Grande Salle du Palais de Justice de Paris avant l'incendie de 1618 - Gravure de Jacques Androuet du Cerceau réalisée vers 1580
Le Palais de Justice est entièrement détruit par un incendie allumé pour détruire les pièces judiciaires de l'attentat de Ravaillac.
Vers deux heures du matin, une sentinelle de garde au Louvre aperçoit de l'autre côté de la Seine « comme un cercle de feu » sur la toiture du Palais de Justice. Le temps de donner l'alerte, les combles de la Grand-Salle, en bois sec depuis des siècles, flambent déjà comme de l'amadou. Attisé par un violent vent du sud, l'incendie dévore en quelques heures la salle des Enquêtes, le greffe du Trésor, le parquet des huissiers et la tourelle de la Conciergerie. Les ardoises s'envolent jusqu'au quartier Saint-Eustache.
Au matin, la Grand-Salle — halle monumentale de soixante-trois mètres de long érigée sous Philippe le Bel, ornée des statues de tous les rois de France — n'est plus qu'un champ de ruines. La table de marbre noir où festoyaient les souverains est réduite en fragments. Louis XIII lui-même s'est levé en robe de chambre pour regarder le désastre depuis la galerie du Louvre.
La cause officielle ? Un bout de flambeau oublié par la chambrière du concierge sur le banc d'une échoppe. Mais Paris murmure autre chose. Huit ans plus tôt, en 1610, François Ravaillac avait assassiné Henri IV. Son procès, instruit en ce même Palais, avait révélé des complicités que beaucoup de grands personnages auraient préféré voir disparaître. Les pièces du dossier dormaient au greffe. Coïncidence troublante : l'incendie les a consumées.
Les historiens contemporains de l'événement sont prudents, la plupart imputant le sinistre au hasard. Mais l'opinion, elle, avait tranché. Et le doute, trois siècles plus tard, n'a jamais tout à fait disparu.
La Grand-Salle sera reconstruite en pierre par Salomon de Brosse et rouverte dès 1622 — elle deviendra l'actuelle salle des Pas Perdus.