges, qui auraient oublié les devoirs de leur sexe : « Et vous voudriez les imiter ? » lance-t-il aux citoyennes de Paris.

Roland, caché près de Rouen, apprend la nouvelle ; le 10 novembre, il se perce de sa canne-épée au bord de la route, à Bourg-Beaudouin.

Gravure en frise : dans la campagne, au bord d’une route, des paysans accourent vers le corps de Roland étendu à terre

Sa mort à elle, écrit Michelet, qui l’admire, « fut à peine remarquée ». Elle « avait fait la gloire de son parti, de son époux, et n’avait pas peu contribué à les perdre ».

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