Hyppodrôme de la Barrière de l'Étoile,1848, Leymonnerye, Léon (1803 - 1879), dessinateur, Carnavalet
Les ouvriers des ateliers nationaux se rassemblent à l'Hippodrome, à l'initiative de Caussidière, en vue de rejoindre les corporations du Champ de Mars pour prendre ensemble l'Hôtel de Ville
Hippodrome de la barrière de l'Étoile, entre la place et la porte Maillot
Il faut imaginer la chose. Depuis 1845, juste en dehors des fortifications, là où la ville cesse, se dresse un curieux édifice de bois peint en bleu et blanc, style mauresque, cent trente mètres de long, mâts vénitiens et drapeaux. C'est le premier Hippodrome de Paris — pas un champ de course, mais une arène de quinze mille places où l'on donne, pour les Parisiens à la mode, des spectacles équestres et acrobatiques. L'architecte s'appelle Rohault de Fleury ; le lieu est tout neuf, inauguré le 3 juillet 1845.
Le 16 avril 1848, il change brièvement de fonction. Une partie des manifestants refoulés du Champ de Mars, ouvriers des faubourgs et délégués des ateliers nationaux, remonte par les Champs-Élysées et se retrouve, poussée par la Garde nationale, à la barrière de l'Étoile. L'Hippodrome leur offre le seul espace capable de contenir leur nombre. Ils s'y entassent, comptent leurs forces, tentent de se réorganiser. Aucune estrade, aucun orateur ne prend le dessus : la fatigue, l'humiliation, la colère s'échappent sans trouver de forme. On parle, on maudit Ledru-Rollin, on se disperse. Dans les jours qui suivent, l'Hippodrome sera rebaptisé Hippodrome de la République — dernier hommage avant la Révolution perdue.
Le bâtiment lui-même ne connaîtra pas dix ans : Haussmann fait démolir la barrière en 1854 pour redessiner la place de l'Étoile, et l'Hippodrome déménage avant d'être détruit. Aujourd'hui, là où les blouses exténuées s'étaient réfugiées, s'ouvre le carrefour le plus parcouru de Paris — douze avenues en étoile, une circulation ininterrompue et, au centre, l'Arc de Triomphe qui ne connaîtra jamais la défaite de ce jour-là.