Il vit à Paris depuis trois ans, il s'y ennuie et s'y épuise en querelles de fractions ; il y expose pourtant les analyses qui feront Octobre.
Vladimir Ilitch Oulianov s'installe à Paris en décembre 1908 avec Nadejda Kroupskaïa, après l'échec de la révolution de 1905 et le durcissement de la répression en Russie. Il y restera jusqu'en juin 1912, principalement rue Beaunier puis rue Marie-Rose dans le 14e arrondissement. Il déteste Paris, dont il trouve la vie chère et le milieu émigré épuisant.
Ces années sont celles de la réaction. Piotr Stolypine, président du Conseil du tsar, mène de front une répression féroce — on appelle "cravates de Stolypine" les cordes des pendus — et une réforme agraire destinée à créer une classe de paysans propriétaires qui soutiendrait le régime. Beaucoup de révolutionnaires russes désespèrent. Le parti social-démocrate se déchire entre bolcheviks, mencheviks, liquidateurs, otzovistes.
Lénine passe ces années à polémiquer. Il tient bon sur une idée : la révolution reviendra, et la question paysanne en est la clé.
L'Hôtel des sociétés savantes, 8 rue Danton dans le 6e arrondissement, est l'un des lieux où il prend la parole devant les émigrés. Il y donne notamment une conférence intitulée "Stolypine et la Révolution," et une autre le 26 novembre sur "l'idéologie du libéralisme contre-révolutionnaire." Un gala de soutien y est organisé avec le chansonnier Montéhus, auteur de "La Jeune Garde" et de "Gloire au 17e," que Lénine appréciait.
En 1911, il fonde avec Zinoviev une école de cadres bolcheviks à Longjumeau, dans la banlieue sud, où des ouvriers venus clandestinement de Russie suivent des cours de marxisme pendant l'été.
Le 20 novembre 1911, il prend la parole au cimetière du Père-Lachaise aux obsèques de Paul et Laura Lafargue, la fille de Marx : c'est sa dernière grande intervention publique en France.
Six ans plus tard, il rentre en Russie dans un wagon plombé.