Lecomte fait enfermer des soldats du 88ème régiment de ligne qui ont fraternisé avec les Fédérés
Verdaguer a dit « l'arme à terre ». Ses hommes ont obéi. Lecomte est désormais face à une troupe qui lui échappe — des soldats qui fraternisent avec la foule, qui distribuent leurs fusils, qui rient avec ceux qu'ils étaient censés disperser.
Sa réponse est celle d'un officier qui n'a plus que l'autorité formelle pour s'appuyer : il fait saisir et enfermer les soldats qui ont fraternisé. Le lieu choisi est le bal de la Tour de Solférino, rue Lamarck — une salle de danse reconvertie en geôle improvisée. Une dizaine, peut-être davantage, sont mis aux arrêts.
Le geste est vain. Il ne rétablit pas l'ordre — il l'aggrave. La nouvelle se répand immédiatement parmi les soldats encore en ligne : leur propre général fait emprisonner ceux d'entre eux qui ont refusé de tirer sur des civils. L'effet est inverse à celui escompté. Ceux qui hésitaient encore franchissent mentalement la ligne.
C'est aussi, paradoxalement, l'un des actes qui scellera le sort de Lecomte quelques heures plus tard. Quand il sera arrêté et conduit rue des Rosiers, parmi les plus ardents à réclamer sa mort se trouveront les soldats du 88e — ses propres hommes qu'il avait fait enfermer le matin même. La rancœur de la caserne s'ajoutera à la colère de la rue.