Un charpentier meurt, sa famille n'a pas de quoi payer la messe : le quartier se rassemble et impose au curé de l'enterrer gratuitement.
La Révolution a un an. L'Assemblée constituante a voté la Constitution civile du clergé en juillet 1790, nationalisé les biens de l'Église, transformé les prêtres en fonctionnaires salariés par la Nation. Mais dans les paroisses, les vieilles pratiques persistent. Le casuel, ces tarifs que le clergé perçoit pour les baptêmes, les mariages et les enterrements, reste en usage. Pour une famille ouvrière, une messe des morts représente plusieurs journées de salaire. On enterre les pauvres sans cérémonie.
Le 29 septembre 1790, dans le quartier de Saint-Merri, un charpentier est mort. Sa famille n'a pas les moyens de payer les funérailles. Le curé de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie, qui se dressait alors à l'emplacement de l'actuelle Tour Saint-Jacques, près de la rue de Rivoli, refuse de célébrer la messe gratuitement.
Le quartier se rassemble. La foule se porte à l'église et impose au curé la célébration gratuite de la messe des morts. Elle obtient satisfaction. Le principe posé par ce rassemblement est plus large que le cas particulier : les sacrements ne peuvent pas être des marchandises, l'Église rétribuée par la Nation ne peut plus faire payer les pauvres, et la mort d'un charpentier vaut celle d'un bourgeois.
L'abbé Claude Fauchet, cité dans le dossier de cette affaire, est l'une des grandes figures du clergé révolutionnaire. Prédicateur au Cercle social, il défend un christianisme social qui affirme l'égalité de tous les hommes, plaide pour le partage des terres et deviendra évêque constitutionnel du Calvados. Il sera guillotiné en 1793 comme girondin.
Ces épisodes de pression populaire directe sur le clergé se multiplient à l'automne 1790. Ils composent la trame quotidienne de la Révolution : non pas les grandes journées de l'histoire, mais des dizaines de rassemblements de quartier qui imposent, dans les paroisses, ce que l'Assemblée n'a fait que voter en principe. L'égalité s'y conquiert église par église.