Au cœur de Paris, entre le Châtelet et la rue de Rivoli, s'élève la Tour Saint-Jacques — vestige solitaire et magnifique d'une église qui fut pendant des siècles l'un des lieux les plus animés de la capitale. Dès le Moyen Âge, l'église Saint-Jacques-la-Boucherie abrite la corporation des Bouchers, dont elle tire son nom, ainsi que celles des Bonnetiers, des Chapeliers et des Armuriers. À partir de 1508, sous le règne de Louis XII, une statue de saint Jacques placée sur le clocher signale aux pèlerins le départ de l'un des chemins de Compostelle — statue que la Révolution détruira en 1793.
La Révolution justement malmène le lieu. La foule y force, en 1790, le curé à célébrer gratuitement la messe des morts pour un simple charpentier — scène significative du renversement des rapports entre le peuple et le clergé. L'église devient ensuite le siège de la Section des Lombards, un bastion actif de la résistance à la réaction thermidorienne entre 1790 et 1795, porté par des hommes comme Pierre Henry Blandin, Hoener et Jacques Mathurin Lelièvre. Puis vient le saccage : transformée en fabrique de plombs dès 1793, l'église est progressivement démolie. Épisode savoureux et triste : la pierre tombale de Nicolas Flamel, l'alchimiste légendaire inhumé là, est rachetée par une fruitière du quartier… pour hacher ses épinards.
Le clocher gothique, lui, survit à tout. En 1871, le square qui l'entoure devient le théâtre d'un épisode sinistre : quelque 1 200 Fédérés fusillés sans jugement à la caserne Lobau toute proche y sont enterrés à la hâte, recouverts de chaux vive — certains, dit-on, enterrés vivants. Bien plus tard, en 1937, André Breton dans L'Amour fou consacre la tour comme le « centre de Paris » des Surréalistes ; Paul Éluard, Benjamin Péret et Maurice Henry s'en réclament également. Quant à Blaise Pascal, on lui a longtemps prêté ici ses fameuses expériences barométriques — erreur tenace : il les conduisit en réalité depuis le clocher de Saint-Jacques-du-Haut-Pas.
- Moyen Âge Église Saint-Jacques-la-Boucherie, lieu de culte paroissial et siège des corporations de bouchers, bonnetiers, chapeliers et armuriers
- 1508 — 1793 Point de départ d'un chemin de Compostelle, signalé par la statue de saint Jacques sur le clocher (détruite en 1793)
- 1790 — 1795 Siège de la Section des Lombards
- 1793 — 1854 Démolition progressive de l'église ; le clocher seul est conservé, utilisé temporairement comme fabrique de plombs puis comme station météorologique
- 1854 — aujourd'hui Tour Saint-Jacques classée, intégrée dans un square public ; la statue de Pascal orne le piédestal de la tour
La Tour Saint-Jacques se dresse toujours au cœur du square Saint-Jacques (4e arr.), espace vert ouvert au public. Ce chef-d'œuvre du gothique flamboyant, classé monument historique, abrite au sommet une station météorologique. Des visites guidées permettent d'accéder à la tour en saison estivale.